C’est pour les Ursulines que sonne le glas

Monseigneur Languet de Gergy jouit d’une influence certaine auprès de Louis XV par l’intermédiaire de son principal ministre, le cardinal Fleury. D’un caractère emporté, le prélat ne va céder en rien et va continuer à harceler les Ursulines sénonaises.

Mais l’Ursuline est têtue et refuse toujours et encore le nouveau catéchisme. De nouveau, les foudres de l’archevêque vont s’abattre sur la communauté : interdiction de recevoir des petites filles en externat, griefs concernant  des mal façons de la clôture ou des grilles du parloir, reproches concernant les visites trop fréquentes du chapelain, accompagnés de soupçons plus ou moins exprimés, accusations répétées de jansénisme etc… Avait-il en tête la triste histoire des Possédées de Loudun et d’Urbain Grandier ? (voir en fin de page). Toujours est-il que la seule présence extérieure autorisée sera celle d’un chanoine de Saint-Etienne désigné pour les cérémonies d’inhumation. Plus de confesseur, plus de chapelain, plus de curés. Le monastère est mis en quarantaine, isolé de tous. Pendant les années qui vont suivre, les Ursulines  ne vont vivre que de peu, se contentant de maigres rentes augmentées par des travaux d’aiguilles, de dentelles, de broderies ou de tapisseries. En dépit de leurs ennuis avec l’autorité de tutelle, elles restent droites dans leurs sandales, ne lâchant rien. En attendant, les petites Sénonaises sont toujours sans école, les sœurs vieillissent, décèdent et il n’y a plus de novices. 

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Monseigneur Albert de Luynes 1703-1788

 Cardinal Archevêque de Sens

Gravure d'Etienne Fessard

En 1753, Languet de Gergy, qui avait installé en 1735 une école pour l’enseignement des jeunes filles dans une chapelle du Cloître, confiée à deux religieuses non Ursulines, quitte ce bas monde laissant son siège à Monseigneur Albert de Luynes. Bien que le nouvel archevêque ait fait une tentative auprès des Ursulines de Saint-Cloud, pour rétablir  la communauté de Sens, leur réponse fut négative : «il s’agiroit d’aller demeurer avec des personnes infectées du levain du jansénisme et c’est à quoi nos sœurs ne peuvent se résoudre… ». Un monastère déserté, peuplé d’un nombre dérisoire de religieuses, un mouroir pour des croyantes abandonnées, ombres chargées de lumière cernées de solitude sous un cloitre inutile, accusées de jansénisme : une situation désespérée qui va perdurer vaille que vaille… En janvier 1782, Monseigneur de Luynes informe le Roi de procéder à l’extinction des Ursulines de Sens, étayant sa décision de divers prétextes : «l’apostolat méricien n’existe plus depuis 1734, année où il lui fût interdit de recevoir des novices puis d’enseigner, où il ne reste plus que quelques religieuses en sorte que, de fait, la communauté est détruite, qu’aucune observance régulière n’est pratiquée, que cette situation est préjudiciable à la ville, à la religion et aux bonnes mœurs… ». Les 16, 26 février et 2 mars 1783, on informe la population par affichage du projet épiscopal. Une voie va s’élever en la personne de Sœur Aglaé Le Verd dite de Sainte Monique que pourtant, Monseigneur Languet de Gergy avait trouvé, lors de sa visite de contrôle en 1732, «… bien disposée à obéir, mais entêtée et ignorante… ». Elle va dès lors se battre comme un beau diable, enchaînant procédures, procès et plaidoiries, réclamant même la justice et la bienveillance du souverain. Le 30 juillet elle sera déboutée de toutes ses revendications et en août le parlement de Paris rendra une ordonnance d’enregistrement des lettres de Patentes qui deviendront effectives le 13 mars 1784. Mais notre Ursuline solitaire ne baisse toujours pas les bras et va continuer sa lutte, jusqu’en 1786, secondée pour un temps par le conseil de la ville qui voit quand même l’intérêt qu’il peut tirer de cette situation, ne serait-ce que pour l’éducation des jeunes filles. Education des jeunes filles, certes, mais sans…  les Ursulines.

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Ecole Jeanne d'Arc, la cour intérieure.

