La cathédrale St-Etienne. Le chantier

Le chantier aurait pu être mené rapidement si l’économie avait été prospère et si les partenaires, ecclésiastiques et laïques, s’étaient bien entendus. Mais il a été rallongé par les maladies et les croisades qui ont vidé la main d’œuvre ... et les caisses. Pour autant, une cathédrale n’est jamais terminée, car les transformations ou les travaux de décoration et de rénovation s’y poursuivent sans cesse.  


Essai de reconstitution de l’état de l’édifice peu avant l’écroulement de la tour sud en 1267 (A. Villes)
 

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La date non précise mais retenue pour le début des travaux de la cathédrale St-Etienne  se situe aux environs de 1135, sous le pontificat d’Henri Sanglier. Une lettre écrite par St Bernard au nom de l’archevêque peut faire supposer que le nouvel édifice était déjà, lors de la célèbre rencontre de l’abbé de Clairvaux avec Abélard au concile de Sens, (1140) dans un état de construction avancé : « Les suffragants de notre métropole s’étaient réunis à nous pour contribuer, par leur présence, à la solennité de l’ostension des reliques que nous nous proposions de faire au peuple dans notre église métropolitaine ». (1) Toutefois, il est juste de penser que si les travées du déambulatoire étaient en phase terminale, c’est sous une nef vétuste que dû se tenir cette assemblée. En revanche, on est certain que  la consécration de l’autel sanctuaire par le pape Alexandre III eut lieu le 19 avril 1164 dans une nouvelle cathédrale encore inachevée. Elle le sera (presque) en 1168 à la mort de l’archevêque Hugues de Toucy. Lors de cette consécration on remarqua la présence de Thomas Becket, archevêque de Canterbury, exilé lui aussi. L’église de Canterbury ayant été détruite par le feu en 1174, c’est à l’architecte Guillaume de Sens que l’on fit appel pour la reconstruire.  Un chroniqueur anglais, Gervais de Canterbury raconte ainsi la fin de l’illustre architecte : « Au moment où Guillaume commençait à établir les voutes, après avoir construit les arcs principaux, un échafaud se déroba sous lui et il fut précipité sur le sol d’une hauteur de 50 pieds. Le pauvre architecte fut relevé mourant. Peu de jours après, il eut encore la force d’ordonner la construction du grand autel. Les remèdes ne produisant aucun effet Guillaume retourna en France en 1180, finir sa douloureuse vie ». (2) A la lecture de ce texte, il semble évident que Guillaume de Sens ne puisse être l’inventeur de la croisée d’ogive. Mort en 1180 en pleine force de l’âge, il devait être bien trop jeune en 1135 pour être à l’origine de cette nouveauté. Ce qui n’empêche qu’il a dû travailler avec le « Maître de Sens » et qu’une  des gloires de notre ville, est d’avoir élevé le premier monument de style ogival en rejetant les cintres, comme il était de coutume, pour croiser les arceaux en les rejetant vers le ciel.

Des carrières à St Leu d’Esserent


A Sens, comme ce fut souvent le cas ailleurs, il a fallut occuper  les terrains cernant l’ancien édifice pour élever cette « nouvelle » cathédrale. On peut penser qu’on a dû exproprier les propriétaires récalcitrants et qu’il fallut aplanir le sol au fur et à mesure de l'acquisition des terrains avant de commencer quoi que ce soit. Pour démolir l’ancien édifice, on a fait appel aux piqueurs, armés de piques. Enfin, on a reporté les plans au sol à l'aide de piquets et cordeaux avant de poser les assises. Comme toujours, les bâtisseurs ont commencé par le chevet et le chœur pour finir par la façade et les tours. Peu à peu, le nouvel édifice a enveloppé l'ancien que l'on a démolit au fur et à mesure en réutilisant les matériaux, ce qui a imposé parfois des ajustements, voire des altérations du plan originel. Comme ailleurs, d'autres déformations, dues à des impondérables en cours de chantier ont dû obliger l'architecte à compenser l’édification comme il le pouvait.  

