Dans le silence du Carmel de Sens, il y a cinq siècles

Elles sont des carmélites déchaussées obéissant à la règle édictée

par sainte Thérèse d’Avila il y a cinq siècles : pauvreté et humilité.

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Sainte Thérèse d’Avila voulait aspirer à la plus grande perfection.

Vers le milieu du XIIème siècle, le mont Carmel en Palestine, n’est habité que par quelques moines solitaires soumis à la règle de saint Basile. Peu à peu, d’autres ermites s’y regroupent et Albert Avogadro, patriarche latin de Jérusalem, leur donne une «Règle de vie» vers 1209. Ainsi nait l’ordre des Carmes. Au XVe siècle, l’ordre s’ouvre aux femmes et en 1451, Jean Soreth, frère du couvent des Carmes de Rouen, fonde l’ordre des Carmélites qui sera approuvé par le pape Nicolas V. En 1564, Thérèse d’Avila entreprend une réforme de l’ordre. Mais toutes les Carmélites ne suivront pas la réforme : les grands Carmes chaussés continueront à suivre l’ancienne observance tandis que d’autres, les Carmes et les Carmélites déchaussés adopteront celle de sainte Thérèse. Le Cardinal Pierre de Bérulle, un sénonais né en 1575 au château de Cérilly, et sa cousine, Barbe Acarie, firent adopter cette réforme et introduiront le nouvel ordre en France en 1604. Barbe Acarie prendra le voile à la mort de son mari en 1614 sous le nom de « Marie de l’Incarnation ».

 Au XVI° siècle, Sens est un bastion catholique résistant bien souvent, par la violence, à la poussée de l’Eglise Réformée. N’avait-on pas brûlé l’hérétique en 1547, un autre en 1558, avant de massacrer, en 1562, les huguenots de la ville ? (1) Maire, échevins, ecclésiastiques, officiers, bourgeois et autres habitants avaient juré et promis à Dieu et à «notre mère sainte Eglise, et à Messieurs les Princes catholiques, librement et volontairement, sans aucune force ni contrainte que défendrons jusqu’à la perte de nos vies et dernière goutte de notre sang la sainte religion catholique, apostolique et romaine, résisterons aux desseins et entreprises de l’ennemi, signamment au Roi de Navarre ». Henri IV, ayant une fois de plus retourné son panache blanc en redevenant protestant, avait dû lever le siège de la ville qui ne fit soumission qu’en 1594 sur assurance que Sa Majesté voulant conserver la religion catholique, apostolique et romaine, ne veut et permettra qu’il s’en fasse aucun autre exercice dans ladite ville. (2)

Promu à Sens en 1621, Octave de Saint-Lary de Bellegarde ne prendra possession de son siège archiépiscopal qu’en 1623. Dès lors, il va songer à créer de nouvelles fondations religieuses dans son diocèse dont des carmélites à Sens. Avec le soutient de son ami Pierre de Bérulle et l’appui des sœurs d’un Carmel parisien, celui de Rouen et de Tours, ce sera chose faite. Mais à Sens, il faut songer à loger les nouvelles venues. L’archevêque va faire acheter, près de sa demeure, une petite maison accolée d’un jardin et en 1624, autoriser, en ce lieu, l’érection d’un monastère. Ce n’est que l’année suivante que Louis XIII donnera vie au projet. La nouvelle communauté s’installe : «On a mené les sœurs en procession à la cathédrale où la ville entière écoute l’homélie de son archevêque détaillant la grâce que la Providence fait ce jour à Sens ; enfin, dans une longue procession du Saint-Sacrement, les sœurs sont accompagnées jusqu’à leur domicile».

Au Carmel, la pauvreté et l’humilité ont force de loi. A tel point que pendant les travaux de construction, les fondatrices firent remarquer à l’archevêque qu’il serait bon de modifier la découpe du cloître qu’il avait décidé en voute de pierre: «Par fidélité à la pauvreté thérésienne, on revint aux solives et plafond de bois». Conformément aux coutumes de l’Ordre, le monastère de Sens représente par ses proportions discrètes et son ordonnance intérieure le type même d’une maison de Carmélites Déchaussées selon la reforme de sainte Thérèse. Le temps, dans le silence, la pauvreté et l’humilité y déroule son fil. Le noviciat fonctionne et bientôt, une vingtaine de sœurs se retrouveront dans la prière. Il en sera ainsi pendant plus de 150 ans.