Dès 1782, le prélat avait pris contact avec son suffragant de Nevers et dans le courant de l’année 1787, les sœurs de la Charité de Nevers viendront prendre possession de la maison et de l’institut des Ursulines. Ainsi, sœur Sainte Monique va faire connaissance de ses nouvelles compagnes. Pour peu de temps, car la Révolution va la chasser. Elle se réfugiera dans une maison de la rue de le République où elle s’éteindra en 1803. Les sœurs de Nevers avaient, elles, regagné leur maison mère dès le début des événements. Sous le Consulat, l’établissement leur sera rendu. Mais pour autant, les malheurs n’étaient pas terminés : en 1814, «lors de l’invasion des armées alliées, ce vaste édifice a été brulé et dévasté par une soldatesque étrangère, puis il s’est relevé une seconde fois sous la restauration, ses bâtiments réparés et reconstruits grâce au courage de la vertu, au zèle pur et infatigable et au dévouement religieux de Madame Emilienne Pelras, alors supérieure de cette communauté ». (1) Elle y tiendra sa place jusqu’en 1827.

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Le Premier ministre français Émile Combes (1835-1921)

En 1864, l’école et la pension Sainte-Marie, qui avait été ouverte avant la Révolution, vont être remis à neuf : on va agrandir et exhausser une aile dans la cour d’honneur, fermer le cloître ouvert jusque là aux quatre vents, ériger la statue du portail d’entrée et reproduire la grotte de Lourdes au fond du jardin. La première pierre de la chapelle sera posée le 23 mai 1878 par Monseigneur Bernadou et consacrée deux ans plus tard. En 1901, puis en 1904, sont votées les lois demandant aux administrateurs des congrégations enseignantes d’obtenir une autorisation ministérielle pour continuer leurs activités. Une fois encore, la guerre du sabre et du goupillon se profile à l’horizon. Bien entendu, Emile Combes, alors président du conseil, ministre de l’intérieur et des Cultes, refuse. Mais on décidera de maintenir l’œuvre d’enseignement en confiant l’établissement à une directrice laïque, séparation de l’Eglise et de l’Etat oblige. Clin d’œil à l’histoire : pourquoi avoir mis l’institution sous la protection de Jeanne d’Arc ? Au lendemain du boulangisme  et en pleine affaire Dreyfus, le patriotisme de la Pucelle était exalté par les catholiques face à l’anticléricalisme dont ils étaient en butte. Il faut voir en ce choix une manifestation de résistance morale envers Emile Combes. (2)

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens. Bulletin de la SAS, Tome VII, Le couvent Notre-Dame des Ursulines, Danielle et Daniel Bullot. 1. Théodore Tarbé. 2. Etienne Dodet, Sens au XIXème siècle.

 

Urbain Grandier et les possédées de Loudun

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Portrait d'Urbain Grandier

Grandier fut nommé en 1617, à vingt-sept ans, chanoine de l’Église Sainte-Croix de Loudun. Il avait acquis une réputation de séducteur et prêchait même pour le mariage des prêtres. La supérieure du couvent des Ursulines de la ville, mère Jeanne des Anges, lui proposa de devenir confesseur de sa communauté. Grandier se récusa et la mère supérieure porta son choix sur le chanoine Mignon, ennemi de Grandier. Vengeance de la Supérieure tombée amoureuse de lui à l’écho de ses exploits amoureux ? Il est probable que, mise hors d’elle par son refus, elle l’accusa d’avoir employé la magie noire pour la séduire… Prises d’une forme d’hystérie collective, les Ursulines l’accusèrent en septembre 1632 de les avoir ensorcelées, en leur envoyant le démon Asmodée, pour les amener à commettre des actes impudiques. Grandier fut arrêté, interrogé et jugé par un tribunal ecclésiastique, qui l’acquitta. Malheureusement pour lui, Grandier s’était attiré l’hostilité du cardinal de Richelieu qui ordonna un nouveau procès qu’il confia à Jean Martin de Laubardemont, un parent de la mère supérieure. Interrogées une deuxième fois, les nonnes ne répétèrent pas leurs accusations. Mais cela ne changea rien au verdict qui était écrit d’avance. Après avoir torturé Grandier, qui niera jusqu’au bout, les juges produisirent des documents prétendument signés par le prêtre et plusieurs démons, preuve qu’il avait passé un pacte avec le diable. Il fut brûlé vif en 1634.   

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Date de dernière mise à jour : 28/04/2013

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