Les Monuments, Le Théâtre: "quand le cimetière accueille les baladins…"

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À l’époque romaine, les représentations théâtrales se déroulaient sur des espaces plats sur lesquels étaient agencés quelques décors. Contrairement aux Grecs qui eux, bâtissaient leurs théâtres à flanc de colline.

Le premier acteur serait le grec Thespis[] qui aurait joué en -534 au théâtre d'Athènes pour les fêtes de Dionysos, devenant ainsi le premier à interpréter des paroles, séparément du chœur, dans une pièce de théâtre. Avant lui, les histoires étaient racontées avec des danses ou des chansons, à la troisième personne. C'est dans le cadre du développement urbain du XIIIe siècle que le théâtre en langue vulgaire (que l'on appelle alors «Jeu») prend véritablement son essor par des troupes itinérantes qui se produisent sur les places publiques.  En France, les métiers du théâtre sont longtemps réservés aux hommes. Les autorités religieuses jugeant ces pratiques sataniques, n’hésitent pas à excommunier les acteurs. Un édit royal, promulgué par Louis XIII le 16 avril 1641, établi le statut de comédien «reconnaissant que rien dans leur travail ne puisse leur être imputé à blâme, ni porter préjudice à leur réputation dans le commerce public»[]. Il faudra attendre 1738 pour que le premier théâtre public soit élevé à Metz. Ainsi, les baladins ne s’éloignent plus le long des jardins, devant l’huis des auberges grises, par les villages sans églises… Désormais, les troupes vont se produire dans des bâtiments réservés à leur art. Ce sera le cas à Sens. Mais avant….

1758 : « Sur les bords des fossés qui défendaient autrefois la ville au nord, il y avait une promenade appelée le vieux mail. Les fossés  furent entièrement comblés. Il y avait 400 ans qu’ils avaient été creusés d’après les ordonnances du Roi Charles V. Pour remplir ces fossés, on ravala les terres des jardins voisins et on détruisit l’ancien cimetière de l’Hôtel Dieu. Le nouveau cimetière fut reporté plus au nord de la promenade ». (1) C’est donc en lieu et place du cimetière de l’Hôtel-Dieu qu’on construira plus tard le théâtre de la ville. Le terrain, acquis par un certain Royer en 1790, directeur des diligences de Sens, sera revendu trois ans plus tard à Jean-Louis Guyot. C’est ce dernier qui fera élever le bâtiment du théâtre entre 1793 et 1800 avec les pierres provenant du château de Noslon détruit entièrement après la Révolution. En 1808, la première représentation pouvait avoir lieu : on peut lire sur un document relevé par Etienne Dodet, qu’«avec les autorités de la ville, et par privilège accordé par son Excellence le ministre de l’intérieur au sieur Bernard, nous, Madame Boutin, Larue et autres sociétaires chargés de pouvoirs, avons l’honneur de prévenir le public que nous ferons, aujourd’hui 7 mai 1808, l’ouverture du théâtre de la ville pour cinq représentations seulement, par la première représentation de L’habitant de la Guadeloupe ou le retour du nouveau monde, comédie en vers et en trois actes et en prose de M. Mercier suivi des Folies amoureuses, comédie en trois actes de Regnard… »(2)

Les héritiers de Guyot vendront, en 1824, la propriété à un certain François Théodore Clément Lorne qui la cédera en 1827 à la ville. La «culture» n’étant pas forcement ennemie  de la gouaille populaire, on avait bâti, près de ce lieu de distractions, un autre lieu de culte, le Café de la Comédie, aujourd’hui devenu, après «Le Bleu», la Caisse d’Epargne. La valeur n’attendant pas le nombre des années, c’est en assistant à une représentation de Ruy Blas de Victor Hugo, que celui qui deviendra lui aussi un homme illustre, Stéphane Mallarmé, écrira à Sens en 1861, ses premières critiques théâtrales. (3)

Après de nombreuses réparations et autres aménagements, la ville va, en 1879, prendre la décision d’agrandir enfin les bâtiments et la salle de spectacle : «Le 16 juillet 1882, le nouveau théâtre est inauguré avec les artistes de l’Académie nationale de Musique, de la Comédie Française et le concours de la Société Philarmonique ». (2) Un théâtre neuf, imaginé par Horace Lefort qui, la même année, se lancera avec son comparse Bénoni Roblot, dans la construction du Marché couvert.

