Pétain et de Gaulle entrent en scène

Devant l’ampleur de la défaite et la rapidité de l’invasion, l’éventualité d’une demande d’armistice avait été évoquée pour la première fois le 26 mai 1940 ; cependant le débat au sein du gouvernement de Paul Reynaud ne commença vraiment qu’après le départ de Paris.

Le 18 mai Reynaud avait fait entrer le maréchal Pétain dans son cabinet ; le 5 juin il la remanié une dernière fois pour y faire entrer le général de Gaulle comme sous secrétaire d’Etat à la Guerre. Les discussions se déroulent dans le cadre d’une confusion indescriptible, la défaite, l’invasion, la débâcle, les ministres eux-mêmes se trouvant emportés par l’exode et dispersés dans divers châteaux des bords de Loire avant d’arriver à Bordeaux.

Armistice ou capitulation ?

 La première réunion du gouvernement eut lieu le 12 juin au château de Cangé : pour la première fois le maréchal Weygand demanda officiellement un armistice ; la seconde eut lieu le lendemain au même endroit, la troisième, à Bordeaux, le 16 juin 1940. L’objet fondamental du débat était le suivant : la situation militaire étant désespérée, la défaite étant assurée, fallait-il que le gouvernement demande l’armistice ou fallait-il que l’armée capitule et que le gouvernement quitte la France métropolitaine ?

La demande d’armistice est une décision politique qui engage le gouvernement ; la capitulation est un acte militaire qui laisse sa liberté de manœuvre au gouvernement. Si l’armée capitule, le gouvernement peut quitter la France, gagner l’Afrique du Nord et affirmer sa volonté de continuer la guerre aux côtés de son allié britannique. C’est la solution qui a été choisie aux Pays-bas et en Belgique, à cette différence près que le gouvernement français pourrait gagner Alger et non pas Londres, et donc rester en France, sur le territoire d’un continent où s’étend l’Empire français. C’est la solution défendue par Paul Reynaud, par Georges Mandel et par le général de Gaulle, ainsi que par une majorité des ministres, du moins aux premiers jours du débat.

Weygand est le premier à refuser cette issue, prétendant que ce  serait un déshonneur pour l’armée que de capituler. Il entend faire porter la responsabilité de la défaite aux politiques et en dédouaner les militaires, ce qui n’est pas étonnant quand on connaît ses opinions antirépublicaines et son profond mépris du personnel politique. Il n’en va pas de même de Pétain qui a la réputation d’être républicain et qui bénéficie d’un prestige exceptionnel. C’est son intervention qui va s’avérer décisive

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Pétain choisit d’ « accepter la souffrance qui sera imposée à la patrie »

Dès sa déclaration à Cangé le 13 juin 1940, le projet de Pétain de faire de la défaite un tremplin pour une régénérescence nationale apparaît clairement.

« Le devoir du gouvernement est, quoi qu’il arrive, de rester dans le pays (…), déclare t-il. Priver la France de ses défenseurs naturels dans une période de désarroi général, c’est la livrer à l’ennemi (…) Le renouveau français, il faut l’attendre en restant sur place plutôt que d’une conquête de notre territoire par des canons alliés (…) Je suis donc d’avis de ne pas abandonner le sol français et d’accepter la souffrance qui sera imposée à la patrie et à ses fils. La Renaissance française sera le fait de cette souffrance ». C’est déjà tout le fondement idéologique de la « Révolution nationale » qui apparaît dans cette déclaration : la France, ses habitants et son régime politique, sont responsables de leur défaite. La défaite est une sanction ; la souffrance est nécessaire et un ordre nouveau doit être établi. Avant même de les avoir demandé et de les connaître, Pétain s’est placé dans la nécessité d’accepter les conditions de l’armistice afin d’utiliser la défaite pour reconstruire une France nouvelle, une France qui tourne le dos à la République et qui soit conforme à ses idées réactionnaires.

Dès lors que Pétain met tout son poids dans la balance, le destin de Paul Reynaud est scellé. Le 16 juin, il démissionne et le président Lebrun demande à Pétain de former le nouveau gouvernement. Il sort de sa poche une liste de ministres qui était déjà prête ! Le lendemain il s’adresse à la radio aux Français qui sont sur les routes de l’exode. Il leur annonce qu’il  fait le « don de sa personne à la France » et qu’« il faut cesser le combat », ce qui est une formule pour le moins malheureuse puisqu’elle va conduire des centaines de milliers de soldats français à se laisser capturer en croyant que la guerre est finie alors que l’armistice ne sera signé que cinq jours plus tard !

