Histoire du protestantisme à Sens (1)

La longue marche de l’Eglise réformée à Sens 

Les idées de Martin Luther et de Jean Calvin vont transformer à jamais le paysage religieux en Europe et en France au cours du XVIème siècle.

Une réforme non acceptée par les catholiques qui va plonger le pays dans trente ans de guerres de religions. 

Le protestantisme regroupe l'ensemble des courants religieux chrétiens nés de l'opposition aux orientations prises par le catholicisme romain durant le Moyen Âge. Cette rupture, connue comme Réforme, a été menée sous l'impulsion de théologiens tels que Martin Luther, en Allemagne ou Jean Calvin en France. Les débuts du protestantisme sont généralement datés du 31 octobre 1517, date à laquelle Luther publie les 95 thèses dénonçant les travers de l’Eglise catholique romaine comme la vente des «indulgences», et affirme que la Bibledoit être la seule autorité sur laquelle repose la foi. Les protestants français, d'abord appelés «Luthériens» au début par leurs adversaires, seront ensuite nommés par dérision «Huguenots», puis «Religionnaires», abréviation de «ceux de le religion prétendue réformée», appellation officielle du protestantisme dans les actes royaux. 

En 1536, Jean Calvin publie en latin l’Institution de la Religion Chrétienne. En 1545, le concile de Trente réaffirme les dogmes et la discipline de l’Eglise catholique. Le fossé va s’agrandir entre les deux pensées et la France va basculer dans les  guerres de religions (1562-1598).

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Louis de Lorraine (1527-1578), Cardinal de Guise, Archevêque de Sens

A Sens, comme ailleurs, le Réforme avait fait de nombreux adeptes. Ce que voyaient d’un mauvais œil l’archevêque de la ville, le cardinal Louis de Guise et le maréchal de Saint-André, chef catholique et Seigneur de Vallery. Ce dernier sera tué lors de la bataille de Dreux en 1562, et sa veuve, Marguerite de Lustrac, tombera amoureuse de Condé, faisant ainsi passer Vallery, place forte catholique, en un haut lieu de la résistance Huguenote.… 

jacques-d-albon.jpgPortrait de Jacques d'Albon,maréchal de Saint André, vers1562 

(musée national du château et des Trianons, Versailles)

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Marguerite de Lustrac (1520-1574), épouse de Jacques d'Albon, seigneur de Saint-André

Pour l’heure, à Sens, les protestants peuvent obtenir, d’un moment à l’autre, la majorité dans l’élection des fonctionnaires municipaux car ils comptent en leur rang quatre conseillers : Hodoard, Boulanger, Pailly et Maslard, le procureur du roi, Jacques Penon, l’avocat du roi, Gibier, le Prévost Claude Gouste et un certain nombre d’avocats. (1) De plus, l’édit promulgué en 1561 par Catherine de Médicis les autorise à célébrer leur culte en dehors des villes, ce qui leur permet de passer de l’ombre à la lumière. Ceux de Sens achetèrent un terrain, y bâtirent leur temple et s’y réunissaient contre l’avis du Bailly de l’archevêque, Robert Hémard, évincé par leurs votes de la mairie. Sous prétexte d’agitation populaire, il prépara un massacre qui eut lieu le 12 avril 1562 éliminant ainsi les Huguenots de la ville. Sens était catholique et voulait le rester. 

