De la terreur de 1793: « Je vous salue, Marat, Robespierre est avec vous… », vers le Concordat de 1801

La constitution de 1791 considérait que le mariage était un contrat civil. Il fallait donc établir un mode par lequel les naissances, les mariages et les décès seront constatés. Désormais, ce seront les communes qui se chargeront de ce travail. Avec les divorces.

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L’acceptation de la Constitution de 1791.

Source: Augustin Challamel, Histoire-musée de la république Française

Aux yeux de l’Eglise, cette dernière disposition n’altérait en rien le sacrement du mariage qui demeurait indissoluble sauf par Rome. Mais c’était une pierre de plus dans le jardin de la chapelle Sixtine. Déjà, le calendrier républicain, institué le 5 octobre, avait supprimé le dimanche, jour du seigneur et les sections de Paris avaient déclaré «qu’elles renonçaient à toutes les erreurs de la superstition et ne reconnaissent plus qu’un seul culte, celui de la Raison».

Un culte qui sera suivi, bien entendu, à Sens, et qui sera célébré pour la première fois le 5 Ventôse An II (23 février 1794) dans une cathédrale sécularisée. Mais la pensée des révolutionnaires va plus vite que le couperet de la guillotine et le 18 Floréal An II (17 mai 94), Robespierre, à la tribune de l’Assemblée, prononce un long discours dans lequel il développe ses vues philosophiques exaltant l’Etre Suprême. Porte ouverte aux Jacobins Sénonais qui prévoient des fêtes dédiées… au genre humain, aux martyrs de la Liberté, à la haine des tyrans, à la frugalité, au stoïcisme, à la loi conjugale, à l’agriculture, à la pudeur etc… Une célébration qui aura lieu le 20 Prairial (8 juin), au Temple de l’Etre Suprême, l’ex-cathédrale.

Après la Terreur et la chute de Robespierre, le 9 Thermidor An II (26-27 juillet 1794), le culte catholique semble sortir de la clandestinité et reprendre quelques couleurs. Ce que fait remarquer l’agent national de Sens par une lettre au Comité de Salut Public en date du 30 Brumaire An III (20 novembre 1794) : «Les Temples dédiés à l’Etre Suprême par la philosophie sont maintenant réoccupés par des saints hideux, de pierre ou de bois… ». Timidement, la religion catholique avait fait son retour dans les églises. Oui, mais en partageant la place avec ceux qui célèbrent le culte de la Raison… Une cohabitation qui va s’enrichir trois ans plus tard avec l’arrivée de nouveaux venus, les théophilanthropes qui, après s’être installés dans la chapelle du séminaire (le lycée Mallarmé), vont prendre place dans … la cathédrale. On peut deviner l’émoi des catholiques à la lecture des élans de la nouvelle religion : «A Robespierre : Notre père qui êtes aux enfers, que votre nom soit révéré, que votre règne se stabilise, que vos décrets soient exécutés dans le département de l’Yonne comme à Sens. Donnez-nous aujourd’hui notre sang quotidien et ne nous laissez pas succomber sous les honnêtes gens… mais délivrez nous des cinq-cents (Chambre prônant la démocratie). Ou bien encore : «Je vous salue Marat plein de sang, Robespierre est avec vous ; vous êtes bien parmi les théophilanthropes, et les Jacobins, fruits de vos entrailles sont bénis. Ainsi soit-il ! ». Ils vont quand même regagner la chapelle du séminaire en 1801 avant de sombrer dans l’oubli.

Ces dix années révolutionnaires auront laissé des traces profondes malgré des progrès civils indéniables. Une période marquée par des délations, des exécutions en masse, des déportations, des pillages et la déchristianisation des lieux : à Sens, la rue Dauphine devient la rue de la République, celle des Jacobins, Beaurepaire, la place du Cloître, place Drapès, Saint-Etienne, celle de la Liberté, celle du Samedi, Mirabeau et la place Saint Didier, place de la Fédération.

Allegorie

Allégorie du Concordat de 1801 par Joseph Célestin François.

 En mai 1798, Bonaparte part pour l’Egypte. Il en revient 17 mois plus tard. Son coup  d’Etat va marquer la fin de la Révolution et le Consulat remplace le Directoire. Autre temps, autres mœurs. Désormais les prêtres doivent promettre fidélité à la Constituton. Mais tous le savent, la paix civile doit aller de pair avec la liberté de cultes. Bonaparte et Pie VII vont signer un nouveau Concordat qui stipule entre autre que le gouvernement reconnait que la religion catholique est la religion de la grande majorité des Français, que cette religion sera librement exercée en Italie, que le Premier Consul nommera évêque et archevêques. De son côté, Pie VII, reconnaît que cette religion attend le plus grand bien de l’établissement du culte catholique en Italie, que le Saint-Siège établira, de concert avec le gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses et que sa Sainteté conférera l’institution canonique aux évêques et archevêques nommés. En revanche, ils devront, avant d’entrer en fonction, prêter serment devant le Premier Consul.

