Boulevard de Maupeou s’élève une modeste église..

la-nef-de-l-eglise-saint-didier.jpg

La nef de l'église Saint-Didier

Au IXème siècle, le culte de saint Didier, évêque de Vienne, assassiné par des sbires de la reine Brunehaut dont il avait critiqué l’inconduite, devint très populaire. Son successeur, sur le siège épiscopal, Adon, qui avait des origines sénonaises, aurait donné à Sens, des reliques de l’évêque martyr. A cette époque, Audradus, auxiliaire de l’archevêque Wénilon, éleva aux portes de la ville un sanctuaire en l’honneur de saint Didier et voulut y avoir sa sépulture en 864. (1)

Au Moyen-âge, Sens ne comptait pas moins de dix-sept paroisses qui furent réduites à douze par l’archevêque Languet de Gergy au XVIIIème siècle. Un choix déterminé par le prélat, déclarant que le nombre de paroisses était disproportionné à celui de la population… Ainsi disparurent la paroisse de Saint-Benoît, celle de Saint-Pierre-le-Donjon, de Saint-Léon , de Saint-Nicolas et de Saint-Cartault. A l’intérieur des murs de la ville, il ne restait plus que Sainte-Croix , Saint-Maximin, Sainte-Colombe du Carrouge, Saint-Pierre-le-Rond, Saint-Romain, Saint-Hilaire et, dans les faubourgs, Saint-Didier, Saint-Savinien, Sainte-Madeleine, Saint-Pregts, Saint-Symphorien et Saint-Maurice. Sous la Révolution, l’administration ne décida de ne conserver que quatre paroisses, Saint-Etienne, Saint-Savinien, Saint-Maurice et Saint-Pregts, les autres étant vendues et destinées à la démolition. Saint-Pierre-le-Rond, échappa, par la grâce de deux fervents paroissiens, au triste sort qui lui était réservé ainsi que Saint-Didier qui ne dû son salut qu’à … la Révolution.

Comme tous les édifices élevés en dehors des remparts, Saint-Didier était vouée, en temps de guerre, aux saccages de l’ennemi. Brûlée en 1015, abandonnée et démantelée pendant la guerre de Cent ans, remise en état vers la fin du XVème siècle, elle fut rasée en 1567 par les catholiques Sénonais qui voulaient, en dégageant les abords de l’enceinte de la ville, se mettre à l’abri des entreprises huguenotes. Cent ans plus tard, les curés qui se succédèrent, Jacques de la Fresnoye, ainsi que Jacques et Jean Chaumoret en entreprirent la reconstruction. Le 30 avril 1683, le préchantre de la cathédrale, Charles de Boiteuls posait la première pierre du chœur. Celle de la nef, à la charge des paroissiens, ne fut posée que le  1er  mars 1735.  Enfin, en 1776, la charpente et la toiture furent complètement refaites. Vint l’ère de la Révolution où fut édictée la suppression de la plupart des paroisses de la ville et avec, leurs églises. Presque toutes , sauf Saint –Didier, sauvée parla Société populaire, véritable club révolutionnaire, succursale du club des Jacobins de Paris, qui tenait sous surveillance étroite la commune et les corps des élus. Si l’intérieur de l’église avait prit pour décors une austère tribune politique, bancs de bois et perchoir, en lieu et place d’autel, de prie-Dieu et chaire, la longue et monotone toiture de l’édifice était toujours surmontée d’une flèche, terminée par une croix. Une constatation qui souleva l’indignation du terrible proconsul jacobin Maure. Le 12 ventôse de l’an II, il réprimande vertement la commune de Sens : « L’œil du Républicain a été offusqué de trouver encore, lors de la marche de la fête de la Raison, des croix dominant sur les clochers des ci-devant églises de Saint-Didier et de Saint-Maurice. Nous qui devons donner l’exemple aux campagnes par notre activité révolutionnaire, serions-nous en arrière ? ». (2)

