Guerre de cent ans 1337-1453

Face à la défense acharnée des parisiens, le roi Charles VII ordonne la levée du siège de Paris en septembre 1429. Jeanne d’Arc qui est de la bataille est blessée. Mais elle doit bientôt rejoindre la Loire pour continuer sa mission. Son chemin passe par Sens.

Petite piqure de rappel historique : à la mort de Charles IV, en 1328, deux héritiers sont en course pour la couronne de France : Edouard III d'Angleterre, et Philippe de Valois. Le choix des barons français se porte sur Philippe, neveu de Philippe le Bel, qui monte sur le trône sous le nom de Philippe VI. Un choix qui ne sied pas à Edouard III, petit fils du même Philippe le Bel, qui se proclame roi de France en 1340 dénonçant le français comme « imposteur». A l’imposteur, vont succéder Jean II, dit «le Bon», puis Charles V, dit «le Sage», toujours en délicatesse avec les Anglais.

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Edouard III (13 novembre 1312– 21 juin 1377) 

Portrait non contemporain, fin du xvie siècle

Cet imbroglio qui a déclenché la guerre de cent ans va ravager la France de  1337 à 1453. En 1385, Isabeau de Bavière devient Reine de France en épousant Charles VI, fils du précédent qui avait été sacré roi en 1380 à l’âge de 12 ans. Mineur, il avait été placé sous la tutelle de ses oncles, dont Philipe le Hardi. Isabeau de Bavière, ayant la réputation d’avoir la robe légère est accusée par les Bourguignons, menés par Le Hardi, d’être la maîtresse du duc Louis d’Orléans, frère cadet du roi. De leurs amours coupables serait né un bâtard, le futur Charles VII, alors dauphin, qui ne sera pas reconnu comme futur roi par les Bourguignons. Cette lutte de pouvoir entre Armagnacs, aux ordres de Louis d’Orléans et Bourguignons, rapproche progressivement ces derniers des Anglais qui vont envahir une partie de la France.

Mais pour ces derniers, les revers de fortune sont fréquents et avant de retraverser la Manche, ils vont nous infliger, en 1415, la honte d’Azincourt, célèbre déculottée française. L’Albion, on le sait est perfide, et la guerre civile qui oppose les deux partis lui laisse le temps de préparer son retour pour y installer «son» roi, Henri V. Pour arranger le tout, les Armagnacs, maîtres de Paris, multiplient les exactions et les Parisiens, pensant trouver calme et liberté, ouvrent leurs portes aux Bourguignons. Bonne fortune pour les Anglais, on s’en doute. En juin 1418, les Armagnacs sont massacrés et le futur Charles VII, que son père a nommé lieutenant du royaume, se proclame régent.

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Charles VI de France "le roi fol"  

(16 septembre 1380 – 21 octobre 1422)

représenté par le maître de Boucicaut en 1412

Mais Paris a changé de mains.Prenant la tête du parti Armagnac, il doit aller établir son gouvernement à Bourges. Henri V d’Angleterre a le champ libre et renvoi ses troupes en France : en moins de deux ans, toutes les forteresses normandes, villes ou châteaux, tombent. En 1419, les Anglais sont maîtres de Paris. Une médiation est tentée entre le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, et le dauphin qui se rencontrent sur le pont de Montereau le 10 septembre 1419. Mais, lors de l’entrevue, Jean sans Peur, chef des Bourguignons, est assassiné par des proches du dauphin qui est accusé d’être le commanditaire. Les conséquences sont catastrophiques pour les Armagnacs.

Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, s’allie aux Anglais, et fait signer le traité de Troyes en 1420 à Charles VI, (le Roi fol), définitivement à côté des ses chausses : comme «il manque un bouton à son costume», il déshérite son fils, au profit d’Henri V d’Angleterre  dont le mariage avec  sa fille Catherine de France a été célébré  à Troyes par l’archevêque de Sens Henri de Savoisy.

