Du déjà vu, l’abolition des privilèges…la Troisième République, période de 1884 à 1905

La volonté de remise en cause des pouvoirs accordés à L’Eglise, le souci de laïcité, d’égalité devant la Loi et devant les devoirs de tous les citoyens vont amener le pouvoir à prendre des mesures qui abolissent ce que l’on considérait comme des privilèges injustifiables dont jouissait l’Eglise catholique et romaine.

Si la Révolution avait établit la conscription, elle en avait néanmoins exclu le clergé. Ce qui ne fut plus le cas à partir de 1872 où les jeunes séminaristes «pouvaient obtenir une dispense occasionnelle» pour y échapper. En cas contraire, ils pouvaient être libérables au bout d’un an. Votée par 386 voix contre 170, la loi du 13 juillet 1889 rend le service militaire obligatoire pour tous. Et pour une durée de trois ans. Toutes fois, les jeunes théologiens, peuvent être libérés au bout d’un an s’ils peuvent justifier d’un ministère. Si ce n’est pas le cas, ils devront retourner à la caserne pour finir leur temps, au moment de leur vingt-cinquième anniversaire. De plus, il leur est interdit de devancer l’appel alors que cette facilité est accordée à ceux qui se destinent à l’Ecole normale ou autres écoles d’Etat.

Pour les époux, nouvelle règle : après les élans «généreux» dela Révolution qui, entre autre, avait autorisé le divorce, celui-ci fut abolit sous la Restauration, lui substituant la séparation de corps. Cette loi fut rétablie en 1884. On pouvait lire dans la Semaine Religieuse ces lignes : Le rapporteur de la loi (Alfred Naquet) ne sen cache pas : c’est une nouvelle étape dit-il sur la voie de la laïcisation. Or tout le monde sait ce que veut dire ce mot dans le vocabulaire moderne : cela signifie tout simplement la déchristianisation de la France… La France avait admirablement compris que la polygamie successive, moins sans doute que la polygamie simultanée, est une déchéance de l’idée morale et avait compris qu’en dehors de l’union indissoluble, il n’y a ni dignité pour les époux, ni éducation pour les enfants, ni discipline pour la société. Cette loi va passer haut la main comme va passer, en 1884, celle  du «Droit d’accroissement», un impôt supplémentaire pour les congrégations religieuses. Un impôt s’additionnant à celui de la «Mainmorte» droit concernant les biens ecclésiastiques qui ne produisent aucun droit de mutation.

42 le divorce

Gouache de Lesueur: " Les deux jeunes époux renoncent à divorcer, rappelés à leur devoir par le juge"

A Sens, la Supérieure des sœurs de la Providence va se battre comme un beau diable, alléguant que le bien que possède la Providence est un bien consacré à Dieu pour les bonnes œuvres, spécialement pour les enfants des classes populaires, pour le soulagement des pauvres et des malades, que nous n’avons plus que des écoles libres dont les ressources sont étroites et précaires, que les sœurs des divers établissements ont peine à vivre et que la maison-mère, qui ne subsiste qu’avec les ressources des maisons dépendantes se trouve gênée et hors d’état de payer les sommes réclamées par le fisc et qu’il faut toujours en venir à vendre quelque chose de notre patrimoine… Après d’âpres et longues discussions elle eut gain de cause, mais pour un bref instant. Un nouvel impôt va être crée, le «droit d’abonnement» uniquement applicable aux communautés religieuses. Cette fois, avec l’autorisation du Chef de l’Etat, contrairement à l’affaire sénonaise, le fisc pourra agir.

Mgr

Mgr Ardin prendra ses fonctions à Sens le 6 septembre 1892. (Coll. SAS)

En 1892, les Républicains modérés arrivent au pouvoir. A Sens, le 6 septembre de la même année, Mgr Ardin prend ses fonctions d’archevêque et Lucien Cornet est élu, en juin, maire de la ville. Le gouvernement va alors mener une politique d’apaisement envers l’Eglise catholique. Trois ans plus tard, tout sera à refaire avec le ministère Léon Bourgeois même si,  plus tard, Jules Méline, alors Président du Conseil, tentera une nouvelle réconciliation.

Mais l’affaire Dreyfus va relancer les débats et séparer la France en deux clans en rejetant les catholiques du côté des adversaires du Régime tandis qu’elle reconstitue l’unité de la gauche autour de l’anticléricalisme. En 99, Waldeck-Rousseau est nommé Président du Conseil. Le dernier combat en vue de la séparation commence.

Dans le Sénonais, depuis l’installation des deux compères, il régnait un climat de suspicion presque contrôlé. A part, bien sûr, le nom des rues et des places qui avaient été baptisées, débaptisées puis rebaptisées en fonction des événements politiques, l’interdiction des processions religieuses, la levée de la main mise du Clergé sur les pompes funèbres, l’interdiction des quêtes à domicile… Et la commission administrative de la ville, présidée par Lucien Cornet, qui va tenter de chasser les sœurs soignantes de l’hôpital ! Une tentative qui fit long feu, mais qui permit, néanmoins de remplacer les noms des saints qui désignaient les salles par un fléchage plus explicite, Service de Médecine Hommes, Service de Médecine Femmes, ect… 

1969

Lucien Cornet (1865 - 1922), maire de Sens. Il va prendre un arrêté interdisant le port de la soutane.