Curé de Saint-Didier depuis sa reconstruction, François Claude Bureau avait eu la douleur, sous la terreur, de voir son église profanée, d’être déporté à l’Ile de Ré et embarqué pour Cayenne lorsque le bateau qui l’emportait fut capturé par une frégate anglaise qui le déposa en Angleterre. Rentré en France après le Concordat qui avait rétabli les paroisses de Saint-Pierre-le-Rond et de Saint-Didier, François Claude Bureau fut chargé de desservir cette dernière transformée en oratoire. Après le sac de la ville en 1814 par les Wurtembergeois, il s’appliqua une nouvelle fois à remettre son église en état. A sa mort, le 27 janvier 1827, il était chanoine honoraire de la Métropole. Il semble que ce soit lors de sa reconstruction à la fin du XVIIème siècle qu’un des curés de Saint-Didier érigea une chapelle consacrée à la vierge troyenne, Sainte-Mathie. D’elle, on ne sait que peu de choses, même si sur deux panneaux de bois on a inscrit de nombreux miracles obtenus par l’intercession de la sainte. Eugène Chartraire précise encore : « Dans un excès de zèle un chapelain dévot à la sainte, fit transporter sa statue de l’autel secondaire qui lui était dédiée, sur le maître-autel. C’était contraire à toutes les règles canoniques et liturgiques qui veulent que l’autel principal d’une église appartienne au titulaire de cette église et que l’on ne puisse le surmonter d’aucune autre image que la sienne. » Sainte Mathie semblait donc supplanter saint Didier d’autant qu’au milieu du XIXème siècle, lorsque venait le 7 mai, fête de la sainte, toutes les églises de la ville se réunissaient à Saint-Didier pour honorer sainte Mathie. Ainsi, le culte de la sainte, alors que celui de saint Didier était délaissé, devint de plus en plus populaire. Il faut rendre à César ce qui appartient à Jules.

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens.

1 Bibliothèque d’Auxerre, Leriche.

2. Eglise St Didier ou Ste Mathie, Abbé Eugène Chartraire.

 Saint Didier 

photo-encadre-l-assassinat-de-saint-didier-bis.jpg

 L'assassinat de saint-Didier 

 Né à Autun, il part en 558 rejoindre Namatius, évêque de Vienne en Dauphiné. En 570, Philippe, nouvel évêque de Vienne le fait entrer dans le clergé de son église. Quinze ans plus tard, il devient diacre sous saint Vére III à qui il succède en 596. Banni en 607 par Thierry II, roi de Bourgogne sur les intrigues de sa grand-mère Brunehaut et déposé par un concile d'évêques réunis à Chalon-sur-Saône, il est exilé à "Levise" pendant quatre ans. Alors que, sous escorte, il était conduit de Vienne à la cour d’Autun pour avoir condamné la conduite de la reine Brunehaut, elle l'aurait fait assassiner en 612 par trois brigands nommés Beffan, Galifred et Betton à Priscianicum (Saint-Didier-sur-Chalaronne). Le 11 février 620, Domnole, évêque de Vienne fait transporter son corps à l'église de Saint-Pierre de Vienne.

 Sainte Mathie  

l-eglise-saint-didier-et-le-maitre-autel-ou-veille-sainte-mathie.jpg Sainte Mathie en place sur le Maître-autel

photo-encadre-sainte-mathie-en-place-sur-le-maitre-autel.jpg

 Sainte Mathie 

D’après l’histoire locale, Mathie ou Mastidia était la fille d’un riche Troyen du Ier siècle. Sa famille aurait accueilli deux missionnaires venus de Sens, Potentien et Sérotin pour évangéliser la ville encore païenne. Le gouverneur romain d’alors, Montanus, fit exécuter les nouveaux convertis dont Mathie. Ensevelie dans la cathédrale,  l’évêque de Troyes, Rédé de Breslay fit ouvrir son tombeau en 1606 et on retrouva son corps intact, la tête séparée du tronc ce qui confirmerait la thèse de la persécution romaine. Cette découverte fut confirmée à la Révolution lorsque les révolutionnaires brûlèrent ses restes à l’exception d’un morceau de la tête, de deux dents et d’un os du pied. Tout au long des siècles, des miracles se seraient  produits sur la tombe de la Sainte.

Retour haut de page

Date de dernière mise à jour : 10/02/2013

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×