Pie

Portrait du pape Pie VII

Jacques-Louis David,1805musée du Louvre (Paris)

Mauvaise surprise pour les Sénonais, la ville va appartenir au diocèse de Troyes. Bien des efforts seront faits pour que Sens retrouve son siège épiscopal mais ce ne sera pas le cas. D’autant que le ciel va s’assombrir et que les relations entre Bonaparte, désormais Empereur des Français depuis 1804, et Pie VII vont tourner à l’orage. Culte de personnalité de la part du petit Caporal ? Surement. Ne va-t-il pas imposer une nouvelle lecture du catéchisme, imposer que l’on dise à la messe des prières à sa gloire et imposer une fête dela Saint-Napoléon le 15 août, jour de sa naissance mais surtout jour de l’Assomption ? Il fallut accommoder les deux et honorer en même temps la Vierge et son nouveau compagnon. Curieux mariage qui fit bondir Pie VII. A partir de 1806, ce n’est plus l’orage mais la tempête : Napoléon qui veut assoir son pouvoir en Italie écrit au Pape : « Votre Sainteté est souveraine à Rome mais j’en suis l’Empereur ! ». En 1809, il annexera les provinces pontificales à son royaume d’Italie. En réponse, le 10 juin, Pie VII excommuniera l’Empereur. Le Saint-Père est désormais assis sur un Saint-Siège éjectable et Napoléon le fera arrêter dans la nuit du 5 au 6 juillet. De longues tractations vont s’en suivre entre les deux parties pour améliorer le Concordat. Un concordat qui sera finalement abrogé par Napoléon le 23 février 1812.

Dans l’arrondissement de Sens, les choses ne sont pas moins calmes : plusieurs prêtres sont dénoncés et emprisonnés pour avoir supprimé les prières à l’Empereur lors des offices. Et le Clergé Sénonais qui ne sait plus très bien à quel saint se vouer, tiraillé qu’il est entre son évêque, soutenu par le Pape et celui de Troyes, dont il dépend, soutenu par l’Empereur.

Le 6 avril 1814, l’Empereur abdique. Au revoir Napoléon, bonjour Louis XVIII. Nouveau roi, nouvelle chartre qui précise que « chacun professe sa religion avec une égale liberté et obtient pour son culte une égale protection. Néanmoins la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de l’Etat. Que les ministres du culte catholiques et ceux des autres cultes chrétiens recevront, seuls, un traitement ». Un nouveau roi qui va également s’efforcer de renouer de bonnes relations avec le Saint-Siège en demandant à Pie VII de proclamer la nullité de tous les actes relevant de la juridiction ecclésiastique depuis l’entrée des Français sur les terres pontificales et de rétablir les 135 sièges épiscopaux d’avant la Révolution. Une aubaine pour la ville qui pensait bien récupérer le sien. Mais le 1er Mars 1815, l’Aigle est de retour pour un vol qui va durer cent jours. Et il faut bien le dire, la prêtrise regarde d’un œil torve cet inquiétant volatil. Surtout à Sens où le Clergé, trop prés des Bourbons, se trouve dans une situation inconfortable. On sait la suite, Waterloo, l’exil à Sainte Hélène  et le retour du roi sur le trône. Mais le Pape avait trainé des mules et aucune réponse n’avait été faite aux propositions de Louis XVIII. Pour débloquer la situation, un nouveau projet de conventions concordataires est soumis à Rome en 1816. Nouvelles tractations d’où il en sortira que Sens sera au nombre des sept nouveaux archevêchés. En possession du bref pontifical, Mgr de la Fare prête serment au roi le 20 octobre 1821 aux Tuileries et arrive à Sens le 26 novembre, veille des cérémonies de son intronisation. A la mort de Louis XVIII, en 1823, le prélat avait accompli une œuvre colossale : travaux de réfections des églises et des presbytères, accueil des congrégations de femmes, essor des écoles chrétiennes… Dorénavant, Charles X est au pouvoir. Il va s’appuyer pour gouverner sur les ultra-royalistes, qui n’ont pas très bonne presse dans le pays, exigeant un retour à la rechristianisassions de la société : «A fur et à mesure que se développait cette offensive, grandissait l’inquiétude des incroyants et des libéraux… ».

Les temps à venir allaient-ils être plus favorables au Clergé ? (A suivre)

Gérard DAGUIN

Documentation : Source historique : Etienne Dodet, Sens à l’heure de la séparation des Eglises et de l’Etat, Société Archéologique de Sens. Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens.

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Date de dernière mise à jour : 01/12/2013

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