15 juin 1940, les combats pour les ponts de Sens

Objectif : les ponts de la ville

Pour prévenir l’invasion, le Commandement général avait demandé à ce que les moyens de communications soient entravés, même avec des moyens de fortune. C’est ce que fit à Sens et aux alentours le capitaine Juvigny en faisant élever des barricades à St-Clément, route de Voisines, route de Saligny, rue des Champs d’Aloup, route de Thorigny, route de maillot, rue de Lyon, près de l’usine à gaz, route de Troyes, rue de Paris, route de St-Martin du Tertre et au Chemin Neuf. Grâce à des renseignements parvenus le 13 juin en fin de soirée, on apprend que les Allemands sont à Romilly et à Nogent sur Seine. Le dispositif d’alerte aux barricades est déclenché. Le 14, en fin d’après-midi, les Allemands attaquent Villeneuve l’Archevêque, Lailly, Thorigny, La Chapelle sur Oreuse, Michery. Un peu plus tard, c’est au tour de la région de Theil sur Vanne d’être sous le feu ennemi. En même temps, deux détachements de l’armée française reçoivent l’ordre de se regrouper et de se porter vers les ponts de l’Yonne à Sens pour interdire le passage de la rivière à l’ennemi. Il est un peu plus de minuit. Les sapeurs reçoivent l’ordre de miner les ponts de la ville, ce qui ne se fera pas par manque d’explosifs. Avant l’aube, se présente encore un flot de voitures de réfugiés à qui on interdit le passage des ponts. A 5h15, une vingtaine d’avions venant du Sud bombardent, en piqué, les abords des deux ponts. Depuis 8h en ce matin du 15 juin, les unités de défense sont pratiquement en place. Peu après, les chars allemands commencent à entrer dans Saint-Clément. 12h : une colonne ennemie contourne la ville du Nord au Sud et s’engage sur la route de Troyes. Sens commence à être bombardée par de lourds tirs d’artillerie.

Eglise Saint Maurice

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Quai Ernest Landry

guerre-quai-landry-jpg-bis.jpgAu pont de Fer, les batteries d’artillerie sont installées de part et d’autre du passage, sur la rive Ouest de l’Yonne. Sur le pont, on enlève les traverses et on place des mines. Le PC de commandement  prend ses quartiers près de Brididi. Pour défendre les ponts de la ville, on place des mitrailleuses prés de la pointe de l’ile d’Yonne, face au cours Tarbé, d’autres face au boulevard Maupéou, face à l’abattoir et au Clos-le-Roi, près de l’église Saint Maurice, face au Séminaire, et  à la passerelle du barrage Saint Bond. Enfin, des hommes se placent dans la maison Pilorget, à l’extrémité du pont du Diable d’où ils pourront prendre en enfilade l’ennemi venant du centre ville. Enfin, du matériel lourd est stationné rue Lucien Cornet. Pourtant, ce dispositif va être allégé en hommes et en matériel : il faut aller se positionner sur le pont d’Etigny, intact mais non gardé.

Depuis 11h, le flot des réfugiés ne passe plus. Les Allemands qui approchent ont stoppé l’exode. Il est  midi quand les premiers blindés allemands se présentent sur la rive droite de l’Yonne.  

Gérard DAGUIN


15 juin 1940, les combats pour les ponts de Sens 

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Dans la nuit du 12 au 13 juin 1940, le général Huntzinger, commandant le 4e Groupe d’Armée reçoit l’ordre du haut-commandement d ‘établir une position d’arrêt dans le nord de l’Yonne pour donner le temps nécessaire à l’organisation du repli sur la Loire. Cette instruction est liée à la directive de Weygand de constituer un front solide et continu de Caen à la frontière suisse en passant par la Loire et le Morvan. Mais les unités arrivant dans l’Yonne se trouvent dans un triste état, harassées de fatigue après plusieurs jours de combat ininterrompus et de longues marches, en partie désarmées. Face à ces troupes fatiguées, le général allemand Von Speck attaque le nord de l'Yonne avec deux divisions d'infanterie, la 25e à Sens et la 81e dans un secteur qui s’étend de Villeneuve-la-Guyard à Pont-sur-Yonne. Von Speck est abattu le 15 juin au matin lors du combat de Pont-sur-Yonne, comme nous l’avons relaté dans un précédent article (voir le numéro du 8 juin).

Arrêter les Allemands sur l’Yonne ?

Les vallées de l’Yonne et de la Vanne sont choisies comme ligne de résistance. Des postes avancés sont constitués à Lailly, Thorigny-sur-Oreuse et Saint-Clément avec de l’infanterie et des armes antichars. A peine mis en place, ces postes sont attaqués le soir du 14 juin par des engins blindés et aisément démantelés. La 7e Division d’Infanterie se positionne à Pont-sur-Yonne pour y défendre le pont mais, à 22h 45, les Allemands franchissent l’Yonne à deux kilomètres en amont de la ville.

Au petit matin du 15 juin, rien ne semble pouvoir s’opposer à une attaque allemande passant sur l’Yonne d’Est en Ouest au sud de Sens et venant prendre de flanc ou même à revers les éléments chargés de tenir cette rivière. Dès 5h 30, les Stukas bombardent la vallée de l’Yonne. Misy-sur-Yonne (Seine-et-Marne), Villeneuve-la-Guyard, Pont-sur-Yonne, Sens et Joigny sont touchés. Un peu plus tard, ce sont Villethierry et Vallery. Le pont de Champigny ayant été prématurément détruit, plusieurs unités d’infanterie ne peuvent franchir l’Yonne et sont capturées.

