La cathédrale St-Etienne. Les modifications

   Bien qu’ayant conservé les lignes essentielles de son  architecture primitive, la cathédrale ne présente plus l’aspect qu’elle avait au XII ème  siècle, de nombreuses modifications sont intervenues au cours du temps.

 Dans la seconde moitié  du XII è siècle, la cathédrale n’est toujours pas entièrement terminée. Pour ce faire, Alexandre III autorisa le Chapitre à se réclamer de lui en 1165 pour solliciter des fidèles de nouvelles offrandes afin de finir les travaux. Mais à la mort d’Hugues de Toucy en 1168, la façade n’est pas encore en chantier A l’ origine, elle devait être formée de deux tours symétriques, surmontées de hautes flèches, encadrant un grand portail. Entre 1180 et 1220, sous les épiscopats de Guy de Noyers, de Michel et Pierre de Corbeil les maçons les dressèrent jusqu’au niveau du grand comble. (1) La tour nord appartient à cette campagne de travaux. Mais son couronnement ne fut jamais réalisé et au XIV è siècle on la coiffa d’une haute charpente recouverte de métal qui subsista jusqu’en 1845 et qui lui valut le nom de « Tour de plomb ».  Puis l’ouvrage cessa faute de finances pour ne reprendre que quelques vingt ans plus tard. En 1184 un incendie ravagea la ville et la cathédrale fut atteinte.

 

Tour de plomb

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 Sur cette gravure, on peut voir les chapelles du XIVè siècle de la nef,

détruites au XIXè siècle et la Tour de plomb détruite en 1845. (SAS)


C’est une cité d’environ 10 000 âmes qui accueillit le 27 mai 1234 le mariage de Louis IX et Marguerite de Provence dans une cathédrale achevée depuis peu. A n’en pas douter, sa mère, Blanche de Castille, veuve de Louis VIII depuis 1226, avait dû subvenir largement au financement des travaux afin que son fils fut reçu dans un édifice digne de son rang. C’est à cette époque que l’on entreprit, dans le chœur, le remaniement des voutes et des fenêtres. Au lendemain de ce jour béni, devant le maître autel, Marguerite fut couronnée reine de France. Joie, alléluia, vive la Reine, vive le Roi.

Sens du Moyen-Age était, comme toutes les villes médiévales, divisée en différents quartiers spécialisés, réservés soit aux marchés, soit à des rassemblements d’artisans d’un même métier, soit enfin à des industries. On connait deux places de foires, celle du Vieux Marché qui se tenait en dehors des murailles nord et le Marchereau, au sud. Il existait deux places de marchés dans la ville qui étaient fixés au samedi de chaque semaine : la place de l’Hôtel Dieu, le parvis de la cathédrale, et la Place du Samedi, l’actuelle Place Victor Hugo. La cathédrale d’alors était entourée d’une halle aux pains, d’estançons, d’un marché aux viandes et dans le cœur de la cité existaient d’autres marchés dont un aux cuirs, aux fourrures, aux vins, aux animaux, aux bois ou aux matériaux de construction. Une halle aux draps devait se situer entre les rue Jean-Cousin et Jossey a l’ouest de laquelle existait un autre bâtiment désigné comme Grange aux laines. Les industries, elles, étaient établies sur les terrains traversés par les bras secondaires de la Vanne. On y trouvait draperies, blanchisseries, tanneries et charronneries. La rivière accueillait trois ports, l’un au Clos-le-Roi, l’autre en bordure de l’église St-Maurice et le dernier au Petit Hameau. (1)

 

Les 4 chapelles

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 Relevé des façades des chapelles du bas-côté sud de la nef avant leur destruction. (SAS) 


