Comme certains au pouvoir, David arrange l’Histoire…

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Bonaparte au plont d'Arcole par Antoine Gros

En ce début décembre 1802, Paris est sous la pluie. Il fait froid, le vent souffle et les pavés de la capitale se couvrent de verglas. Depuis trois jours Paris est sous haute surveillance : sur l’Ile de la Cité, six bataillons de grenadiers et de chasseurs à pied, montent la garde. Aux carrefours avoisinants, des piquets de gendarmerie d’élite à pied et à cheval sont sur le qui vive. A Notre Dame, c’est l’effervescence. Peintres, tapissiers, décorateurs, menuisiers s’affairent pour le grand jour : le couronnement de Bonaparte, qui va devenir Napoléon Ier Empereur des Français.

Le vaisseau de pierre, lui aussi tremble de froid. Sur sa façade on a construit des porches de bois, ornés des statues des 36 principales villes de France, toutes témoins du sacre. En bonne place, trônent celles de Clovis et de Charlemagne, fondateurs de la monarchie et de l’empire. A l’intérieur, on a tout prévu : des chaufferettes et des boissons chaudes seront distribuées aux invités qui seront éclairés par 24 lustres suspendus à la voute de l’édifice. Le trône a été placé sous un arc de triomphe soutenu par huit colonnes auquel on accède par un escalier de 24 marches. Des gradins longent la nef jusqu’au cœur et toute l’église est tendue de tissus de soie, de velours, de draps ornés d’armoiries de l’Empire, brodées d’or.

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Le carrosse du sacre de Napoléon 1er

 Depuis six heures du matin, les cloches des églises de la capitale sonnent à toutes volées. Il faut que les parisiens assistent à l’événement. A l’aube à peine naissante, les plus hauts gradés de l’armée et de la garde nationale se sont réunis place Dauphine pour se rendre à notre Dame. Un peu plus tard, ce sont les hauts fonctionnaires, les élus, les préfets, les magistrats, les membres de l’Institut qui se rendent à pied, depuis le Palais de justice, vers l’édifice. Au jour levant, c’est au tour du Sénat, du Conseil d’Etat, du corps législatif et de la Cour de Cassation de s’approcher de la cathédrale et prendre place sur les gradins. Pendant ce temps, Bonaparte fulmine. La veille, Joséphine, la future impératrice, avait demandé au Pape d’être entendue en confession soufflant à ce dernier que le couple vivait dans le pêché et qu’il conviendrait de régulariser la situation avant d’être sacrés. Pie VII, qui vient de signer un concordat ombrageux avec la France, tient une maigre vengeance et exige le mariage ce qui pousse le futur empereur à entrer dans une colère noire. Le héros du pont d’Arcole est piégé et doit se soumettre : c’est le cardinal Fesch, oncle du petit Corse qui va officier en toute hâte, en grand secret, et unir le couple. L’âme en paix, le sourire narquois, Pie VII va pouvoir gagner Notre Dame, acclamé par une foule en liesse.

Vers 10 heures, le cortège quitte enfin le palais des Tuileries, salué par des coups de canons. La foule est compacte. Le convoi, riche de 25 voitures tirées par 152 chevaux, escorté par six régiments de cavalerie, protégé par 80 000 hommes, à bien du mal à se frayer un chemin parmi les curieux. Enfin, une heure plus tard, le couple fait son entrée dans Notre Dame au son d’une nouvelle salve d’artillerie, Napoléon couvert d’un manteau long de 22 mètres et pesant 40 kilos. Le pape entonne le Veni Creator et procède à la cérémonie. Ce qui nous reste dans l’imagerie populaire de l’événement, c’est le tableau peint par Jacques-Louis David, une œuvre de 9.80 mètres de long sur 6.29 mètres de large où près de 200 personnages sont représentés.

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Illusion, Madame Mère n'était pas présente au sacre (détail)

C’est là que la légende prend le pas sur l’Histoire : Madame mère, Letizia Ramolino, que David a peint sur le tableau, n’était pas présente au sacre. Elle avait préféré rester en Italie pour soutenir Lucien dans une lutte fratricide qui l’opposait à Napoléon. On sait aussi qu’à aucun moment le pape bénit Napoléon comme le montre David : «Je ne l’ai pas fait venir de si loin pour qu’il ne fasse rien » dira l’Empereur en faisant rectifier le tableau à l’artiste.  Il garde au contraire les mains sur les genoux montrant par là une certaine indifférence. Et si le peintre n’a pas montré Napoléon se couronnant lui-même c’est qu’une contrainte technique l’en a empêché. Aux dire des uns ou sur la suggestion de son élève, François Gérard, aux dire des autres. Ce qui est certain, c’est que le tableau reflète une vérité toute relative quant aux fastes religieux de la cérémonie. La vérité historique révèle alors une toute autre image comme le précise Jean Tulard : «Aucun des grands participants n’est chrétien. Talleyrand est un évêque apostat, Fouché, est le déchristianisateur de la Nièvre et les hauts gradés de l’armée parlent du sacre comme une capucinade. Quant à Napoléon, il est athée. Du reste, David ne dépeint aucune ferveur parmi les grands du régime qui se tiennent affreusement mal… La clé du sacre, c’est, dans l’angle droit du tableau, le visage de Talleyrand qui sourit et qui ne prend pas au sérieux le spectacle ! ».

Pour une fois, c’est la fiction qui fait l’Histoire.

Gérard DAGUIN

Bonaparte et Bourrienne, copains d’école…

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Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne

Fauvelet de Bourrienne est né à Sens en 1769 (la même année que Napoléon Bonaparte) en l’hôtel particulier de la rue de l’Ecrivain qui porte son nom. Elève à l’école de Brienne le Château en même temps que Bonaparte, ils se lient d’amitié, une amitié qu’ils vont conserver jusqu’au début du XIX° siècle. Bonaparte quittera Brienne en 1785 et ils ne se reverront qu’en 1792. Bourrienne quittera l’école en 1787 pour se rendre en Autriche, en Allemagne, en Prusse et en Pologne avant de revenir à Paris en 1792. Il y retrouvera son copain d’études, Bonaparte. Inscrit sur la liste des émigrés par les révolutionnaires, arrêté puis relâché grâce à l’intervention du futur empereur, il reviendra quelques temps à Sens dans sa famille se mettre au vert. Rappelé par Bonaparte il rédigera le texte du traité de Campo-Formio le 18 octobre 1797 mettant fin, pour un temps, à la guerre franco-autrichienne. Pendant la campagne d’Egypte, il sera le secrétaire particulier du Général avant d’être celui du Premier Consul à Paris. Mais en 1802, Bonaparte décide de se séparer de son ami d’enfance pour des raisons financières et relationnelles. En 1804, Napoléon le nommera ministre plénipotentiaire à Hambourg. En 1813, il fut nommé directeur des Postes par le gouvernement provisoire et en 1814, Préfet de police. Il suivra Louis XVIII à Gand qui, à son retour en France, en fera un Ministre d’Etat. Elu député en 1815, il siégera à la Chambre jusqu’en 1837 avant de perdre la raison et de passer les deux dernières années de sa vie en Normandie où il mourra en 1834.

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Date de dernière mise à jour : 07/12/2012

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