A Sens, militaires et civils se préparent…

Les forces militaires en place à Sens, en cette année d’attente, cette année de « drôle de guerre », ne seront pas de force, malgré tout leur courage et leur bonne volonté,  à stopper l’avancée Allemande à venir. Pour l’heure, elles se composent du 3eme  bataillon du 4eme  régiment d’infanterie, cantonné dans les parties Sud et Ouest de la ville, rue de Lyon, rue Général-Dubois, boulevard de la Liberté, Ile d’Yonne et quartier de la gare, et d’une station-magasin des subsistances, la manutention, située près de la gare de l’Est. Le bureau de la Place est à la caserne Gémeau, aux ordres du lieutenant-colonel Poupart. A la gare s’installent deux commissions : l’une pour le réseau PLM et l’autre pour celui de l’Est. Le 2eme bataillon du 83eme régiment régional s’organisa à Sens et dans ses environs, tandis qu’une compagnie du 8eme bataillon d’ouvrier d’artillerie s’installa au Clos-le-Roy et à la bourse du travail. Bien entendu, les trois dépôts d’essence de la ville furent mis sous protection et l’on avait prévu, à Granchette, une structure d’accueil pour les futurs prisonniers.

Il était également prévu pour la ville qu’elle devienne un important centre hospitalier. On multiplia donc le nombre de lits, réservé aux militaires en aménageant la chapelle de l’hôpital, quelques bâtiments de la caserne, en créant un accueil à l’école Thénard, ainsi qu’au Grand Séminaire. Sur un terrain vague, situé entre la gare de l’Est et la rue Victor Guichard, on éleva une station-magasin du service de santé, destiné à recevoir du matériel médical et des médicaments pour soigner sur place ou être redistribués. Enfin, un centre de rééducation fut mis en place à l’école Saint Charles, rue du Général Dubois.

Du côté des civils, il fallait également s’organiser au milieu des convois militaires de passage et les réfugiés en quête de villes d’accueil. Ce surplus de population, encore rare  éphémère, n’était pas sans poser quelques soucis d’ordre alimentaire, d’autant que douze boulangers de la ville allaient être mobilisés. C’est donc l’autorité militaire locale qui fournira des « remplaçants » pour pétrir et cuire, comme elle fournira des bras pour les récoltes. De même que de nombreuses jeunes filles volontaires de la ville aideront la Croix Rouge et le personnel infirmier en portant assistance aux réfugiés, aux femmes enceintes en « transit », en ouvrant une garderie d’enfants, en servant des repas ou en confectionnant des vêtements chauds pour les plus démunis.

Mais il fallait encore se protéger du mieux possible des bombardements que l’on redoutait. C’est pourquoi les autorités demandèrent à ce que soient effacés les noms de certains bâtiments inscrits en lettres rouges, d’enlever les panneaux pouvant servir à identifier les localités, de peindre en couleurs sombres les constructions les plus reconnaissables et de camoufler les éclairages. Mais les Sénonais ne prirent pas la « chose » très au sérieux et ne fut qu’au printemps 40, lorsque le passage d’avions ennemis augmenta, que la population prit conscience du danger. Pour l’heure, la vie se déroulait presque normalement. Un nuage obscur flottait sur la France, sur le département, sur la ville. Chacun en était conscient, mais du côté du front, à part quelques échanges de tirs de mortier ou de canon, la situation semblait être sous la coupe des forces armées. Tout allait changer en juin 40. La France allait découvrir la « blitzkrieg ».

Gérard DAGUIN

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Date de dernière mise à jour : 08/07/2012

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