14 -15 juin 1940, l'invasion du Sénonais

De violents combats autour de Sens 

Depuis deux semaines les convois de réfugiés en exode qui fuient l’offensive allemande ne cessent d’affluer. C’est le signe annonciateur d’une invasion devenue désormais inexorable. Le seul espoir demeure  la Loire où les états major espèrent contenir et repousser l’ennemi.

Les unités françaises doivent se replier et de se regrouper. Il faut donc livrer combat ici et là en différents points stratégiques. Après la Seine, l’Yonne est un nouvel obstacle à franchir et va être le théâtre d’une compétition inattendue entre deux généraux allemands, von Speck, au nord, à la tête du XVIII. AK (Armée korps) avec ses divisions d’infanterie et von Kleist, au sud, avec son XVI. AK et ses Panzers division. Des combats se déroulent en divers points du département. Dans l’Avallonnais et le Tonnerrois, ils sont violents et l’armée allemande, empreinte de l’idéologie nazie raciste, se livre à des crimes de guerre en exécutant des prisonniers Tirailleurs sénégalais et nord africains. 

Le 14 juin, les Allemands sont entrés sans combat dans Paris déclaré ville ouverte. Dans la région, l’avant garde allemande se heurte aux défenses françaises qui tiennent le secteur de Courgenay-Lailly. Deux corps de soldats français seront retrouvés dans le jardin de la ferme de la famille Billet à Lailly, au retour d’exode. A Theil, un Tirailleur indochinois est tué. La route de Sens est prise dans la nuit. Une centaine de soldats français du 71e RI est déployée bloquants les routes de Thorigny à St-Clément et de Pont-sur-Yonne à St Denis-lès-Sens. Le 15 juin, l’offensive se fait désormais pressante par le nord. Les Allemands ont franchit la Seine et affluent de Fontainebleau, Bray-sur-Seine et Nogent-sur-Seine. Désormais beaucoup de soldats sont coupés de leur commandement, quelquefois sans armes, sans munitions suffisantes, mal équipés comme ce régiment de marche de Volontaires étrangers (unité de la Légion étrangère) surnommé le « Régiment  Ficelle », ficelle utilisée pour remplacer bretelles de fusils ou lacets. A la ferme des Popelins un canon antichar détruit plusieurs tanks allemands. Les servants de ce canon sont tués !

A Pont-sur-Yonne, le vieux pont de pierre est encore intact. C’est un objectif stratégique important pour les états-majors des deux camps. Les Allemands le veulent entier pour passer leur armada au plus vite et les Français doivent tout faire pour les en empêcher. L’aviation ennemie attaque la veille vers 17h lâchant des bombes et mitraillant les abords du pont, la gare, la route nationale 5 et celle de St-Sérotin. Au moins quatorze civils, pontois et réfugiés, sont tués et des dizaines sont blessés.                 Le commandement du 72e Groupe de reconnaissance de division d’infanterie  en charge de défendre le nord de l’Yonne est anéanti au cours de ce raid. Le Lt-colonel Cros-Mayrevieille, trois officiers et un sous-officier sont tués. Les secours soignent et évacuent les blessés vers Sens. A la tombée de la nuit, les avant-gardes allemandes arrivent par la route de Bray-sur-Seine. Les premiers coups de feu sont échangés, mais le pont est solidement défendu. A peine la cité pontoise est-elle remise de l’attaque aérienne meurtrière, qu’une autre survient le samedi 15 vers 5h. C’est à nouveau le chaos. Les malheureux réfugiés endormis sur la place principale sont réveillés par de terribles explosions : hurlements, poussière, fumée… Encore des morts et de nombreux blessés. Ordre est alors donné de faire sauter le pont et l’aqueduc de la Vanne à la hauteur de Villeperrot. Cette fois l’ordre est exécuté, contrairement à Sens et à d’autres communes où cet ordre n’a pas été suivit.