Hitler exige qu’on sorte du musée le wagon dans lequel le maréchal Foch avait présenté à la délégation allemande les conditions de l’armistice en novembre 1918 puis qu’on le transporte au même endroit, la clairière de Rethondes dans la forêt de Compiègne. Le 22 juin 1940 la délégation française rend compte au gouvernement des conditions imposées par Hitler : elles sont lourdes mais elles sont acceptées, même les plus indignes comme la livraison à Hitler des réfugiés antinazis accueillis par la France dans les années 30. L’Allemagne garde les prisonniers ; la France devra lui payer de surcroît une lourde indemnité d’occupation ; seule une petite moitié sud, sans industries et sans ressources naturelles ne sera pas occupée ; la flotte française devra regagner ses ports d’attache ; l’armée française disparaît, à l’exception d’une force de maintien de l’ordre de 100 000 hommes. L’armistice entre en vigueur le 25 juin 1940, après signature d’un armistice avec l’Italie le 24 juin. L’acceptation de l’armistice repose sur l’idée erronée que la guerre est gagnée par l’Allemagne, que l’Angleterre sera bientôt vaincue, que la France doit souffrir pour renaître dans une Europe allemande.

Joël DROGLAND. (ARORY)

 

 

De Gaulle affirme que « la flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre »

 

Au sein du gouvernement de Gaulle fut avec Georges Mandel, l’un des adversaires les plus farouches de la demande d’armistice.

Le 17 juin au matin il s’envole de l’aéroport de Bordeaux Mérignac avec son officier d’ordonnance le lieutenant Geoffroy de Courcel dans le petit avion du général Spears, délégué de Churchill auprès de Paul Reynaud. Il arrive à Londres en fin de matinée et rencontre Churchill dans l’après-midi. Ils se connaissent un peu, s’étant rencontrés quatre fois dans les semaines précédentes. Churchill a été favorablement impressionné par ce général à la forte personnalité ; il l’accueille donc à bras ouvert tout en espérant encore qu’il ne sera pas le seul. Churchill veut encore croire que Pétain refusera les conditions de l’armistice et, ne voulant pas laisser de Gaulle jeter de l’huile sur le feu, il ne l’autorise à s’adresser aux Français que le lendemain soir.

De Gaulle consacre sa journée du 18 juin a rédiger un court texte qu’il a l’intention de lire à la radio et qui s’adresse aux Français ; il travaille dans un petit appartement prêté par un Français, près de Hyde Park, au centre de Londres, au numéro 6 de Seymour Place. Elisabeth de Miribel, une Française installée à Londres, tape, avec deux doigts, l’ultime version du texte qui tient sur quatre feuillets couverts de ratures. Accompagné de Geoffroy de Courcel, de Gaulle prend en taxi le chemin de la BBC ; à 18 heures il enregistre son texte qui est diffusé à 22h. 15 et rediffusé sur ondes courtes le lendemain (l’enregistrement n’a pas été conservé). Cet « appel du 18 juin » est capté en France et reproduit par les journaux du sud de la France le lendemain. Le texte qui est passé à la postérité est celui que de Gaulle a donné à l’agence Havas et que les journaux anglais ont reproduit ; il diffère légèrement de celui qui a été lu à la BBC dans la mesure où la critique du gouvernement français est plus forte car il n’y a plus d’espoir de le voir refuser l’armistice.

 

Un choix qui                                                                                                                                    engage l’avenir

 

L'acceptation ou le refus de l'armistice fonde les deux stratégies et les deux engagements qui vont diviser la France pendant quatre ans. Le contenu de l’appel du 18 juin s’oppose fondamentalement à celui des discours de Pétain. Pour de Gaulle les causes de la défaite sont des causes militaires et les stratèges français en portent la responsabilité essentielle : « Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui ». D’autre part de Gaulle développe une analyse géopolitique visionnaire : il est persuadé que la guerre n’est pas finie, qu’elle va devenir mondiale, que l’Allemagne peut être un jour vaincue et qu’il faut continuer la guerre aux côtés des Anglais, et bientôt des Américains : « La France n’est pas seule ! (…) Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des Etats-Unis (…) Cette guerre est un guerre mondiale ». Il appelle les hommes volontaires, en particulier les militaires et les techniciens à le rejoindre à Londres car « quoi qu’il arrive, la flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas ». L’appel du 18 juin ouvre la voie de la Résistance.

L'acceptation de l'armistice fonde le régime de Vichy. Pétain et son entourage ont voulu l'armistice pour appliquer leur programme politique. « Nous tirerons la leçon des batailles perdues. Depuis la victoire, l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu'on a servi. On a voulu épargner l'effort ; on rencontre aujourd'hui le malheur » déclare-t-il le 20 juin 1940. Il entend procéder à un « redressement intellectuel et moral » qui nécessite un Etat autoritaire. Aidé par Pierre Laval, l’un des responsables de la droite parlementaire, il se fait confier par un vote du Parlement, le 10 juillet 1940 dans le casino de Vichy, les pleins pouvoirs constitutionnels. C'est la mort de la IIIe République. Pétain va pouvoir entreprendre sa « Révolution nationale ». L'armistice place la France dans une dépendance totale à l'égard de l'Allemagne. Pour atténuer la dureté des conditions de l’armistice qu’il a acceptées, Pétain va proposer à Hitler de collaborer. Les archives allemandes ont montré qu’Hitler souhaitait cet armistice et craignait la capitulation : la survivance d'un État français dispensait la Wehrmacht d'administrer le territoire. L'armistice ouvre la voie de la Révolution nationale et de la collaboration d’État.

 J. D. (ARORY) 

De Gaulle et Geoffroy de Courcel

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Date de dernière mise à jour : 12/07/2012

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