Les Monuments, Jean Cousin, au nom du père, du fils, du square...

Un jardin public est un terrain enclos, paysagé et planté, destiné à la promenade ou à l’agrément du public. A Sens, il porte le nom de «Square Jean Cousin».

 

La statue de Jean Cousin par Henri Chapu. (Coll.SAS) 

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Lors de l’invasion allemande à Sens, le square est devenu cimetière. (Coll. F. Pieyns)

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Jusqu'au XVIIe siècle, les jardins, utilitaires ou d'agrément, restent l'apanage des classes aisées et de certains privilégiés. Ils cernent les abbayes et agrémentent  les demeures des aristocrates. C’est la Révolution Française qui va faire naitre le jardin public, dans son acception moderne : un espace urbain naturaliste, planté, paysagé et entretenu par la collectivité pour l’agrément de tous. Conçus comme des lieux urbains à part entière, les jardins publics ont bénéficié des mêmes attentions que les bâtiments officiels. Comme la plupart des villes, Sens aura son square. Mais où et quand ? Sauf idées rapides et convergentes, le temps va dérouler son fil. D’une part, la volonté de créer un square. D’autre part, une proposition : le secrétaire de la Société libre des Beaux Arts écrit au Maire de la ville en 1854 pour lui demander son concours afin d’élever une statue à Jean Cousin. Il faudra encore attendre une trentaine d’années pour qu’en 1880 les projets convergent : un splendide jardin de plus de 6000 m2 accueillera une statue du célèbre artiste.

 


Portrait de Jean Cousin d’après la gravure d’Edelineck. (Coll. SAS)
  

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Notre ami Jean découvre le monde vers 1490 à Soucy. Son père, dit-on, digne et fier héritier de Noé travaille la vigne.  A l’heure de l’adolescence, il garde les troupeaux avant de «venir à la ville», vers 1512, où la construction du transept de la cathédrale s’achève. C’est là que sa fibre artistique s’affirme et qu’il apprend l’art du vitrail avec ses maîtres, Jacques Hympe et Tassin Gassot, verriers sénonais qui exécutèrent, en 1516-1517, les vitraux du croisillon nord de l’édifice. En 1520, il épouse Christine Rousseau. De leur lit commun, naîtront huit enfants dont un seul garçon, prénommé Jean comme son père, qui deviendra artiste à son tour. Quelques années plus tard, il est fait mention de lui (du père) comme géomètre et peintre demeurant à Sens. Ses talents multiples sont alors utilisés pour l’embellissement de la cathédrale : il met au point la «petite horloge», «raccoustre et peint une image de Notre Dame» et exécute quelques œuvres pour l’abbaye de Vauluisant. Vers 1538, l’artiste «monte à la capitale» où il travaille pour des lissiers et des verriers. Deux ans plus tard, il réalise des peintures décoratives pour l’entrée à Paris de l’empereur Charles Quint avant d’ériger, pour celle d’Henri II, en 1549, un arc de triomphe orné d’une nymphe représentant Lutèce, en nouvelle Pandore. Thème qu’il reprendra pour son tableau «Eva, prima Pandora» conservé au Louvre.  A cette époque, sa renommée est telle qu’il est mentionné par Vasari en 1550 dans la première édition des «Vies des plus excellent peintres, sculpteurs et architectes». Il ne quittera jamais Sens définitivement et il dessinera en 1551, un «fuds d’orgues» pour la cathédrale et illustrera, en 1556, le «Livre des Coutumes de Sens». En 1560, vers la fin de sa vie, sera imprimé le «Livre de perspective de Jehan Cousin, sénonois, Maîstre painctre à Paris».


Le célèbre tableau de Jean Cousin « Eva prima Pandora » conservé au musée du Louvre. (Coll. SAS)

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Et  le fils ? Jean Cousin, puisque c’est son nom, est également un artiste réputé. En 1563, alors qu’il travaille au château de Fleurigny, il est appelé à Sens pour décorer la ville à l’occasion de l’entrée de Charles IX. En 1571, il publie le «Livre de pourctraiture» qui fut considéré, pendant des siècles, comme le livre de classe des artistes. L’Histoire ayant ses secrets que la raison ignore, père et fils furent confondus et ce n’est qu’à la séance du 5 octobre 1908 de la Société Archéologique que Maurice Roy présenta son travail sur « Les deux Jean Cousin ». En attendant, on avait inauguré, à Sens, Le square Jean Cousin.