L'aqueduc de Villeperrot a été détruit pour retarder l'avance allemande

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Le pont de Pont sur Yonne détruit par le génie français

guerre-recons-du-pont-y-parpionniers-all-bis.jpg La destruction du pont pose un sérieux problème à l’état major allemand : le planning de l’offensive risque d’être désorganisé sur tout le secteur.  Le général Ritter von Speck, arrive avec ses officiers pour se rendre compte de la situation. Le convoi arrive par la route de Bray-sur-Seine et se gare près de l’hôtel des Trois rois. Malgré les tirs, les officiers descendent et approchent du quai pour observer le pont détruit. Un soldat français embusqué dans un immeuble de la rive opposée repère ce groupe et ouvre le feu avec son fusil-mitrailleur. Ritter von Speck s’effondre. Un autre général est touché au bras. Von Speck est transporté dans sa voiture pour être emmené vers un poste de secours, mais il succombe quelques instants plus tard. C’est le seul général allemand qui sera tué durant la campagne de France de 1940 ! Paradoxalement, du côté français on n’a rien remarqué ! Mais la situation n’altère pas la volonté des Allemands qui ont construit un pont de bateaux près de Sixte. L’attaque s’intensifie par le nord. Les postes de défenses sont assiégés, l’immeuble de briques situé rive gauche à l’angle des rues Carnot et Gambetta est criblé de balles. A la faveur  de la nuit, l’ordre de repli est donné vers Villeperrot où des combats vont se poursuivre. Devant le nombre important des victimes, 26 civils et 163 soldats, au cours de ces deux journées, le nouveau commandant allemand du secteur fera donner une messe par Mgr Lamy. Une garde d’honneur encadrera les cercueils jusqu’au cimetière.  

Le général Ritter von Speck, tué lors des combats de Pont sur Yonne

guerre-von-speck-mort-bis.jpg A Villeneuve la-Guyard, les mitraillages aériens provoquent un carnage dans la rue principale, plusieurs jours après, celle-ci est encore jonchée de cadavres de chevaux.  

Les mitraillages aériens ont provoqués un véritable carnage dans les rues de Villeneuve la Guyard

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A Véron, devant le pont d’Etigny qui n’a pu être détruit par le Génie français, est cependant obstrué par des troncs d’arbres. Une colonne blindée allemande se présente. Tentant de le dégager, les Allemands sont surpris  par un Détachement de découverte français du 1er Régiment d’automitrailleuses, constitué entre autre, d’une automitrailleuse expérimentale Panhard (la seule de cette campagne de France) armée d’un canon de 47 mm. Les chars ennemis seront mis hors d’usage tout comme les véhicules blindés qui les accompagnent. Un sous-officier français qui se repliait de Paris, l’adjudant-chef Jacques Mairesse, ancien joueur de foot au Red Star et entraîneur de l’équipe du Maroc, sera tué au cours de cette attaque. Plus tard, alors que les Allemands parviennent à rentrer dans Etigny, le brigadier, Michel Touchard, de son vrai non Mickaël de Trouchtalevsky, un prince russe immigré, sera également tué. 

A Villeneuve-sur-Yonne, le pont est  la proie des combats. Un char français ouvre le feu depuis la rive gauche et déclenche un incendie à l’usine ABA alors sur la droite. Un soldat allemand est tué au pied du pont et sera enterré sur place. Plusieurs communes du Sénonais seront la cible de l’aviation allemande, Montacher, Vallery, Villethiery, causant  des dégâts importants,  et faisant de nombreuses victimes. A St Valérien, dix huit soldats et plusieurs civils sont tués en un instant.

 Jean-Luc PRIEUR (AMMRY) 

Sources : « Sens pendant la Drôle de guerre ».Lt colonel H Poupart. Journaux de marche du Cdt Danglade (25è GRCA), du 1er Rgt d’automitrailleuses et du 71è RI. Etats civils de Pont/Yonne, Véron, Etigny. Témoignage de M. & Mme Roger Massé M. Charrey, Bulletin Société historique des amis de Thorigny et de l’Oreuse. Magazine 39/45 n° 222. J-Y Mary (archives allemandes). Magazine GBM n°86

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Date de dernière mise à jour : 10/07/2012

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