Au milieu du XVIIIe siècle, c’est la disette. Depuis la faillite de la Caisse d’Escompte et la création des assignats, les ressources de la communauté sont compromises. D’autant que l’instauration des élections dans les municipalités remet les pouvoirs locaux aux mains de la ville. Plus grave encore, la Révolution ordonne la dissolution des communautés religieuses. Les Cordeliers quittent leur monastère en août 1790 mais au Carmel on décide de rester jusqu’à l’expulsion. Les biens de la communauté sont mis sous séquestre et vendus un par un au profit de la Nation. Au mois de septembre, la descente des cloches des édifices religieux est effective : «Les lois révolutionnaires sont exécutées, le fanatisme est disparu : toute l’argenterie, les cuivres, les cloches provenant des églises sont partis pour la monnaie… Les églises sont fermées. (3) Une perquisition et un  interrogatoire sont diligentés au Carmel, fouillant maison et conscience. Le procureur va même proposer aux sœurs de leur rendre leur « liberté ». Ce qu’elles refusent bien évidemment «préférant vivre et mourir dans cette maison ». Il en sera ainsi jusqu’en octobre 1792, date à laquelle elles devront quitter les bâtiments démunies de tout: «Plusieurs notables, députés pour recueillir les sœurs, vinrent les chercher à la nuit tombante et les conduisirent deux par deux dans les maisons qui leur avaient été préparées».  

Gérard DAGUIN

carmel-a.jpg Les sœurs doivent aussi songer aux biens faits de la terre.

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens. Alype-Jean Noirot, Le Carmel de Sens, 1625-1975. 1, 2 A. Challe, Histoire des guerres du Calvinisme et de la Ligue.3. Pierre Chevalier, Loménie de Brienne et l’ordre monastique. Remerciements aux sœurs du Carmel de Sens.

 

Thérèse d’Avila, réformatrice du Carmel

Thérèse d'Ávila est née le 28 mars 1515 à Gotarrendura en Espagne. L'idéal pieux et l'exemple édifiant de la vie des saints et martyrs lui furent inculqués dès son enfance par ses parents. Souhaitant vivre le martyre, elle décida, avec son frère, d’aller dans les « terres des infidèles ». Convaincus que leur projet était irréalisable, ils décidèrent de se faire ermites. A l'âge de douze ans, Thérèse perdit sa mère. Pendant trois mois elle succomba aux futilités de la vie (toilettes, lectures romanesques, oisiveté) touchant ainsi à l'honneur de son père qui l’envoya au couvent de Santa María de Gracia à Avila en1531. Tombée gravement malade, elle réintégra le domicile familial avant que son père ne la confia à sa sœur. C’est là qu’elle décida de rentrer dans les ordres ce que son père n’accepta pas. Thérèse fugua pour se rendre au couvent de l’Incarnation d’Avila, un monastère non cloîtré permettant aux religieuses de sortir et de recevoir des visites. Elle y prononcera ses vœux en 1534. Au couvent, sa santé se détériore de nouveau. En 1558 elle eut sa première vision de l’enfer, l’image du mal. En 1559 elle prit pour confesseur Baltasar Alvarez, qui dirigera sa conscience pendant six ans. En 1560 elle fit le vœu de toujours aspirer à la plus grande perfection. Saint Pierre d’Alcantara l'encouragera à mettre en œuvre son projet de réforme de l'Ordre du Carmel : elle voulait fonder à Ávila un monastère observant  l'obligation de la pauvreté, de la solitude et du silence Il inspira Thérèse dans sa détermination à mettre en pratique sa foi et son appel mystique. Ce support moral lui permit d'entreprendre la création d'un carmel différent, loin du laxisme qui l'avait choqué précédemment. En 1567, Rubéo de Ravenna, principal des carmes, publia une lettre patente, autorisant la création d'autres couvents. Thérèse en fonda 17 à travers l’Espagne. Elle s’éteignit à Alba de Tormes en 1582, quand le monde catholique basculât du calendrier julien au calendrier grégorien dans la nuit du…  jeudi 4 au vendredi 15 octobre. 

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Date de dernière mise à jour : 04/09/2012

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