Le Marché couvert : avant était l’Hôtel-Dieu….

Situé à l'ombre de la cathédrale et dépendant des autorités religieuses, l’hôtel-Dieu de Sens daterait du  XIIème siècle succédant à une institution plus ancienne.                                       

Dès sa fondation il sert à héberger les pèlerins et à évangéliser les voyageurs. Peu à peu, cette fonction d’accueil se transforme en hôpital.

Avant le marché couvert, se dressait, face à la cathédrale, l’Hôtel-Dieu. On le désigna d’abord sous le nom de, La Maison de Dieu, puis de Grand Hôtel-Dieu sans doute pour le distinguer de petit Hôtel-Dieu fondé par Garnier Després. (1) Si le nom de son fondateur n’est pas parvenu jusqu’à nous, il semble que sa construction se rattache à l’affranchissement des communes. En 1146, la ville de Sens profitant comme tant d’autres des ordonnances rendues par Louis VI le Gros, achetait ses libertés ce qui eu pour effet de laisser à chacun le droit de disposer de ses biens. (1) Cette première «Commune de Sens» fut supprimée un an après  à la demande  de seigneurs qui voyaient là une perte de leur autorité. La société se partageait alors en deux classes distinctes : les serfs et les hommes libres. Les seigneurs, maîtres absolus de leurs vassaux, devaient les prendre à leur charge, les faire soigner en cas de maladie et les assister quand ils ne pouvaient plus se suffire à eux même. En théorie du moins. Mais toute médaille ayant son revers, les malheureux qui se trouvèrent atteints par les épidémies ou la vieillesse, n’eurent plus qu’à compter, bien qu’ayant gagné une forme de liberté, sur la commisération d’autrui. La charité chrétienne dût songer à leur créer un asile et à remplacer, auprès d’eux, les protecteurs sur lesquels ils ne devaient plus compter.



Le clergé sénonais fut sans doute, par sa position archiépiscopale, un des premiers à donner l’exemple. C’est lui qui fournit le terrain sur lequel fut construit le grand Hôtel-Dieu et qui a appelé aux dons et souscriptions des habitants : «De la fondation de cet Hôtel-Dieu, aucunes lettres ne se trouvent. On sait seulement, quant au fond sur lequel il était assis, que la juridiction temporelle et spirituelle dans le dit Hôtel-Dieu, a toujours appartenu à Messieurs les Vénérables du Chapitre de Sens et qu’ils ont toujours commis et préposé au gouvernement d’icelui». (2) Ainsi, on réunit les moyens de recevoir quelques malades. Par la suite, les bienfaiteurs se multipliant, le service s’agrandit. Le bienfaiteur le plus ancien, dont les titres fassent mention est «un Sieur Ruiles ou Ruilez Geoffroy qui, de concert avec sa femme fit donation en l’an 1204 d’un étal qui était devant l’Hôtel-Dieu. En 1206, Julien Thibaud et Hélissande, sa femme, léguèrent des biens considérables situés au territoire de Pont sur Yonne. Comme ces biens étaient grevés de différents droits de censive Eudes des Barres et sa mère, Vicomtesse de Sens, firent l’abandon de ces droits en faveur de l’Hôtel-Dieu en mars 1207». (3)

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La façade de l’Hôtel-Dieu a été préservée. Elle a été réédifiée à côté de l’église  St-Pierre-le-Rond. (Coll. SAS)


Après quelques siècles de bons et loyaux services rendus aux malades, aux nécessiteux et aux enfants abandonnés, il sera décidé, en 1792, que l’Hôtel-Dieu tiendra désormais ses quartiers dans l’abbaye St-Jean.  Pourtant, son portail avait été le  témoin de biens curieux événements : «En 1522, le nommé Passagne, pour avoir mangé des pois au lard, un jour de carême, fut condamné à avoir le fouet et fut attaché au pilori. En 1540, on brula vif un gentilhomme nommé Langlois qui, dans une partie de débauche, s’était permis quelques paroles indécentes contre la Sainte Vierge. Ce jeune homme appartenait à une très honnête famille ; son oncle, Jean de Barville, chanoine de Sens, aveuglé par un fanatisme démesuré, fournit le bois pour le bûcher et disputa même au bourreau le droit de l’allumer. Le 19 juillet 1541, le nommé Jean Pagnard s’introduisit dans la cathédrale et y vola le Saint-Ciboire qui était de vermeil. Arrêté, emprisonné et soumis à la question il ne tarda pas à avouer son forfait, déclarant que lui et son complice, un certain Etienne Marcillat, avaient caché le précieux objet sous un tas de pierre près de la chapelle de l’Hôtel-Dieu que l’on construisait alors. En septembre suivant, il fut brûlé vif». (4)

