De la porte St-Pregt à la place Drapes

Au XI è  et XII è  siècle, les communes apparurent, se dotant de règles autonomes visant à faire face à l’autorité seigneuriale. Sens n’y échappe pas.

En 1066, quelques villes se dégagent des contraintes féodales, pour le bonheur du roi de France. Louis VI a à cœur de ménager ces précieux auxiliaires pour diminuer les marges de manœuvre de ses vassaux. Ce qui le conduit à encourager l’émergence des communes en les dotant d’un maire, d’échevins et d’une milice bourgeoise qui vont édicter leurs  propres règlements et de déterminer, entre autres, leur niveau de charges fiscales. Dès lors qu’elle est reconnue juridiquement et politiquement, la commune peut se doter d’un représentant. Ce sera chose faite pour une courte durée, à Sens, au milieu du XII è siècle sous le règne de Louis VII, comme en témoigne un siècle plus tard Geoffroy de Courlon : « l’an du Seigneur 1146, le roi Louis établit une Commune à Sens pour la ruine des églises et des barons. L’an du Seigneur 1147, La Commune de Sens fut anéantie par le roi Louis, sur l’ordre du Pape Eugène, à la demande des grands et à l’instigation du seigneur Herbert, abbé de St-Pierre le Vif qui par cette raison fut massacré par des rustres avec un chevalier, son neveu, nommé Herbert » (1). Sabre et goupillon ne font pas toujours bon ménage... Il faudra attendre 1189 pour que Sens redevienne une Commune avec pour premier édile Hugues de Héno. Cinq siècles vont s’écouler avant que Louis XIV procède à la création, en 1692, des « offices » dans les villes, ces « maires perpétuels » voués à remplacer les magistrats municipaux. Avec pour ambition de renflouer les caisses de l’Etat. On prête à Jérôme Phélypeaux, comte de Pontchartrain, secrétaire d’État de la Maison du Roi, de 1699 à 1715, ces mots à l’adresse du souverain : « Chaque fois que Votre Majesté crée un office, Dieu crée un sot pour l’acheter. » Dès lors, les événements se bousculent. Le 14 décembre 1789, les communes se substituent officiellement aux paroisses, par souci d’uniformisation du territoire. Ces entités administratives font leur apparition au même moment que les départements, les districts et les cantons. Le décret du 10 brumaire an II (31 octobre 1793) unifie le statut des communes et leur donne leur actuelle dénomination.  

