10 juillet 1940 : les parlementaires de l’Yonne se donnent au Maréchal !

Laval face aux parlementaires au Casino de Vichy 

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Signé le 22 juin 1940, l’armistice entre en vigueur trois jours plus tard.          

 Le même jour, le maréchal Pétain annonce aux Français qu’« un ordre nouveau commence ».

Le 1er juillet, le Maréchal s’installe à Vichy avec son gouvernement et y convoque les membres du Parlement dispersés par la débâcle. Réunis le 1er juillet dans la salle du grand casino de la ville, députés et sénateurs présents sont invités à déléguer à Pétain les pleins pouvoirs constitutionnels. C’est Pierre Laval, responsable politique de la droite parlementaire avant guerre qui a eu, selon l’expression de l’historien Jean-Pierre Azéma, « cette idée ingénieuse d’obtenir du Parlement qu’il se sabordât ».

Le nombre total des parlementaires (députés et sénateurs) d‘avant-guerre est de 932 ; mais il est ramené à 850 par la déchéance des élus communistes après les décrets du gouvernement Daladier ; 26 députés (dont Georges Mandel, Jean Zay et Pierre Mendès France) et un sénateur se sont embarqués pour l’Afrique du Nord sur le paquebot Massilia quand on pouvait encore croire que la guerre serait poursuivie depuis cette partie de l’Empire français; d’autres parlementaires pris en juin dans la débâcle n’ont pu rejoindre Vichy. Il y a 20 abstentions. 570 parlementaires accordent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain et 80 votent contre cette délégation. C’est la mort de la République. Quelle fut l’attitude des parlementaires de l’Yonne ?

A la fin des années 1930, le département de l’Yonne a huit parlementaires : trois sénateurs et cinq députés. Alors que la droite n’a pas d’élu au Sénat, les radicaux qui furent fortement implantés dans le département, n’ont plus de députés.

De 1919 à 1940, les radicaux parviennent à maintenir leur représentation au Sénat. Réélu difficilement en 1935, le sénateur Jean Baptiste Bienvenu-Martin a commencé sa carrière de député en 1896 et est président du Conseil général de l’Yonne depuis 1905. Georges Boully, républicain socialiste succède à Gaston Gaudaire, maire de Sens de 1922 à 1935, battu aux élections sénatoriales de 1935. Henri Hamelin est élu sénateur radical lors de l’élection partielle de 1922 consécutive au décès de Marcel Ribière. Les trois sénateurs sont inscrits au groupe de la Gauche démocratique du sénat.

Le 10 juillet 1940, Henri Hamelin n’est pas à Vichy et ne prend pas part au vote. Il en va de même pour Bienvenu-Martin dont on ne sait s’il était à Vichy. Georges Boully vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il se retire ensuite dans sa commune natale de Saint-Valérien où il meurt, en 1949.

Les élections législatives du printemps 1936 ont donné lieu dans l’Yonne comme dans toute la France à une campagne passionnée. Aux manifestations des Croix de feu (fortement implantées dans le Sénonais) répondent celles d’une gauche fortement mobilisée autour de la SFIO, du PCF et d’un puissant mouvement pacifiste et antifasciste.

Dans la circonscription d’Avallon, Pierre-Etienne Flandin est largement réélu dès le premier tour avec 62 % des voix. Dans celle de Tonnerre, François Charles Perreau, dit Perreau-Pradier, lui aussi fortement implanté, l’emporte dès le premier tour, mais avec seulement 50,2% des voix. La droite apparaît invincible dans le Tonnerrois et l’Avallonnais, tant elle est profondément enracinée dans les réseaux des familles Flandin et Perreau Pradier, dont l’alliance constitue l’axe central de la vie politique locale dans les années 20 et 30. A Auxerre, Jean-Michel Renaitour est élu avec 54% des voix au premier tour. Combattu par la SFIO et le PCF, il est devenu républicain-socialiste et siège au groupe des Indépendants de gauche. Maire d’Auxerre depuis 1929, il a bénéficié des voix de partisans du Front populaire dont il a cependant battu le candidat officiel. A Joigny, Maxences Roldes, candidat du Front populaire est élu au second tour avec 55% des voix. Fortement engagé dans les organismes de coopération agricole, il prend une part active à l’élaboration de la loi créant en 1936 l’Office du blé. A Sens, Paul Campargue, candidat du Front populaire est élu au second tour avec 53% des voix.