Au début 1594, la ville fit soumission au roi : « Sire, vos très humbles et obéissants subjectz, les manans et habitants de vostre ville de Sens supplient très humblement Vostre Majesté croire qu’ilz n’ont jamais entendu allez ny entreprendre quelque chose contre Vostre majesté et autorité d’icelle ; ainsi seulement conserver la religion catholique, apostolique et romaine, l’extermination de laquelle on leur laissait entendre le subject de la prise d’arme… Vous requièrent très humblement de les maintenir la dicte religion catholique, appostolique et romaine sans qu’il soit permis à aucun que ce soit de faire exercice d’autre religion en ville, baillage et diocèse de Sens, ne qu’il soit pourveu d’offices et bénéfices aucuns qu’ils ne soyent de la dicte religion et qu’ils n’en ayent faict profession publicque ». La réponse que fit Henri IV dans l’édit qu’il accorda à la ville, fut sans ambiguïté : « Sa Majesté voulant conserver la religion catholique apostolique et romaine, ne veut et ne permettra qu’il s’en face aulcun autre exercice en la dicte ville, faulxbourgs ne autres lieux défendus par les édicts de ses prédécesseurs ». (2) Mais il exprimait aussi l’espoir qu’il pourrait , «avec la grâce d’Iceluy (dieu), par bons er favorables effects leur faire ressentir le bien, repos, soulagement qu’ils se sont promis de notre recongnoissance en laquelle les voulans confirmer et lier par tous les bienfaits et gratifications qu’ils peuvent désirer en nous et d’ailleurs leur donner toute assurance de l’exécution de ce que nous avons promis lors de leur réduction. Il ajoutait encore « avoir bonne cognoissance de la plus part des villes, bourgs, bourgades et paroisses du diocèse de Sens, en lestendue duquel, durant les troubles derniers, plusieurs armées, troupes et régiments de gens de guerre allans et venants de Bourgogne, lorsque la guerre y estoit ont passé et repassé et séjourné et y ont logés indifféremment es abbayes, prieurez et aultres maisons des écclésiastiques, prenant et ravissant ce qu’ilz y trouvoient…» (3) 

Bien que Sens se fût soumise, la guerre n’en continua pas moins d’exercer ses ravages pendant plusieurs années. La Ligue était puissante et de Champagne faisait des incursions dans le Sénonais. Jacques Taveau, dans un procès verbal, précise « qu’ils prenoient les éclésiastiques, mesme à rançon et lorsqu’on pensoit estre en tranquilité, surprenoient les villes. Entre aultres que, le propre jour de Pâques en l’année 1595, le Sieur de Vaubécourt, ayant sous sa conduite quelques troupes et régiments surprirent la ville de Thorigny pendant que les habitants estoient à l’église à faire leurs prières, cause que le curé et aultres ecclésiastiques furent tellement ruinés qu’’ils n’ont encore peu se remettre. »(3) Ce procès, qui n’avait pour but que d’exposer les pertes du clergé, sous entend que les fermes et maisons des paysans avaient été moins saccagées par les troupes que les prieurés et les monastères. 

Le 13 avril 1598, Henri IV signe l’Edit de Nantes, édit par lequel le Roi reconnaît la liberté de culte aux protestants. Henri IV lui-même ancien protestant, avait choisi de se convertir au catholicisme en 1593 afin de pouvoir monter sur le trône, (Paris vaut bien une messe !) après la mort de son cousin Henri III. La promulgation de cet édit mit fin aux guerres de religion qui ont ravagé, pendant trente ans, le Royaume de France. Le 22 octobre 1685, Louis XIV va révoquer l’Edit de Nantes en signant l’Edit de Fontainebleau qui va mettre un terme à la liberté de culte des protestants et interdire leur présence sur tout le territoire français. Cette révocation entraîna l’exil de beaucoup de Huguenots, affaiblissant l’économie française au bénéfice des pays protestants qui les ont accueillis, l’Angleterre, la Prusse, la Suisse, et les Pays-Bas et le déclanchement de la guerre des Camisards des Cévennes. En 1787, Louis XVI institua l’édit de Versailles, qui mit fin aux persécutions. Il faudra attendre la Révolution française de 1789 pour que le protestantisme retrouve totalement ses libertés. 

Au début du XIXème siècle, les Protestants sont encore peu nombreux dans l’Yonne. En 1817, Ils ne sont que sept à être recensés à Sens, la plupart originaires de Suisse. (A suivre).

 

Gérard DAGUIN 

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens. 1, Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, année 1863. 2, Du Calvinisme et de la Ligue dans l’Auxerrois et le Sénonais, A. Challe.3, Histoire de l’Eglise et de l’ancien Archidiocèse de Sens, Abbé H. Bouvier.  

Suite

Histoire du protestantisme à Sens (2)

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Date de dernière mise à jour : 02/10/2016

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