Mais revenons au XIIè siècle. Le « maître d’ouvrage» est à pied d’œuvre. Il a choisit pour leurs qualités les carrières de  St Leu d’Esserent dans l’Oise pour ériger notre cathédrale. La pierre est extraite "à force de pics, coins et liens de fer". Elle est ensuite sciée en blocs et reprise à la ripe. Le transport est assuré depuis les carrières par le maître d'œuvre, par voies terrestre à l'aide de "chars" à bœufs. Pour réduire le coût du transport qui est relativement élevé, on réduit les dimensions des pierres à transporter en les travaillant à la carrière : dalles de sol, pavés, tambours de colonnes et blocs de murs ou carreaux. Autre nouveauté : on utilise des gabarits en bois pour rationaliser le travail des éléments répétitifs : tambours de piliers, blocs ou pavés. La taille au pied du chantier concerne les chapiteaux, les voussoirs, les arcs de fenêtres, les gâbles. Sur le plan, des marques de position indiquent la pose. A fur et à mesure de l’édification, les ouvriers doivent s’élever vers le ciel. Pour cela, il faut dresser des échafaudages. Certains reposent sur  le sol, d’autres (volants) sont suspendus. C’est par ce moyen que seront posés les vitraux et les arcs d’ouverture. Les échafaudages volants sont ancrés à la partie supérieure des murs, à l'aide de boulins ligaturés par des cordes aux perches. L'empreinte laissée est bouchée au mortier et pourra être réutilisée. Le platelage est en claie de branchage ou parfois en peau de bête. La manutention fait appel à des manœuvres ou « hommes de bras ». Les pierres sont levées à l'aide de grues rotatives en bois ou de chèvres à deux poteaux. On évite le plus possible de transporter des blocs sur les échafaudages. Pour cela, on approche le bloc le plus possible du mur à élever, et on le hisse à l'aide de tours fixées au sommet des murs en construction. La construction des tours emprunte à l'art des engins de guerre, tandis que la manutention à l'aide de cordages s'inspire de l'expérience maritime. Le poids des hommes sert à faire tourner les écureuils, comme font les hamsters. Dans un écureuil de 2,5 m de diamètre, un seul homme peut faire monter une charge de 500 kg. Les écureuils sont soit au pied de l'ouvrage, soit disposés en hauteur. Les pierres sont scellées au mortier. Le sable vient de la rivière ou des carrières les plus proches, tandis que la chaux est fabriquée dans des fours spéciaux (raffours) par des chaufourniers. Ce sont les mortelliers qui préparent et hissent le mortier destiné aux ouvriers. (3) Les femmes sont employées à de nombreuses tâches, certes moins dangereuses, mais tout aussi épuisantes. Ce sont elles qui généralement préparent le mortier aussi bien de jour comme de nuit. Contrairement à de nombreuses idées reçues, il n’a jamais été construit de plans inclinés partant de l’Yonne  pour hisser les pierres une à une afin d’ériger la cathédrale. Comme à l’époque, on n’a pas non plus creusé de souterrains passant sous la rivière et rejoignant la colline St Bond. Ce qui est certain, c’est qu’entre le XIIè et le XVIè siècle, St-Etienne va subir de nombreuses modifications.                                 Gérard DAGUIN

Documentation CEREP, Société Archéologique de Sens, Bernard Brousse. Notes : 1. Sens, Ville d’art et d’histoire, Monseigneur René Fourrey. 2. Sens, Histoire et description, Th. Memain. 3. Passions.

LE COMPAGNONNAGE

 Chaque compagnon avait son signe de reconnaissance ce qui lui permettait d’être reconnu par ses pairs, de prouver son savoir faire et d’être… payé. 

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On ne peut évoquer les bâtisseurs de cathédrales sans évoquer le Compagnonnage dont on retrouve les premières traces écrites au XIIe siècle, après le Concile de Troyes. Des manuscrits mentionnent en effet que les ouvriers les plus qualifiés, parmi ceux travaillant à la construction des cathédrales sont « les Compagnons du Saint Devoir de Dieu ». Ces Compagnons obtinrent des franchises, c’est à dire le droit de circuler librement de chantier en chantier. Ils apprirent, par ailleurs, de l’Ordre Templier, la connaissance de la géométrie descriptive et de la décomposition graphique des forces qui leur permirent de construire des édifices scientifiquement calculés. Cette science, tenue absolument secrète, se transmettait de bouche à oreille, de maître à élève, car elle était une initiation de métier, à ne dévoiler qu’à ceux qui en étaient dignes, c’est-à-dire ceux qui pouvaient eux-mêmes l’appliquer. Cela explique l’extraordinaire qualité de construction des cathédrales des XIIe et XIIIe siècles qui restent des joyaux de notre patrimoine architectural.

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Date de dernière mise à jour : 20/05/2012

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