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Drôle d’époque où l’injustice de Dieu unissant famines, pandémies et abandons d’enfants côtoie la justice des hommes qui exécutent leurs semblables au nom de croyances divines !

D’autres faits viennent s’ajouter aux «réjouissances populaires»: en 1547, Jacques Verrier fut condamné à faire amende honorable devant l’Hôtel-Dieu pour avoir mangé des œufs au lard le jour du Carême, sans l’accord de l’évêque. En 1556, on y exécuta une ânesse malfaisante. Plus tard,  des truies furent pendues pour avoir dévoré des enfants au berceau, un bœuf à été tué pour avoir par furiosité occis un jeune homme…. Le temps des sorcières, de la diablerie où des mules, des chiens, des chèvres et des juments ont subis le même sort ! Le 9 aout 1594, les nommés Edmé Gauthier, Jean Regnault et Jean Rémy furent pendus à Paris, mais sénonais de souche, leur tête furent exposées devant l’Hôtel-Dieu. En 1642, les assassins du sieur Thibaud, de sa servante et d’un écolier furent arrêtés, jugés et rompus vifs. En 1646, Jacques Dupain de Sens et un nommé Renaud du Poitou, furent condamnés à être brulés vifs comme blasphémateurs.

En 1792, les malades ayant été évacués vers l’abbaye de St-Jean, on installa un an plus tard, dans l’Hôtel-Dieu désaffecté, le commandant de la brigade de gendarmerie. Au XIX è siècle, les bâtiments donnant sur la place de la cathédrale serviront, dans la partie droite, de halle à la viande, et de halle au blé dans la partie gauche. Enfin, une dernière partie servira de halle aux poissons, de bureau au commissaire de police et abritera même une école communale. Peu à peu, les marchés se recentrant au cœur de la ville, il devint nécessaire d’aménager des halles convenables et une première tranche de travaux mis à bas les corps de bâtiments situés le long des rues Voltaire et du Plat d’Etain. En 1863 une deuxième campagne de destruction fit disparaître la chapelle qui abritait le commerce de viandes, laissant la place à un marché qui se déroulait en plein air. Seul un bâtiment subsistait, la halle au blé, qui ne sera détruite qu’après la guerre de 1870 ouvrant ainsi la porte aux architectes qui, par concours, allaient concevoir le marché couvert.

Gérard DAGUIN

Documentation : S.A.S Bernard Brousse, Virginie Garret, Cerep Sens.1. Jacques Gyssels, Bulletin de la SAS, L’Hôtel-Dieu de Sens, du XIII° siècle à la Révolution, chronologie d’une institution. 2. A. Hédiard, Bulletin de la S.A.S. 3. M. Leriche, Inventaire général des titres et papiers de l’Hôtel-Dieu .4 . Théodore Tarbé, Recherches historiques sur la ville de Sens.

 

 Page en cours de rédaction, illustrations à venir

 Légende 1 (place du marché en plein air) :

 Depuis le Moyen Age, la place de la cathédrale accueillait les étals des marchands. (Coll. SAS)

 Légende 2 (façade Hôtel-Dieu) :

 La façade de l’Hôtel-Dieu a été préservée. Elle a été réédifiée à côté de l’église  St-Pierre-le-Rond. (Coll. SAS)

 Légende 3 (démolition de l’Hôtel-Dieu) :

 L’arrière de l’Hôtel-Dieu, du côté de la rue du Plat d’Etain, en cours de démolition. (Coll.SAS)

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Date de dernière mise à jour : 19/05/2012

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