Chimères, mascarons, stuc et staff…

Dès la pause de la première pierre, les architectes, Dupont et Poivert, s’inquiètent de l’ornementation sculptée des façades : « La beauté de l’œuvre en dépend ». De même qu’ils vont surveiller la décoration intérieure : « Elle doit être en harmonie avec le monument qui les encadre ».

C’est bien connu, on ne change pas un principe gagnant. C’est donc revêtus de leur redingote, costume sombre, haut de forme et lavallière, monocle à l’œil et moustaches conquérantes, que les membres du conseil municipal décidèrent dès 1901 d’organiser un concours pour déterminer qui, des prétendants, aura  le privilège de travailler sous l’étroite surveillance et selon les directives des architectes. Un choix anonyme qui se porte sur Jules Langevin. Les choses n’étant jamais parfaite en ce bas monde, ce dernier décède en 1902 laissant sa place à J.Pétrement, autre membre de la Société française coopérative des sculpteurs, décorateurs et ornementistes de Paris. Son travail, largement inspiré de la Renaissance, présente un décor extérieur qui fourmille de chimères et de mascarons dont les cornes s’enroulent en arabesques pour mieux se mêler aux motifs stylisés. La devise « Liberté, Egalité, Fraternité » est bien entendu inscrite sur le campanile et les armes de la ville apparaissent aux quatre coins de l’édifice. Si la cathédrale est protégée par de hideuses et démoniaques gargouilles, censées éloigner l’esprit du mal et défendre les Sénonais, le campanile de l’hôtel de ville est décoré de quatre figures d’animaux fantastiques, proches des griffons, qui montent la garde et  protègent la ville. (1) Réponse du berger à la bergère, du laïc au spirituel, de Péppone à Don Camillo ou plus encore, superstitions tenaces ?

Après de longues tractations entre le conseil municipal, le Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux Arts et les architectes, trois artistes, Messieurs Scherrer, Mangonot et Cavaillé-Coll, sont retenus pour exécuter des sujets qui ont été sélectionnés, d’un commun accord, pour décorer l’intérieur de l’hôtel de ville. A dire vrai, des sujets mûrement réfléchis et choisis par la volonté du maire, Lucien Cornet : Scherrer sera chargé de deux grandes fresques, La remise de la Chartre émancipant la Commune et Le Mariage de la Rosière, Mangonot, des panneaux des murs et des dessus de porte, Cavaillé-Coll des plafonds des salles. Les artistes présentent leurs œuvres en mai 1903 au conseil municipal qui ne manque pas d’apporter quelques modifications : Cavaillé-Coll doit remplacer, entre autre, la lettre « S» du caisson central de la salle du conseil par les initiales de la République «RF», tandis que ces mêmes initiales seront remplacées aux quatre coins de la pièce par les mots Liberté, Egalité, Fraternité et Solidarité. Un dernier principe que Lucien Cornet n’hésite pas à rajouter à la devise de la République. Mangonot devra modifier les sujets des peintures murales afin qu’ils prennent «une couleur locale», et si la commission se montre satisfaite de «La lecture de la Chartre», elle propose à Scherrer un nouveau sujet, en remplacement du «Mariage de la Rosière», celui du «Premier Mariage Civil à Sens». (2)

Point de Mairie digne de ce nom, sans Marianne. Deux bustes identiques, sont commandés par la municipalité de Lucien Cornet au sculpteur Dufeu en 1903. «Cette commande, écrit Bernard Pernuit, est inséparable du nouvel hôtel de ville qui marque le triomphe de la République radicale. Dans les deux cas, le choix de l’emplacement dévolu à «Marianne» (salle du Conseil et salle des Fêtes) et le type de buste retenu sont sans équivoque. Chacune est posée au centre d’une cheminée dont le manteau semble figurer la façade d’un temple antique dont le fronton triangulaire est sommé d’un blason républicain couronné de tours évoquant la ville de Sens, Marianne occupe un type d’emplacement  habituellement réservé aux souverains d’une dynastie ; indiscutablement, elle trône ». (3)

Gérard DAGUIN

 

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LE GAULOIS N’EST PLUS DANS LA PLAINE

C’est les architectes Dupont et Poivert qui avaient prévu, dès 1899 qu’une statue, représentant un « héraut d’armes ou gaulois » ornerait le campanile de l’hôtel de ville. Cette statue, bien vite dénommée « Le Brennus de l’hôtel de ville » en souvenir du chef gaulois qui mena le peuple Sénon à la victoire contre Rome, fut commandée au sculpteur Guillot qui, en mars 1901, présente trois épreuves au conseil municipal. Prévue à l’origine en zinc, sa réalisation avec ce matériau  sera refusée au prétexte «qu’elle nécessiterait de nombreuses soudures qui la fragiliserait, sans parler de l’effet déplorable au point de vue artistique d’une statue en zinc». La statue sera réalisée en cuivre par Monduit et posée le samedi 11 avril 1903.

(Photo Berry)

 

Documentation : S.A.S Bernard Brousse. Iconographie, Virginie Garret, Cerep Sens. L’hôtel de ville a cent ans. 1. Hélène Ferbos, Le décor extérieur. 2. Sylvie Ballester-Radet, le décor intérieur. 3. Bernard Pernuit, L’hôtel de ville ou le triomphe de la République


Peintures de l'Hôtel de ville de Sens

Premier mariage civil à Sens (Hôtel de ville) 

"Premier mariage civil à Sens en 1792", salle synodale, célébré par M. Scherrer, décor de la salle des mariages de la Mairie de Sens.

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L'Arrivée du Coche d'Eau en 1789 (Peinture décorative de l'Hôtel de ville)

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Le carnaval

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Le plafond de la salle des fêtes de l'hôtel de ville de Sens

Aux pieds de la République française, à gauche en bas, le fleuve l'Yonne déverse ses flots.

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La Charte

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Date de dernière mise à jour : 18/05/2012

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