Il fait beau en ce samedi 2 octobre 1880, premier jour inscrit pour les festivités dues à l’inauguration. Mais il ne se passe pas grand-chose si ce n’est un concert au Palais Synodal. Le lendemain, la foule, moins nombreuse qu’attendue d’après l’opposition, se dirige vers le Cours Chambonas. Depuis 11h du matin, la circulation y était interdite. Elle le sera jusqu’à 18h. La cérémonie commence à 13h30. Presque tristement : la presse parisienne a boudé l’événement, les membres de l’Institut ont trouvé une excuse. L’Académie n’est représentée que par MM Thomas et Barbey de Jouy, le Sénat par MM Charton et Ribière, la Chambre par M. Lepère, l’administration par le Préfet de l’Yonne et le sous-préfet de Sens. Victor Guichard brille par son absence. Le maire, René Vidal, donne lecture de la lettre de monsieur le Président du Conseil, ministre de l’Instruction publique et des Beaux Arts, Jules Ferry : «J’avais espéré pouvoir répondre à l’invitation… Vous savez comment des devoirs nouveaux sont venus s’ajouter à ceux qui m’incombent déjà. Le Président du Conseil est obligé, à son grand regret, de revenir sur la promesse faite par les ministre des Beaux Arts ». Commentaire de l’Union : «Il eut été difficile  à Jules Ferry de faire l’éloge du grand artiste sénonais qui serait traité de clérical si il vivait de nos jours…». (1) Puis il continue en remerciant Edouard Charton, « notre vénéré sénateur » à l’origine de la souscription, les généreux donateurs, le gouvernement, les membres de l’Institut et le sculpteur Henri Michel Antoine Chapu. On fait tomber le voile qui recouvre l’œuvre sous les applaudissements de la foule et l’Orphéon exécute une cantate en l’honneur de Jean Cousin. Suivent les discours de M. Barbey de Jouy et celui de M. Monceaux secrétaire de la Société des Sciences de l’Yonne. (2) Marseillaise, Chant du Départ et comme on s’en doute, banquet.

L’histoire ne dira jamais lequel des deux Jean Cousin est honoré dans le square. Et pour cause, à l’époque de l’inauguration on en connaissait qu’un. Mais qu’importe, après tout, père et fils sont réunis, aux yeux de tous, dans la pierre, pour un bout d’éternité. De pierre en fils.

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens.1, Georges Maire. Propos sur Jehan Cousin.2, Etienne Dodet, Sens au XIXè siècle, tome 1.

 


LE SCULPTEUR HENRI CHAPU

Élève de James Pradier, Francisque Duret et Léon Cogniet à l'École des beaux-arts, Chapu remporte successivement, en 1851, le second grand prix de gravure en médaille, en 1853, le second grand prix de sculpture et, en 1855, conjointement avec Amédée Doublemard, le premier grand prix de sculpture, encore appelé prix de Rome.  Sa production, très abondante, est souvent inspirée de l'antique. Il reçoit de nombreux honneurs et distinctions et devient l'un des sculpteurs « officiels » de la IIIe République. Le marbre de sa Jeanne d'Arc à Domrémy, exposé au Salon de 1872, le révèle au grand public. Il est élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1880. Il fait partie du groupe des « Florentins », avec Alexandre Falguière, Laurent Marqueste, Antonin Mercié et Ernest Henri Dubois, et de celui des « Caldarrosti » ayant séjourné à la villa Médicis. Les œuvres de Chapu sont visibles dans de nombreux musées, à Paris (Orsay et Carnavalet), à Briare, Bayonne, Angers ou Bordeaux. Elles ornent également de nombreux bâtiments parisiens, notamment l'hôtel de ville, l'Opéra, le Palais de justice, la gare du Nord. Quelques statues funéraires lui valent également un grand succès : le tombeau de Monseigneur Dupanloup (1886) dans la cathédrale d'Orléans, celui en marbre de Monseigneur Augustin David dans la cathédrale Saint-Étienne de Saint-Brieuc et surtout la statue funéraire de la duchesse d'Orléans, sculptée pour la chapelle de Dreux.

     

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Date de dernière mise à jour : 27/05/2012

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