Le 10 juillet 1940, Pierre-Etienne Flandin prend la parole à Vichy. Il plaide pour le ralliement au projet de son collègue Laval, avec lequel il a gouverné plusieurs fois dans les années 30. Cet appui est décisif car Flandin apporte avec lui le ralliement de la droite classique, modérée, conservatrice et libérale. Flandin vote les pleins pouvoirs, affirmant que c’est une nécessité pour la France « si nous ne voulons pas perdre l’âme de la France, si nous voulons que la France se maintienne partout vivante et unie ». Perreau-Pradier fait de même. Paul Campargue s’abstient volontairement. Jean-Michel Renaitour ne prend pas part au vote. Maxence Roldes vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, ainsi que la moitié de ses amis socialistes.

C’est ainsi que le 10 juillet 1940, sur les huit parlementaires de l’Yonne, trois ne prennent pas part au vote, un s’abstient, et quatre votent les pleins pouvoirs constitutionnels au maréchal Pétain, prenant ainsi leur part dans la mise à mort de la République.

                                                      Joël DROGLAND. (ARORY)

Sources : Duaut Laétitia, La gauche dans l’Yonne de 1914 à 1940, Université de Bourgogne, Dijon, 1997. Xavier Filipe, La droite dans l’Yonne, Université de Bourgogne, Dijon, 1997. Rubagotti Barbara, Le personnel parlementaire de l’Yonne sous la Troisième République (1870-1940), Université de Bourgogne, Dijon, 1996.

 

 

A la Une de l’informateur Sénonais 

Le vendredi 16 Août 1940 paraît, pour la dernière fois, l’Informateur Sénonais. Pendant dix numéros, il n’aura été « qu’un bulletin provisoire servant de liaison entre les services publics et la population sénonaise ». Pour sa dernière parution, il se fera l’écho d’une allocution du Maréchal prononcée le mardi 13 Août. En voici quelques passages :

« Français,

De faux amis qui sont souvent de vrais amis ont entrepris de nous persuader que le gouvernement de Vichy, comme ils disent, ne pense pas à vous, ne fait rien pour vous, ne se soucie ni des besoins communs de la population française, ni de ce qui concerne nos compatriotes les plus éprouvés. Il me serait aisé de réfuter cette affirmation mensongère par des faits. (….)

Je laisse de côté pour le moment les mesures très nombreuses que nous avons prises ou qui sont déjà envisagées pour rouvrir à la France meurtrie les portes de l’avenir : l’épuration de nos administrations, parmi lesquelles s’étaient glissés trop de Français de fraîche date : la répression de l’alcoolisme, qui était en train de détruire notre race : l’encouragement de la famille, but essentiel de la société et de la Patrie : la réforme de l’instruction publique, en vue de la ramener à sa fonction éducatrice et à son rôle national.(…..)

J’ai pu constater, en maintes circonstances, avec une peine réelle, que les intentions du gouvernement étaient travesties et dénaturées par une propagande perfide et que les mesures mûrement réfléchies ne pouvaient porter leurs fruits par suite de l’inertie, l’incapacité et la trahison d’un trop grand nombre d’agents d’exécution. Ces défaillances, ces trahisons seront recherchées et sanctionnées. (….)

La responsabilité des fonctionnaires ne sera plus un vain mot. La révolution par en haut, comme on l’a appelée, descendra de proche en proche jusqu’aux assises de la nation. La France nouvelle réclame des serviteurs animés d’un esprit nouveau : elle les aura.

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