La crise de foi de l’Archevêque Monseigneur Languet de Gergy

Une querelle de robes va mettre le feu dans le diocèse sénonais. En prenant place sur le siège archiépiscopal, Monseigneur Languet de Gergy va appliquer un catéchisme plus strict qui ne va pas être du goût des communautés régulières.

Pour arriver à ses fins, il va user de moyens peu «catholiques» envers les récalcitrants.

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Jean-Joseph Languet de Gergy

Archevêque de Sens, 1677 1753

Portrait attribué à Charles-Joseph Natoire.

De 1650 à 1687, neuf maisons et dépendances vont être acquises pour l’extension de la propriété initiale. Des bâtisses qui vont bientôt disparaitre, «abattues pour y construire une église, des dortoirs, des lieux réguliers et des classes… ». L’embryon d’un grand monastère se dessine peu à peu. Elles annexeront également un petit chemin qui reliait les actuelles  rue Victor Guichard et rue Auguet ainsi  que des terres et une dernière petite maison avec jardin et justifieront ces dernières acquisitions par la nécessité de leur apostolat et l’aménagement de classes supplémentaires.

Désormais, elles « …ne peuvent en aucune manière s’agrandir d’avantage, resserrées à quatre bornes par quatre chemins qui sont les deux longs et les deux bouts dudict monastère… »,  soit tout le terrain bordé par les actuelles rue Victor Guichard, rue du Mail, rue Auguet et boulevard du Mail. Peu à peu, de nouveaux bâtiments vont s’élever dont le plus important, celui qui longe la rue Victor Guichard, qui va accueillir les pièces essentielles à la vie communautaire, réfectoire et cellules où seront logées les professes, les converses, les domestiques, les tourières et les pensionnaires sans oublier les salles de classes pour les élèves. L’établissement va bientôt compter une trentaine de pensionnaires instruites gratuitement par les Ursulines. Les sommes versées par les familles étaient destinées à leur entretien, la fourniture du linge, à l’alimentation et aux frais scolaires. Leur entrée au pensionnat avait pour objectif principal la première communion, sans omettre l’écriture, le calcul, l’orthographe et les travaux d’aiguilles. Internes et externes étaient réparties en deux grandes classes, une pour les filles de «bourgeois pauvres»,  l’autre pour celles de «vignerons et de journaliers». Chacune de ces classes étaient divisées en quatre parties dispensant leur propre enseignement : la lecture, l’écriture, l’instruction chrétienne et celle où on apprenait un métier. Un extrait du Conseil de la ville précise même que «les petites sénonaises devinrent des mères respectables et instruites de tous les devoirs de leur état… ». Si la plénitude spirituelle règne au sein du monastère, il n’en va pas de même sous la coiffe des sœurs, confrontées à quelques difficultés financières dues au coût de la vie, aux pressions fiscales et aux frais engagés pour la construction des bâtiments.

Mais le pire allait venir avec l’arrivée en décembre 1730 de celui dont elles étaient en droit d’attendre aide, secours et protection, le nouvel archevêque de Sens, Monseigneur Jean-Joseph Languet de Gergy. Une véritable crise de foi. C’est du moins ce que vont ressentir de nombreux curés, de communautés régulières et hospitalières et même de familles lorsque Monseigneur Languet de Gergy  va imposer la vision de son catéchisme qu’il présente comme un instrument désormais nécessaire et surtout incontournable. En juillet 1732, le prélat, qui voit en la supérieure, Mère Louise de Conquérant de Sainte-Scholastique, quelques réticences à l’application de son catéchisme lui demandera « L’avez-vous lu, au moins ? », elle lui répondra humblement «que n’ayant si peu de pénétration, elle n’y puis rien comprendre et qu’elle et sa communauté suivoient l’Evangile et la doctrine ancienne du diocèse… ». Tempête sous la mitre de l’archevêque qui se retire vexé et en colère, promettant une visite épiscopale, en un mot, un contrôle du monastère qui aura lieu le 22 décembre suivant. Visite pendant laquelle, les sœurs réitéreront leur opposition, déclenchant contre elles l’accusation de jansénisme. Le prélat va alors user de quelques bas stratagèmes pour discréditer ceux, qui à ses yeux, moniales, moines, curés ou pratiquants, sont de mauvaises brebis : prêches furibonds à leur encontre… faux, funestes et hypocrites,… des malades qui refusent la potion salutaire que le médecin présente… mise en place d’un système de délation à la disposition du clergé obéissant et distribution d’indulgences pour les bonnes ouailles.

