Le 15 mars 1563 Charles IX et Catherine de Médicis entrent en ville

En mars 1563, débute un grand tour de France organisé par la reine-mère, Catherine de Médicis, pour que Charles IX, âgé de 13 ans, se fasse connaître de ses sujets. Il s’agit, en outre, de pacifier le Royaume où s’agite l’esprit des guerres de religions.

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Charles IX, par François Clouet

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Catherine de Médicis

Depuis quelques mois, la ville est en effervescence. N’a-t-on pas annoncé aux échevins et à la population que le Roi Charles IX, accompagné de la Reine mère, Catherine de Médicis, du Cardinal de Bourbon, du Prince de Condé, du Duc de Montpensier, du Cardinal de Guise, du Duc d’Aumale du Connétable de Montmorency, du maréchal de Bourdillon et autres grands seigneurs feraient visite aux habitants ? Charles accède au trône de France en 1560 après la mort prématurée de son frère François II. Agé de dix ans, la régence sera confiée à sa mère, Catherine de Médicis, jusqu'à sa majorité. En montant sur le trône, Charles hérite d'un royaume tiraillé entre catholiques et protestants. Dans un but de conciliation, le roi signe le 17 janvier 1562, l'édit de Saint-Germain-en-Laye qui permet aux protestants de pratiquer librement leur foi dans les faubourgs des villes.

Mais à Wassy, le 1er mars 1562, des  protestants sont massacrés par les troupes du Duc de  Guise alors qu’ils célèbrent leur culte. Ces derniers prennent les armes avec, à leur tête, le Prince de Condé. La guerre ouverte qui couve entre les deux confessions  est en train d’enflammer la FranceIl est donc urgent d’aller calmer les esprits afin que la paix revienne dans le royaume, d’autant qu’à Sens, en avril 1562, plus d’une centaine de huguenots avaient été massacrés par des catholiques…

Fallait-il encore préparer la ville, une des plus catholiques refusant sans partagela Réforme, à la venue du Roi et de sa suite. Le 12 mars 1563, Nicolas de Pellevé, conseiller du roi en son conseil privé, fit son entrée comme archevêque de Sens et fut reçu par Robert Hémard, lieutenant criminel au Baillage de la ville, en ces termes : « Ce nous est grand honneur et bien plus grand heur d’estre mis en voie audevant de vous qui este nostre vrai et légitime pasteur duquel nous attendons et aurons la vraie pasture qui nourrit en la vie éternelle, par laquelle nous serons virilement défendus des loups et des larrons ; sera la bergerie épurgée et les brebis, si aulcunes égarées, redressées, réduites et rangées au troupeau de salut par lequel d’ailleurs et sous vostre ombre, ceux qui se divisent et nous imposent cesseront et se rendront unanimement avec nous… ». (1) Comprenne qui veut, mais qu’en termes élégants ces choses là sont dites : les tensions sénonaises entre catholiques et protestants sont des plus fermes... 

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Le domaine Royal à l'époque de Charles IX

C’est par la porte d’Yonne, d’où partaient les routes du Gâtinais, que le roi Charles IX et sa suite entrèrent dans la ville l’après-midi du mercredi 15 mars 1563. Le Bailli de Sens, Robert Hémard, à la tête de la noblesse de la ville, portant dague et épée, s’était avancé au devant du cortège royal par le faubourg saint-Didier. Arrivé sous la voute de la porte d’Yonne, le cortège s’arrêta et le bailli, en remettant au roi les clés de la ville, déclara : « Sire, Puisque les habitants de vostre ville de Sens reçoivent cet honneur, ceste grâce que d’estre vos très humbles et très fidèle subjects, y en aura-t-il ung seul entre tous (s’il n’est de nature oublyant Dieu) qui ne reçoive joie et félicité indicible en la vue de vostre Majesté… en laquelle, Majesté, nous regnoissons la bonté de Dieu reluisant sous vostre jeunesse heureusement conduite par le prudent conseil de la Reyne, vostre Mère…».

