1939, 1940, la drôle de guerre à Sens, éphéméride

La France entière est angoissée. Partout, l’ombre de l’aigle nazi plane et déploie ses ailes.

A Sens comme ailleurs, la population se prépare au pire.

Août 39 : Les autorités appellent sous les drapeaux les réservistes dont les fascicules portent les chiffres 3 et 4, puis 2. A Paris, le gouvernement décrète la censure. A Sens, le maire avise la population de prendre toutes dispositions pour éteindre au premier avis les lumières extérieurs, camoufler portes et fenêtres. Les caves reconnues comme abris devront être ouvertes au public. Les communications téléphoniques ne sont autorisées que dans le département et les départements limitrophes. On accueille un millier de jeunes écoliers parisiens évacués qui seront répartis dans les écoles.

Septembre 39 : Le 1 er septembre, c’est la mobilisation générale. le 3, la guerre est déclarée. A Sens, la municipalité ordonne une restriction de l’éclairage public. Le conseil municipal discute des mesures à prendre pour la protection contre l’aviation ennemie et l’installation des réfugiés. Dans la nuit du 5 au 6, à 1h46, première alerte. La population, plus curieuse que craintive, descend dans les rues. Quelques uns gagnent les caves ou les abris publics. D’autres chargent sur des véhicules de circonstance leurs quelques objets personnels et se dirigent vers Paron. A 4h47, les sirènes annoncent la fin de l’alerte. Suite à cette première alerte, le maire publie un arrêté sur les abris publics : caves de Paron, 2500 personnes, caves de Mr Ignace, boulevard Maupéou, 100 personnes, cave de Mr Belot, 2à rue de Lyon, 160 personnes, caves du Dr Louvrier, 1à, rue de la Banque, 60 personnes. Bientôt, on réglemente la circulation et on interdit codes et phares en ville et dans les villages environnants. Pour protéger la cathédrale, on entasse des sacs de sable devant celle-ci et on démonte certains vitraux. A la Mairie, une réunion est organisée entre les autorités  et quelques personnalités dans le but de créer un service central d’entre aide qui devra coordonner les œuvres de bienfaisance, centraliser et répartir les dons.

Octobre 39 : En urgence, on met à l’abri les objets précieux du trésor de la cathédrale et on inaugure le Foyer du Soldat, 1 rue de Paris en présence de Messieurs Gaudaire, Charles, Thore, Colin, Grelier ainsi que du sous-préfet, Mr Maymat et du maire, Mr Lazare Bertrand. Le conseil municipal accorde son parrainage au 89e R.I. ainsi qu’au 3e bataillon du 4e R.I. et alloue une somme de 5000 Fr pour aider les soldats. La censure s’installe dans les colonnes de la presse.

Novembre 39 : On apprend que le sergent Marius Thomas a été tué au front. C’est la première victime sénonaise du conflit. Le 10, deuxième alerte entre 12h50 et 13h05. La sirène retentit à l’heure de la rentrée des classes de la rue Thénard. Affolement général, mais pas de bombardement. C’est au début de ce mois que M. Parruzot prend la direction de la défense passive.

Décembre 39 : Restrictions alimentaires. Dorénavant, le lundi sera jour maigre comme le vendredi. Le mardi, interdiction de vendre et de consommer de la viande de bœuf. Des soldats malades, en provenance de l’Est, sont accueillis par les infirmières de la Croix-Rouge. Le Dr Bailly-Salin est démobilisé. Il est remplacé dans ses fonctions par le médecin-capitaine Bonnardot. Il a bientôt fort à faire, car du front, arrivent en masse des soldats malades durement éprouvés par le rude climat de l’Est. Une partie des infirmières, occupées jusque là à la gare, sont dirigées vers les hôpitaux, les postes de secours de la caserne et de la cantine du Mail-Thénard.

Février 40 : Ordre est donné de récupérer toutes ferrailles pour subvenir à la «fabrication de guerre» et on donne des instructions à la population civile pour contribuer à la surveillance du territoire (chute ou atterrissage d’avions ennemis, tentatives de sabotages etc…). A l’initiative de la Croix-Rouge, un comité d’assistance aux blessés et aux malades voit le jour.  On annonce également la création d’une carte d’alimentation. Le 26, 3e alerte à Sens qui dure de 5h20 à 6h02. Des avions allemands ont survolé la région et jeté des tracts. Mais les sénonais ont montré que peu d’empressement à rejoindre les abris. Les journaux les invitent à plus de discipline.

