Pour tous, une seule solution : l’exode.

 L’armée ennemie avance inexorablement. La frontière française est fragile et de nombreux réfugiés sont sur les routes. À partir du 18 mai, des autobus chargés de femmes, d’enfants et de vieillards venant de la région parisienne et des départements du nord-est commencent à arriver dans l’Yonne. Début juin, le flot des réfugiés ne cesse de grossir, fuyant en direction du sud. C’est maintenant sur les routes un défilé incessant d’automobiles lourdement chargées, de charrettes de tous types tirées par des chevaux, mêlées à des piétons poussant des charrettes à bras, des poussettes d’enfants ou croulant sous les valises et les paquets. Ces réfugiés, poussiéreux, harassés, confirment l’avance rapide des troupes ennemies et sèment sur leur passage des récits épouvantables de bombardements ainsi que mille rumeurs tout aussi inquiétantes qu’invérifiables : les Allemands coupent les mains des jeunes gens, violent les femmes et les jeunes filles etc.

L'exode, sur les routes de France, la même image de la souffrance

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À partir du 12 juin, les routes sont de plus en plus encombrées par des convois militaires, mêlés à une foule de civils qui s’écoule lentement à travers le département, fuyant devant l’avance des troupes allemandes en direction de la Loire, du Massif central et de la vallée du Rhône. Parfois des accrochages se déroulent au cœur des convois de réfugiés qui encombrent les routes et sont mêlés de fait à ceux des militaires. Le témoignage de Pierre Colson, rapporté ici par Jean-Luc Prieur, est édifiant :

« J’avais 17ans à l’époque, et je vivais avec mes parents dans une ferme de Pont sur Vanne.  Le 13 juin nous avions évacué la ferme, mais au croisement d’une route encombrée d’autres réfugiés en exode je les perdais de vue […]. Le15 juin, il est environ 15h, nous sommes égarés. Tout à coup, une grosse voiture surgit et nous double. Sur le marche pieds, des soldats avec un calot noir et un fusil, une croix noire peinte sur les portes. Ce sont les Allemands ! Quelques instants plus tard, une traction avant arrive et s’arrête à 10 mètres devant nous. Un officier, pistolet au poing et deux soldats français en sortent, armés d’un fusil mitrailleur qu’ils mettent en position dans le fossé. La voiture allemande revient vers nous encadrant une colonne de prisonniers. Pressentant que quelque chose, je me cache derrière mon tracteur. Quand la voiture allemande arrive, j’entends l’officier français crier « Feu ! ». Les trois allemands sont abattus rapidement ! […] Les prisonniers s’échappent !

Les autorités municipales sont débordées : à Sens et à Auxerre, les réfugiés, hommes, femmes, enfants, vieillards, épuisés et affamés, sont hébergés pour une nuit ou quelques heures sous les marchés couverts, dans les églises, les lycées, les écoles, les hôpitaux. Les cantines scolaires fonctionnent à plein pour nourrir toutes ces bouches supplémentaires. Beaucoup de réfugiés se contentent de se reposer quelques moments sous les arbres des promenades, avant de reprendre leur fuite vers le sud, en direction d’Avallon et surtout, par les routes de Clamecy ou de Toucy, vers la Loire. Le spectacle des soldats harassés par les marches forcées, encadrés seulement par quelques officiers ou sous-officiers, alors que des officiers supérieurs ont été vus en train de fuir en voiture avec leurs familles, accentue le désarroi de la population icaunaise. Celle-ci commence à son tour à faire ses préparatifs de départ, poussée par les rumeurs alarmistes propagées par les fuyards.

Jules Cuillier écrit : « Les possesseurs d’autos chargent clandestinement leur voiture à en faire éclater les pneus : objets précieux, linge, vêtements, couvertures s’empilent, laissant juste la place pour la famille. Un matelas est fixé sur le toit, couchage de fortune ou abri contre les balles d’avions. Et après le plein d’essence, on file de nuit surtout pour éviter une requête désagréable et l’ennui de refuser une place[i] ». À la campagne, les cultivateurs qui partent en exode abandonnent leur bétail ou le confient à la garde de voisins non encore partis.

L'exode, sur les routes de France, la même image de la souffrance

exode-bis.jpgLes 13 et 14 juin, c’est le sauve-qui-peut général, la plus grande partie des habitants quittent villes et villages. Les services publics se vident rapidement de leur matériel, de leurs archives et de leur personnel. Les fonctionnaires, enseignants, postiers, cheminots etc. ont reçu des ordres de repli vers le centre de la France émanant de leurs administrations et partent en train, en autobus ou par leurs propres moyens. Dans les hôpitaux, il ne reste que quelques médecins, infirmiers et infirmières. Dans les mairies, la plupart des maires et des  conseillers municipaux sont partis et il n’en reste plus que quelques-uns qui s’efforcent tant bien que mal de faire face aux besoins les plus urgents de la population locale et des réfugiés. La plupart des commerçants ont fermé boutique ; les pompiers, la police, les services de la préfecture sont partis également. Un flot de civils et de soldats passe encore en hâte, sans s’arrêter, ou pour quelques instants seulement : on sait que les Allemands ne sont plus très loin derrière.

Joël DROGLAND (ARORY)

[i] Jules Cuillier, Auxerre, l’occupation, l’exode, mai-juin 1940. Souvenirs personnels, in Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne.

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Date de dernière mise à jour : 08/07/2012

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