Et immédiatement, s’étant profondément incliné vers la Reine, il lui adressa ces mots : « Madame, … Ce n’est point à tord, madame, que le Clergé vous obtempère ce que vous commadez, que la Noblesse vous obéit, que le Peuple fléchit sous vostre authorité et que tous les ordres du Royaume vous servent et vous admirent. Est-ce pour estre la Mère du Roy seulement ? Vostre foy, vostre humanité envers tous, vostre tempérance et modération en prospérité, vostre force et vostre constance en adversité, vostre prudence incrédible, accompagnées de vos aultres immémorables vertus y étoient requises et y trouvent bon lieu…». (1) Après un bref silence, les vivats de la foule se mêlèrent aux salves d’artillerie. Toutes les cloches des paroisses, des monastères de la ville et des faubourgs sonnèrent à toute volée et le cortège se remit en marche, en remontant la Grande rue, aux sons d’une musique choisie.

Le Bailli de la ville ouvrait la marche à la tête des nobles du pays, suivis du Roi et de sa suite, entourés de « vingt-six petits garçons de douze à treize ans, accoutrez de petites collerettes de bleu turquin, passementées d’incarnat et de blanc, les manches pendantes, coiffés et chaussés de taffetas bleu, ne cessant de crier Vive le Roy. Les lieutenants, conseillers et gens du roi au présidial, coiffés de chaperons fourrés, suivaient, montés sur des mules houssées, devant les officiers de l’élection, le grenetier au grenier à sel, les receveurs des tailles et des aides, qui marchaient à pied. » (2) Venaient ensuite les avocats, les procureurs et notaires en robe et à cheval, leurs aides, à pied, coiffés d’un bonnet rond à plumes blanches, les corps de métier, répartis en trois compagnies ayant chacune leurs fifres et tambourins.

Afin de «bien recevoir», la Grande rue avait été décorée et des torches brulaient aux fenêtres des maisons. Pour ne pas gêner le cortège, les échevins avaient ordonné que les étaux, auvents et enseignes fussent relevées. De place en place, des arcs de triomphe avaient été dressés par les soins de Jean Cousin le jeune. «Arrivé au carrefour de l’église Sainte-Colombe-du-Carouge (angle de la Granderue et de la rue de l’Ecrivain), le Roy s’arrêta pour recevoir un bouquet et entendre le compliment en vers composé par le sieur Lescheneau, advocat à Sens et qui lui fut adressé par la fille de Pierre le Grenier. Cette jeune fille estoit montée sur un échafaud recouvert de belles tapisseries et entouré de fleurs de lys façonnées en or. » (1) Pendant les jours qui suivirent, le Roi et sa suite, visitèrent la ville. Ils y reçurent moult hommages et Charles IX se vit offrir un vase d’argent doré, de forme antique. Il ordonna qu’il fût mis dans son cabinet comme un objet rare et précieux. Enfin, le cortège quitta le domaine royal pour découvrir les différentes provinces de la France et y porter des mots d’apaisement.

Neuf ans plus tard, venait le massacre de la Saint Barthélemy.

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens.

1, Entrée du Roy Charles IX à Sens, Manuscrit d’Eracle Cartault.

2, Charles Porée, Histoire des rues et des maisons de Sens. N.B.1  Dans tous les documents de l’époque, il est bien écrit que l’entrée du roi eut lieu le 15 mars 1563, mais il faut savoir qu’à cette époque dans une grande partie  de la France, l’année commence à Pâques qui eut lieu le dimanche 2 avril qui ouvrit l’année 1564…Cette même année, un édit de Charles IX ordonna que l’année commencerait dans tout le Royaume le 1er janvier, ce qui fut effectif le 1er  janvier 1567. On peut donc dire que de 15 mars 1563 dans ce qu’on appelle le «vieux style» correspond au 15 mars 1564 dans le « nouveau style», c’est pourquoi on peut trouver l’une ou l’autre année suivant l’ouvrage que l’on consulte. N.B.2  Revenant de son tour de France, Charles IX séjourna de nouveau à Sens  du 20 au 22 avril  de l’année 1566  dont le premier jour avait été le dimanche de Pâques qui avait  eu lieu le 14 avril.

 

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Connétable de Montmorancy

Pendant les guerres de religion, il forme un « triumvirat » catholique avec le duc de Guise et Saint-André. Pris à Dreux en 1562, il se rapproche après la paix de son neveu protestant, le maréchal de Coligny, en contribuant à la paix d’Amboise en 1563

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Date de dernière mise à jour : 17/03/2013

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