Une Mairie itinérante

Au gré du temps, la mairie de Sens a occupé plusieurs bâtiments de la cité : « Le premier lieu où les habitants convoquèrent leurs assemblées fut la Porte St-Pregt, acquise en 1283, pour bâtir et qui prit à cette occasion le nom de Porte Commune »(2). Elle était située à l’entrée sud de la rue de la République. * Les travaux occasionnés pour protéger la ville lors de la guerre de Cent ans obligèrent les réunions à se tenir au Palais Royal, c'est-à-dire au palais de justice actuel. Puis la mairie s’installa, pour plusieurs décennies, dans la Grande-Rue, et couvrait l’emplacement occupé aujourd’hui par les immeubles portant les numéros 69 de la Grande rue et 2 et 4 de la rue Beaurepaire. La maison dite « des Degrés » (à cause de ses marches) a disparu, mais ses caves subsistent encore. Vint l’heure du déménagement de nos édiles dans un hôtel de ville neuf, de style renaissance qui sera détruit, aujourd’hui place Chambertrand.  Nos représentants se dirigèrent  alors vers la rue des Déportés de la Résistance, où ils s’installèrent en l’Hôtel des Tournelles. Tarbé des Sablons écrit : « Les Maire et Echevins achètent en 1570, des religieux de St-Pierre-le-Vif, la maison des Tournelles qui faisait le logement de l’abbé. C’est aujourd’hui l’emplacement du collège. En 1578, on y construisit l’Hôtel de ville ». (2) Là comme ailleurs, pas de repos pour Maire et Echevins. La mort de Mgr Jean Davy du Perron, en 1621, sonna le déclin  notre cité car Paris devenant archevêché amputa notre ville de Chartres, Orléans et Meaux. Deux ans plus tard, Sens, pour retrouver son prestige perdu, fait appel aux Jésuites pour diriger le collège. Et ces derniers réintègrent la maison des Tournelles… Les services de la ville furent alors transférés dans les bâtiments de l’ancien collège, au 66 de la rue de la Parcheminerie, la rue Thénard, jusqu’au 27 décembre 1789 date à laquelle on inaugure, après de nombreux travaux, la nouvelle mairie en lieu et place du Grand Séminaire transféré en 1784 au couvent des Célestins.  La Révolution entraine la vente des biens nationaux ce qui pousse les services municipaux à émigrer vers le palais des archevêques, palais qui reviendra en 1817 à Mgr de la Fare avec le rétablissement du siège archiépiscopal à Sens. Ce dernier prendra possession des lieux en 1821 pendant que la ville achetait l’ancien hôtel Soubiran, devenu l’hôtel Vezou situé 5 rue Rigault où, dorénavant, nos représentants vont s’installer avant de décider la construction de l’hôtel de ville actuel : « C’est dans ce bâtiment, précise Bernard Brousse, qu’en 1848, Victor Guichard fut élu maire de Sens par acclamation et qu’en 1870 fut proclamée la IIIème République. L’immeuble a servi d’hôtel de ville pendant 80 ans, de 1822 à 1904. Les bureaux de l’administration municipale occupaient l’aile septentrionale à droite en entrant. Au premier étage du corps de logis principal était installée la bibliothèque et au rez-de-chaussée se trouvait la grande salle de délibération du conseil municipal et plusieurs salles de commission. L’aile gauche comprenait le logement du concierge et donnait asile, au premier étage, aux collections de la Société archéologique ».

Les années passant, la population grandissant, il fallut bien un jour se rendre à l’évidence : de nouveaux travaux d’agrandissements devenaient nécessaires. Ce que déclarait, en juin 1885, M. Neymayer : « Nous reconnaissons tous qu’il y a nécessité à améliorer comme disposition les services de la Mairie, et particulièrement celui des archives ; je crois en conséquence de devoir demander au Conseil qu’il veuille bien prier l’administration municipale de faire faire une étude par M. l’Agent-voyer, afin de pouvoir satisfaire aux besoins urgents… »(3). A la fin de cette même année, la maison voisine de la Mairie était à vendre mais à un prix trop élevé pour la ville. Le projet d’extension fut abandonné. Un an plus tard, le 15 mai 1886, le Maire Ernest Landry, entretient le Conseil du projet d’acquisition de la maison Lorne, un îlot de plusieurs bâtiments en centre ville. A la suite de cette réunion, le Conseil engage vivement le maire à ne rien négliger pour terminer cette affaire et l’autorise à traiter avec M. Lorne aux conditions les plus avantageuses pour la ville qu’il pourra obtenir. Après de longues tractations, concernant tout à la fois prix d’achat, concession diverses, expulsions, libération des lieux et montant des travaux, la démolition de la « maison Lorne » sera effective au début février 1900 pour élever l’hôtel de ville actuel.

 

Gérard DAGUIN

 

*Au XVIII è siècle, la tour et la porte Commune disparurent lors du percement de la nouvelle « traverse » (la rue de la République) et furent remplacées par la porte Dauphine, elle-même détruite en 1883.

 

Documentation : Société Archéologique de Sens, Bernard Brousse. Cerep Sens. L’hôtel de ville a cent ans. 1. Bernard Brousse, Les anciens hôtels de ville de Sens. 2. Tarbé des Sablons, détails historiques sur le baillage de Sens.3. Jacques Gyssels, Avant l’hôtel de ville.

 

 Au Palais de Justice… (Détail de la gravure de Merian, Coll. SAS)

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 Au collège Montpezat… (Coll. SAS)

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 Au Grand séminaire… (Coll. Archives municipales)

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Dans l’aile Henry II… (Photo J.P. Elie)

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Rue Rigaud… (Coll. SAS)

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Date de dernière mise à jour : 18/05/2012

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