Note du Webmaster: Conseiller municipal de Sens en 1892, il en devient maire l'année suivante et reste en poste jusqu'à son décès. Il fait construire l'actuel hôtel de ville, ainsi que la Caisse d'épargne. Il est élu député en 1896, lors d'une élection partielle, et siège au groupe radical-socialiste. Il est secrétaire de la Chambre en 1905. Il est élu sénateur en 1909. De 1915 à 1918, il est secrétaire du Sénat. ( Extrait, Source http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Cornet)

Mais «Lulu» ne veut pas en rester là : sur la proposition de deux conseillers, se référant à un article du Concordat stipulant que tous les ecclésiastiques sont habillés à la Française et en noir et que les évêques pourront joindre à ce costume la croix pastorale et les bas violets, il va prendra un arrêté interdisant le port de la soutane. Ce à quoi, l’archevêché répondra que le costume ecclésiastique officiellement en usage dans le Clergé est l’habit de ville, composé de la soutane, de la ceinture et du rabat… L’affaire ira jusqu’en Cour de cassation qui rendra un arrêt déclarant illégaux dans tous les cas les arrêtés municipaux interdisant le port de la soutane. Entre temps, et sans en perdre, le Conseil municipal avait fait enlever la croix de Saint-Cartault (au carrefour des rues Eugène Delaporte et de Mocquesouris) sous prétexte qu’elle gênait la circulation, celle du cimetière, considérant que le cimetière communal était un lieu d’inhumation sans distinction de culte et qu’elle entravait le passage des convois et celle de l’Hôtel-Dieu qui disparu pour faciliter des travaux de réfection de la toiture. En 1909, lors de la construction du nouveau pont, la croix des mariniers s’envola à son tour.

Que dire alors des cloches qui sonnaient à tout va, le prélat ne ratant une occasion de se rappeler aux oreilles de ses ouailles. Mais là encore, le préfet se limita à respecter la Loi qui avait établit le règlement des sonneries. Bien sûr, les anticléricaux n’omirent pas les dénonciations calomnieuses, les supposés détournement d’argent, le commerce d’eau bénite, les amours complices avec des religieuses, les messes sataniques ou les exorcismes clandestins… A Sens, la municipalité à mis en œuvre la construction de la nouvelle mairie. Une question se pose du côté du clergé : Lucien Cornet et ses amis, ont-ils opté pour le projet de Dupont-Poivert à cause de l’importance de la toiture d’angle qui aurait pour objectif de concurrencer les tours de la cathédrale ? C’est du moins ce qui se chuchote.

On peut lire, dans La Semaine Religieuse de mars 1901, que « la municipalité sénonaise fait en ce moment construire, au centre de la cité, le futur hôtel de ville. C’est une occasion d’afficher hautement le mépris de la loi, divine et humaine tout à la fois, du repos dominical et, chaque dimanche, la foule des promeneurs peut considérer le chantier où une foule de pauvres gens peinent sans trêve ni repos. Lors de son discours d’inauguration, l’inspecteur général des Beaux Arts prononcera ces mots : «… Sens a déjà une belle cathédrale, l’aînée de Notre Dame de Paris, mais cette cathédrale, monument du passé qui caractérise la domination du clergé, n’est rien à coté du nouvel édifice qui symbolise pour vous les libertés municipales (…) ».

Le 1er juillet 1901 sera votée la loi relative aux associations. En fait, Waldeck-Rousseau s’est persuadé que ce sont les congrégations qui ont pris trop de puissance par rapport à l’Etat. Par son contenu, cette loi vise particulièrement les congrégations religieuses. Ce que confirmera René Vidal, député socialiste : «Pas d’équivoque ! Nous supprimons les religieux et les religieuses, c’est  un acompte. Ce que nous entendons supprimer et détruire, c’est la religion catholique ». Il va en résulter que les congrégations religieuses enseignantes devront fermer leurs écoles, se privatiser ou se séculariser. Ce sera le cas pour nombre d’entre elles dès 1904.

A Auxerre, Emile Combes fera un discours des plus anticléricaux qu’il soit. Il confirmera que le débat sur la séparation des Eglises et de l’Etat sera à l’ordre du jour de la session de 1905. Mais il n’aura pas le temps d’appliquer ce programme. Il donnera sa démission en janvier 1905 suite à l’affaire des fiches.  Aristide Briand sera le rapporteur du projet et la loi votée le 9 décembre de la même année. C’est désormais chacun chez soi. (A suivre)

Gérard DAGUIN

Documentation : Source historique : Etienne Dodet, Sens à l’heure de la séparation des Eglises et de l’Etat, Société Archéologique de Sens. Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens. 

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Date de dernière mise à jour : 10/12/2013

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