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Royaume de France, royaume d'Angleterre

et duché de Bourgogne en 1429

La France est alors partagée en trois : le sud (régions au sud de la Loire, moins la Guyenne) reste fidèle au dauphin, le nord-ouest est sous la coupe anglaise, tandis que la partie Est est aux mains des Bourguignons. En 1422, Henri V et Charles VI meurent. Henri VI, fils d’Henri V, devient roi d’Angleterre et par filiation roi de France. Du moins de Paris et de la France soumise…

En 1429, les Anglais vont revendiquer leur héritage, reprendre les armes et mettre le siège devant Orléans pour conquérir peu à peu le sud de la Loire. Un espoir guerrier qui n’est pas dénué de réalité car le dauphin Charles n’est pas en position de faire face à l’envahisseur : fils d’un roi fou dont on doute de la paternité, d’une mère que l’on dit volage, traité de bâtard, sans royaume, sans couronne, sans légitimité royale officielle, loin de Paris, face à une situation militaire désespérée,  il ne sait plus à quel saint se vouer… Pour Jeanne d’Arc, l’heure est venue.

Jeanne d'Arc est vraisemblablement née en 1412 dans la ferme familiale près de l'église de Domrémy, village situé aux Marches de la Champagne, du Barrois et dela Lorraine. Fille de Jacques d’Arc et d'Isabelle Romée, (en réalité Isabelle Devouton, surnommée ainsi suite à un pèlerinage à Rome) elle fait partie d'une famille de cinq enfants. Jeanne est décrite comme instruite, sachant lire et écrire, très pieuse, filant la laine et le chanvre, aidant aux moissons ou gardant occasionnellement les moutons. On est loin du mythe sacré de la petite bergère illettrée. Son père, habituellement considéré comme un pauvre paysan, laboureur saisonnier, est en fait un homme aisé, de surcroit collecteur de l'impôt.

À treize ans, Jeanne affirme avoir entendu les voix célestes des saintes Catherine et Marguerite et de l'archange Saint Michel lui demandant de «bouter les Anglais hors de France» et de conduire le dauphin sur le trône. Après de longues hésitations, son oncle l'emmène  rencontrer Robert de Baudricourt, capitaine de la forteresse de Vaucouleurs, voisine de Domrémy. Voulant s'enrôler dans les troupes du Dauphin elle demande à Robert de Baudricourt une lettre de crédit qui lui ouvrirait les portes royales. Fin de non recevoir. Au début 1429, renouvelant sa prière, elle finit par être prise au sérieux par Baudricourt qui lui donne une escorte de six hommes, liés à Yolande d’Aragon, belle mère du dauphin. C’est elle, qui, pour le destin royal qu’elle espère pour sa fille, Marie d’Anjou, va tisser dans l’ombre l’avenir du couple en poussant Jeanne d’Arc sur le devant de la scène. L’Histoire est en marche.

La légende raconte qu'elle fut capable de reconnaître Charles, vêtu simplement au milieu de ses courtisans. En réalité, arrivée à Chinon le 23 février, elle n'est reçue par le roi que deux jours plus tard, non pas dans la grande salle du trône mais dans ses appartements privés. La grande réception devant les pairs du royaume à l'origine de la légende n'aura lieu qu'un mois plus tard. Après l'avoir fait interroger par les autorités ecclésiastiques à Poitiers où des matrones, supervisées par Yolande d’Aragon constatent sa virginité, (preuve de sa pureté et de sa non alliance avec le diable) Charles donne son accord pour la laisser partir vers Orléans assiégée par les Anglais.

Loin de l’image guerrière que l’Histoire veut lui donner, elle n’accompagne qu’un convoi de ravitaillement. Mais Yolande d’Aragon la revêt d’une armure, lui fournit une bannière blanche frappée de la fleur de lys sur laquelle Jeanne fait inscrire Jésus Maria, devise des ordres mendiants. Arrivée le 29 avril, elle y rencontre Jean d’Orléans, futur comte de Dunois. Sa réputation d’«Envoyée de Dieu» qui la précède, redonne confiance et courage aux soldats français pourtant désespérés. Inquiétude et peur pour les Anglais devant cette «envoyée spéciale» qui lèvent le siège de la ville dans la nuit du 7 au 8 mai 1429. (A suivre)

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens. M. Parruzot, bulletin de la SAS de Sens. Histoire de Jeanne d'Arc, Orléans, 1754. Abbé Lenglet-Dufresnoy. Mémoire de la Société Archéologique et Historique de l'Orléanais. Beauvais de Préau, Essais Historiques sur Orléans. Mémoire de la Société Archéologique et Historique de l'Orléanais, 1948. 

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Date de dernière mise à jour : 26/09/2013

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