La chute de la Tour de pierre

C’est donc au centre d’une cité active et « marchande »que le 5 avril 1267, la tour Sud, la « tour de pierre », s’écroula entrainant dans sa chute les parties hautes de la façade et les travées avoisinantes de la nef.  Pierre de Courlon nous en a transmis le souvenir : « Le jeudi Saint 1267, la tour méridionale s’écroula en partie. Les jours suivants, ce qui restait s’effondra. Le jour de Pâques, la chute de la tour était totale. En même temps, les premières travées de la nef, une grande partie de la façade et l’étage supérieur du palais synodal s’étaient écrasées en un monceau de ruines ». (2)  L’archevêque Pierre de Charny entreprit aussitôt la reconstruction qui s’imposait. Jacques Henriet écrit : « Dans le haut vaisseau, du côté sud, les trois premières travées furent reconstruites depuis le sol, la pile adossée au revers de la façade et les deux piles suivantes furent reprises de fond. Le bas-côté fut lui aussi réédifié. La chapelle Sainte Croix, sous la tour sud et les travées voisines conservent encore aujourd’hui l’arcature de base et les voutes du XIII è siècle. Pendant ces travaux, on ne manqua pas d’ouvrir de larges fenêtres ». (3) Des travaux, une fois encore qui s’inscrivent dans le temps puisqu’une bulle de 1289 déclare que les travaux sont commencés C’est surement la construction de cette nouvelle chapelle qui suggéra l’idée d’en créer d’autres, au flanc de la nef, d’abord, puis du déambulatoire. On fit à Sens comme dans nombre d’autres églises : on perça les murs latéraux. Ce nouveau chantier débuta en 1293 par le côté nord et s’acheva du côté sud en 1310. (4). Peu après, le clocher qui surmontait la croupe du grand comble menaçait de ruine. Il est fut abattu en 1379 et une flèche portée sur une galerie à pinacles fut dressée par Henriet Girard. Le 4 juin 1413, ce clocher est frappé par la foudre. Les travaux du clocher de la tour sud recommencèrent en 1528 et ne furent achevés qu’en 1532 à la mort de l’architecte Cardin Guérard. Un an plus tard, son successeur, Nicolas Godinet élèvera sur l’angle sud-ouest de la terrasse la tourelle pour servir de campanile à l’horloge.


 Plan des fenêtres

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 En traits pleins, les fenêtres avant les travaux. En pointillés, telles qu’elles sont aujourd’hui. (SAS)

  Mais le changement le plus significatif fut la construction du transept. Entre la fin du XIII è  et le début du XIV è siècle, les chanoines décidèrent d’édifier une nef  transversale destinée à dégager l’entrée du chœur. Mais ce travail, interrompu à quelques mètres du sol par la guerre de Cent Ans, ne reprit qu’a partir de 1490. On fit appel à un maître d’œuvre parisien, Martin Chambiges qui entreprit de finir le travail du bras sud commencé quelques 150 ans auparavant. Puis, il s’attaqua au bras nord dont la première pierre fut posée le lundi 1er novembre 1500. Treize ans plus tard, le transept avait sa forme définitive. La construction de ce transept fut en grande partie financée par l’archevêque Tristan de Salazar, défenseur acharné de la grandeur du siège métropolitain et protecteur des arts. Chambiges voulut avant tout privilégier la lumière. Pour cela, il conçut les parois du transept comme de véritables murs de verre et donna aux croisillons la plus haute élévation possible sans rompre l’unité de l’édifice.

Et la lumière ne fut pas…

Vint le siècle des Lumières qui n’en fut pas pour notre cathédrale. Un nouveau décor, à la demande des chanoines et des archevêques, allait prendre place. Dés 1730, les anciennes stales sculptées disparurent pour céder la place à de nouvelles adossées à de hautes boiseries. En 1742, le vieux maître autel fut remplacé par un autel de marbre « à la romaine » conçu sur les dessins de Servandoni. On le surmonta d’un baldaquin, inspiré de celui de St-Pierre de Rome. On remplaça les grilles et les dalles disposées dans la nef furent sciées pour former un dallage de losanges noirs et blancs. Puis, on badigeonna l’édifice « du sol au plafond ». En 1746, les chanoines abattirent et reconstruisirent l’ancien Trésor et la salle du Chapitre.

Transformée à la Révolution pendant quelques mois en Temple de la Raison, la cathédrale fut dépossédée de ses somptueux tombeaux dont certains démontés et transformés en moellons à bâtir. Les sculptures des portails, des tours et de la nef furent martelées, les biens du clergé saisis, l’archevêché supprimé et l’édifice délaissé. « En 1845, l’architecte Robelin détruisait la charpente du XIV è  siècle de la tour de plomb. Un de ses successeurs, Adolphe Lance proposa, avec l’appui de Viollet-le-Duc, de supprimer les chapelles de la nef datant du XIV è pour les remplacer par une reconstitution de l’arcature primitive qu’il ajoura pour aménager de petites chapelles ». (5)

Enfin, dès 1878 le cardinal Bernadou puis Mgr Ardin jusqu’en 1900 font disparaître le hideux badigeon italien, consolident les précieuses verrières et conservent, en leur rendant leur aspect primitif, les chapelles du déambulatoire.

Gérard DAGUIN

Documentation CEREP, Société Archéologique de Sens, Bernard Brousse. Notes : 1. Denis Cailleaux, Notes sur le commerce et l’industrie à Sens au Moyen-Age, Bulletin de la SAS fascicule 26. 2. Monseigneur Fourrey, Sens, ville d’art et d’histoire. 3. Jacques Henriet, la cathédrale St-Etienne de Sens. 4. Abbé Chartraire, la cathédrale de Sens. 5. Denis Cailleaux, La cathédrale de Sens.

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Date de dernière mise à jour : 20/05/2012

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