Les Ursulines, elles, vont «en prendre plein la cornette». Percevant de la générosité royale une pension de mille deux cent livres qui ne pouvait être délivrée qu’avec une quittance délivrée par l’archevêque, celui-ci va purement et évangéliquement leur refuser : «Il n’est pas juste, Ma Très Honorée Mère que vous m’appeliez votre père quand il est question de vos intérêts temporels et que vous oubliez cette qualité … quand il est question de votre conduite spirituelle. Dès que vous refusez de recevoir de ma main le pain de la parole, je ne puis me charger de vous fournir le pain matériel ». Mais Languet de Gergy ne va plus lâcher les sandales des religieuses : il va poursuivre ses visites et les menacer «… de leur donner une supérieure étrangère et de leur refuser les sacrements à la mort… ». Celles-ci, à leur tour, vont faire face à l’anneau clérical en arguant de la liberté de choix qui ne pourra se porter que sur une professe de leur propre maison «… nos sœurs d’une autre maison, quoy que du même ordre, ne peuvent estre receu dans la nostre… que du libre consentement de nostre communauté… la mise en place de supérieure par l’autorité de monseigneur l’archevêque qui en cette qualité n’a aucun droit… nous ne pouvons la regarder en conscience comme notre supérieure… ». La réponse du prélat se fera par voies royales et le 13 février 1734, elles recevront un commandement «De par le Roy» leur interdisant de recevoir des pensionnaires. En avril ce sera au tour des novices, ce qui va entrainer une pénurie financière. Et une fin que l’on sent venir. (A suivre)

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens. Bulletin de la SAS, Tome VII, Le couvent Notre-Dame des Ursulines, Danielle et Daniel Bullot.

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 En 1864, le cloitre sera fermé pour le confort des éléves.


L'Ordre de Sainte-Ursule

Les Ursulines apparaissent en France en 1586. Au cours des décennies suivantes l'ordre se développe à travers le royaume. Contrairement aux congrégations catholiques de cette époque, la compagnie de Sainte-Ursule fondée par Angèle Merici est une nouvelle famille de religieuses non cloitrées et n'ayant pas prononcé de vœu public. Dans ses écrits, Angèle Merici ne donne aucune consigne concernant leur apostolat. Quatre ans après sa mort, la compagnie est reconnue par le pape Paul III mais, en 1572, le cardinal archevêque de Milan, saint Charles Borromée, en modifie les institutions en soumettant les sœurs à la règle de saint Augustin. Les sœurs prononcent désormais des vœux et se voient imposer la vie commune. Elles se soumettent à l'autorité épiscopale. Le nouvel ordre ainsi créé est officiellement reconnu par Grégoire XIII. Seules les sœurs de Brescia conservent les institutions originales d'Angèle Merici. Le rayonnement des ursulines se propage ensuite rapidement au monde entier. Au XXIe siècle, 43 familles religieuses la reconnaissent pour fondatrice : ordre religieux, congrégations, fédérations, maisons autonomes, institut séculier... Les Ursulines continuent cette œuvre d'éducation de manières diverses : accueil, établissements scolaires, accompagnement spirituel, dispensaires, aide aux plus pauvres.

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 Ste Ursule par Benozzo Gozzoli (vers 1455-1460)

National Gallery of Art, Washington, D.C.

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Date de dernière mise à jour : 24/04/2013

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