La 4e Division Légère Mécanique  (DLM) reçoit mission de défendre les ponts de Sens et de garder ceux d’Etigny et de Villeneuve-sur-Yonne. Le 1er Régiment d’Automitrailleuses (RAM) avec 300 hommes et une douzaine d’automitrailleuses et le 5e Régiment de Dragons Portés (RDP), avec  cinq chars H39 et une batterie de 75 entreprennent d’organiser la défense de Sens. Ce sont des unités aguerries, reformées hâtivement mais au moral affirmé malgré leurs effectifs déficients, leur armement incomplet et la fatigue de plusieurs jours de combat incessants. Vers 9h, des barrages sont mis en place sur les deux ponts sur l’Yonne et sur le pont de la voie ferrée (le pont de Fer, qui enjambe l’Yonne au nord de l’île). Des fusils-mitrailleurs sont installés sur les berges de l’Yonne près du pont de Fer, deux mitrailleuses et un mortier de 60 sont posés sur le ballast du chemin de fer. Quatre mitrailleuses sont installées dans l’île. Un canon de 25 est en batterie derrière le parapet du pont Lucien Cornet ; un autre canon de 25 et deux fusils-mitrailleurs sont installés sur l’autre pont. Le dépôt des carburants et le central téléphonique sont incendiés ; l’aqueduc de la Vanne est dynamité à Villeperrot pour empêcher les Allemands de l’utiliser pour franchir l’Yonne.

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De durs combats dans la ville

Les premiers accrochages ont lieu dès le début de la matinée, un soldat français est tué au coude de la rue de la Pépinière, un autre boulevard des Garibaldi. M. Edmond Dubois, un des rares Sénonais qui à choisi de ne pas partir en exode témoigne « Des combats eurent lieu dès 7h et nous entendîmes parfaitement le crépitement des balles et les coups de mitrailleuses ; la curiosité me gagnant j’essayais de sortir vers 8h et gagnant le bout de la rue du Gal Dubois, au niveau du square J. Cousin un officier français me crie : « Ils sont là » ; je remonte la rue transversale malgré les rafales de tirs et, arrivant au niveau de la Caisse d’épargne je vois des soldats français allongés derrière le muret du square, armes pointés en position de défense, mais à ce moment un violent feu de mitrailleuses se déclenche.[…]. La lutte se poursuivant ainsi toute la matinée et l’après midi […] »  

Un soldat allemand nommé Treiber sera inhumé dans le square

guerre-treiber-bis.jpgLes Allemands s’infiltrent partout dans la ville. A midi les chars allemands arrivent sur la rive droite de l’Yonne. Les mitrailleuses installées au sud de l’île d’Yonne ouvrent le feu. Les Allemands répondent par un tir de mortier. Constatant que le pont est solidement tenu, ils étalent leurs forces sur la rive droite et organisent des tirs de flanc sur les troupes installées dans l’île. Simultanément, ils attaquent le pont de chemin de fer en le pilonnant avec des canons de 77 et des tirs de lance-grenades. Jusqu’à 17h, le 5e RDP réussit à contenir les attaques allemandes. Mais des éléments parviennent à passer l’Yonne à la nage au nord de la ville .vers 18h, le pont est franchi. La défense évacue l’île d’Yonne et se reporte sur la rive gauche. Les Allemands prennent pied dans l’île. Les combats font rage. Les Français répondent aux obus allemands par des tirs de mortier de 60 et par les tirs des canons de 37 de leurs chars Hotchkiss. Pour porter aide à un escadron du 5ème RDP dangereusement encerclé au pont de fer, le capitaine Garnier franchit les lignes ennemies avec sa seule automitrailleuse. Il parvient à dégager l’escadron en difficulté mais est tué par un obus. Vers 19h 30, les unités du 5e RDP doivent se résoudre à décrocher. Elles sont débordées et menacées d’encerclement. A 21h, elles commencent à se replier. L’artillerie allemande pilonne les bords de la crête du Chemin-Neuf qu’elles doivent emprunter. Vers 0h30, un escadron du 25 GRCA (groupe de reconnaissance de corps d’armée) vient en renfort à Sens par l’ouest, il n’est pas informé que les combats sont terminés et que toutes les unités se sont repliées. A l’entrée ouest de la rue Emile Zola, une fusillade éclate à nouveau, ce sera la dernière.

Bombardement de la gare de Sens

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Au cours de ces combats acharnés, les défenseurs de la ville ont perdu plus d’une centaine d’hommes (il s’agit là des seules pertes du 1er RAM), tués, blessés ou disparus. Les combats n’ont pas été inutiles, du moins à court terme : les hommes du 5e RDP ont tenu « assez longtemps pour permettre à la 7e Armée que je commandais d’exercer son repli sur la Loire » dira le général Frère. Le repli sur la Loire est cependant effectué par des divisions pratiquement anéanties. Tandis que les villes et les routes de l’Yonne sont écrasées sous les bombes, le repli des unités militaires se poursuit dans un désordre indescriptible.

Joël DROGLAND (ARORY)        

Sources : Roche José, L’Yonne dans la Seconde Guerre mondiale : invasion (juin 1940) et Libération (juin-septembre 1944), mémoire de maîtrise, Université de Bourgogne, 1998. Lieutenant-colonel Poupart, Sens pendant la drôle de guerre, édition de L’Yonne Républicaine, Auxerre, 1950, 110 pages. Témoignage E. Dubois, coll P.Bertin. Magazine 39/45 n° 222, J.-Y. Mary (archives allemandes).                                                                               

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Date de dernière mise à jour : 11/07/2012

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