Mars 40 : Une forte tempête s’abat sur la ville causant d’importants dégâts en divers endroits, notamment à la gare et au cimetière. Par décision des autorités, les pâtisseries seront fermées le lundi, mardi et mercredi.

Avril 40 : Recensement de la population en vue de la distribution des cartes d’alimentation. Le conseil municipal décide de supprimer la foire de 30 avril. Le 12, 4e alerte de 0h50 à 1h50. Le 13, 5e alerte de 21h38 à 22h40 pendant une séance de cinéma. Le 20, dans l’après-midi, un combat aérien s’engage entre allemands et britannique. L’aviateur allemand sera abattu. En fin de nuit, un bombardier français rentrant d’une mission au dessus de l’Allemagne, voulant se poser à Gisy-les-Nobles, heurte un autre avion au sol. L’équipage est transporté à l’hôpital Mail-Thénard. A la fin du mois, on inaugure le nouveau bâtiment de la cantine de la gare et on annonce la création dans l’Yonne du Secours National. Pour procurer les ressources nécessaires au bon fonctionnement de cet organisme, le préfet lance un appel à la population.

Carte le l'invasion, mai-juin 1940

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invasion009-bis.jpgMai 40 : Le 10, les Allemands envahissent La Hollande, la Belgique et le Luxembourg. La « drôle de guerre » est terminé. Trois alertes se succèdent à Sens : la 7e, la 8e ce même jour, la 9e  dans la nuit et les 10e et 11e le lendemain. Ce 11 mai, le gouvernement décide d’organiser une garde civique. A Sens, elle sera formée d’hommes valides, armés de leur fusil de chasse qui auront pour mission de participer à la surveillance du territoire. Ils devront agir contre les parachutistes ou les saboteurs éventuels. Les permissionnaires agricoles sont rappelés dans leurs unités. Les réfugiés arrivent de plus en plus nombreux en ville. Le maire demande aux habitants de se faire inscrire à la mairie en indiquant les locaux dont ils peuvent disposer pour héberger les arrivants. En raison de la fréquence des alertes, les classes enfantines et les maternelles de la ville ferment leurs portes. De jours en jours, les alertes s’enchainent. Et les nouvelles sont alarmantes : la Hollande est pratiquement vaincue, en Belgique, on se bat autour de Liège et le Grand Duché est totalement occupé. Le 16 mai, ordre est donné par la mairie de bloquer avec du matériel agricole toutes les zones susceptibles d’être utilisées par l’ennemi pour y poser des avions. On redoute que l’ennemi y fasse déposer des saboteurs ou des agents. A partir du 18, les réfugiés arrivent en masse. Le maire, Lazare Bertrand lance un nouvel appel aux habitants qui peuvent disposer de chambres ou de lits. Il ne sera pas rare de voir les Sénonais proposer le gîte et le couvert à ces hordes de malheureux chassés de leurs régions. Le 19, on apprend que les Allemands sont en progression partout. La France n’échappe pas au désastre. Les «réfugias», venant du Nord et des Ardennes confirment les craintes des sénonais. Le 1er étage du marché couvert est transformé en dortoir, et au 174 de la Grande Rue, on installe les vieillards des régions évacuées. La préfecture met en état de réquisition tous les véhicules. Une note officielle annonce que les fonctionnaires publics doivent rester à leurs postes. Le département est inclus dans la zone des armées. Enfin, on apprend la capitulation de l’armée belge, signée ce 28 mai à 4h par le Roi Léopold III.

Juin 40 : En ville, on distribue les premières cartes d’alimentation. En ce début Juin, les alertes sont de plus en plus fréquentes. Devant leurs multiplicités, et la probabilité de nouveaux bombardements de la région parisienne, la Croix-Rouge décide de fermer les établissements de la ville gardant des enfants, ne jugeant pas les caves assez solides pour assurer une protection efficace. Le 5, les frontières cèdent. Les Allemands seront bientôt à Sens.

Gérard DAGUIN

Protection de l'Autel des Salazard, Cathédrale de Sens

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Dépot Shell de Sens

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Date de dernière mise à jour : 08/07/2012

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