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Depuis 1895, le cinéma, grâce aux frères Lumière, est l’attraction principale des champs de foires. A Sens, le «Synographoscope» est installé sur le rond point de l’Esplanade, dans un confortable chalet. Les archives de la ville gardent la trace d’une note du secrétaire de mairie, Léon Bertrand, au maire, Lucien Cornet, lui demandant, en 1903, de bien vouloir autoriser des projections cinématographiques au théâtre. (4)

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Les idées soixante-huitardes n’épargnèrent pas la noble construction qui, avec l’inauguration de la «rutilante» mais impersonnelle salle des fêtes, échappa de justesse à sa transformation en gare routière ou Banque de France. Quelques esprits sages, dont le maire, André Chaussat, préférèrent réhabiliter l’âme de la vieille bâtisse pour qu’elle retrouve celle du spectacle. Depuis sa renaissance en 1981, de nombreux artistes se sont produits sous la coupole de notre théâtre. Et de nombreuses pièces ont été montées par  la troupe du TMS, sous la direction de Didier Weill. Pour la plus grande joie d’un public Sénonais, fidèle.

Gérard DAGUIN

Documentation : S.A.S Bernard Brousse. Iconographie, Virginie Garret, Cerep Sens. 1. Théodore Tarbé, Histoire de la ville de Sens. 2. Etienne Dodet, Les origines de notre théâtre municipal. 3. Mallarmé et les siens.4. Jacques Gyssels, Le cinéma et ses débuts à Sens

LES TROIS COUPS

Au théâtre, les trois coups sont frappés avec un bâton, le brigadier, sur le plancher de la scène, juste avant le début d'une représentation. Cette tradition, plus particulièrement française, peut venir du Moyen Âge, où trois coups, symbolisaient la Trinité. Ces trois coups lents étaient précédés de onze autres martelés (douze apôtres moins Judas) censés chasser les mauvais esprits.

Une autre explication fait correspondre les trois coups aux trois saluts que les comédiens exécutaient avant de jouer devant la Cour : le premier vers la reine (côté cour), le deuxième vers le roi (côté jardin), et le troisième vers le public. Une autre veut encore que dans le théâtre classique français, le régisseur martelait le sol afin d’annoncer le début de la représentation aux machinistes : un premier coup venu des cintres lui répondait, un deuxième montait du dessous de scène et un troisième venait des coulisses. Chaque machiniste se trouvant donc bien à son poste, le régisseur pouvait ouvrir le rideau.  A la Comédie-Française  six coups sont frappés afin de matérialiser la jonction des deux troupes, celle de l'hôtel de Bourgogne et la troupe de Molière déjà adjointe de celle du théâtre du Marais sous Louis XIV.

Brigadier ou bâton de direction d’orchestre, cette lourde canne servant à battre la mesure en frappant le sol, ne porta pas chance à Jean-Baptiste Lully, compositeur pour les pièces de Molière sous Louis XIV. La cause de sa mort fut particulière puisqu'elle intervint à la suite d'une répétition du Te Deum qu'il devait faire jouer pour la guérison du roi. N'arrivant pas à obtenir ce qu'il voulait des musiciens, Lully, d'un tempérament explosif, s'emporta et se frappa violemment un orteil avec son « bâton de direction ». Il refusa qu'on coupât sa jambe qui s'infecta, la gangrène se propagea au reste du corps et infecta en grande partie son cerveau.

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Date de dernière mise à jour : 29/08/2012

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