Le Protestant Jean Langlois, périt par le feu, le 22 janvier 1547, à Sens

Tout près du marché aux balais, le marché aux fromages se tenait dans la partie de la rue Jossey, comprise entre la rue Maillard et la rue de Cugnières. C’est là que demeurait l’avocat Jean Langlois.

Dès 1545, les doctrines de Jean Calvin avaient séduit nombre de Sénonais. Beaucoup d’entre eux, suspects ou «coupables» croupissaient dans les prisons de la ville. Pour prévenir des sanctions qu’attendaient les dits hérétiques, le Parlement de Paris avait dépêché deux de ses membres, Jean Corbin et Jacques Leroux fin de lutter «contre tous ceux qui seroient entachez de la secte Luthérienne».

 Mais l’enquête des commissaires ne donna que peu de résultats : quelques uns, que leurs propos avaient compromis furent invités à l’avenir d’être plus discrets, d’autres, dénoncés par jalousie ou vengeance personnelle furent priés d’aller se faire voir ailleurs. Seul, un colporteur qui propageait la nouvelle foi par des brochures venues de Genève fut condamné au bannissement hors du royaume après avoir été fustigé, tête et pieds nus et en chemise, la corde au cou par tous les carrefours de la ville. On brûla les livres qu’on lui avait saisis, on placarda « aux poteaux des places publiques » le catalogue des livres censurés par la Faculté de théologie et les habitants «qui en seraient détenteurs furent invités à les déposer sans retard au greffe criminel du baillage».

 Pour ne pas avoir respecté cette prescription, il en coûta la vie à l’avocat Jean Langlois.

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Exécution par le feu au XVI ème siècle

Trouvé porteur d’une requête « Aux sainctz et fidelles Chrestiens », il fut condamné, par arrêt du Parlement du 22 janvier 1547, « a estre mené dedans ung tombereau depuis les prisons de Sens jusques au devant de l’église Saint-Etienne et lieu accoutumé à faire exécution, et illec estre soubzlevé a une potence à l’encontre de laquelle sera faict un grand feu, et en icelluy estre brûlé… Et est retenu in mente Curie, ajoutait l’arrêt, que si, ledict Langlois ne persévère és dictz blasphèmes et faict acte de bon chrestien, sera estranglé auparavant d’estre brûlé».

Si au contraire, il ne témoignait aucun repentir, on lui couperait la langue à partir des prisons de la ville. (1)

Charité bien ordonnée commençant par soi-même, ou par les siens, c’est son oncle, Gilles de Barville, chanoine de Sens et archidiacre de Melun, qui l’avait dénoncé comme hérétique et blasphémateur. L’ayant fait condamner au bûcher, il fournit lui-même le bois pour le brûler. (2)

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en ces temps là, la justice était expéditive et brutale.

 Portrait de François Damien

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A l’image de François Damiens, qui, deux siècles plus tard, condamné pour régicide à l’encontre de louis XV qu’il aurait voulu assassiner avec un canif, devra «faire amende honorable devant la principale porte de l'église de Paris », où il sera «mené et conduit dans un tombereau, nu, en chemise, tenant une torche de cire ardente du poids de deux livres », puis «dans le dit tombereau, à la place de Grève, et sur un échafaud qui y sera dressé, tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le dit parricide, brûlée au feu de soufre, et sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix résine brûlante, de la cire et souffre fondus et ensuite son corps tiré et démembré à quatre chevaux et ses membres et corps consumés au feu, réduits en cendres et ses cendres jetées au vent». (3)

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Pour son interrogatoire, Damiens avait été ligoté.

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Le supplice de Damiens (détail d’une gravure Foucault)

Au sortir de sa cellule, pour se rendre au lieu du supplice, Damiens aurait eu cette phrase laconique restée célèbre : « la journée sera rude ».

                                                                                                               Gérard DAGUIN

Documentation : Bibliothèque du Cerep, 5, rue Rigault Sens.

Note 1 : Histoire des rues et des maisons de Sens, Charles Porée.

Note 2 : Histoire de Calvinisme et de la Ligue dans l’Auxerrois, le Sénonais, A. Challe.

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Note 3 : Pièces originales et procédure du procès fait à François Damiens

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Jean Calvin et la Réforme en France

Calvin, de son vrai nom Jean Cauvin, est né le 10 juillet 1509 à Noyon en Picardie. Il est mort à Genève le 27 mai 1564 à l'âge de 54 ans. Calvin entra au collège de la Marche à Paris, puis il intégra le collège de Montaigu en tant qu'élève en philosophie. En 1525, il entra à l'université d'Orléans puis de Bourges pour y étudier le droit. En 1532, il y reçut sa licence et revint à Paris en octobre 1533. Il adhéra à un discours consacré à la nécessité d'une réforme et d'un renouveau de l'Église catholique, qui provoqua l’émoi de la Faculté. Menacé, il dû s’exiler à Genève.

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Portrait de Jean Calvin, anonyme du 18ème siècle

Le Pasteur Jean François Blancheton précise : «C’est de là que Calvin élabora une doctrine théologique protestante et une autre approche de la vie chrétienne. Bien qu’elle fût développée par plusieurs théologiens elle porte le nom du réformateur français en raison du rôle déterminant qu’il exerça dans les débats confessionnels et ecclésiastiques du XVIe siècle. L'influence internationale de Jean Calvin sur le développement des doctrines de la Réforme protestante débuta à l'âge de vingt-cinq ans, lorsqu'il entreprit la rédaction de son traité de théologie intitulé Institution de la religion chrétienne.

 Mais déjà de nombreux courants s’élevaient contre les déviances de l’Eglise de l’époque telles les indulgences ou son silence obscur sur les recherches nouvelles». Réprimés sous François Ier, Henri II et François II, les Huguenots formèrent, sous ce dernier avec d'autres partisans, la conjuration d'Amboise, qui échoua. Sous Charles IX, le colloque de Poissy, en 1561, leur faisait espérer un édit de tolérance, lorsque le massacre de Wassy donna le signal des guerres civiles. Vint la funeste nuit de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572. Mais ce massacre ne fit que soulever une nouvelle guerre, qui dura jusqu'à l'avènement d’Henri IV.

Le roi signa en 1598 l'Édit de Nantes, qui assurait la liberté de conscience aux Réformés. Louis XIV prononcera en 1685 la révocation de cet Edit ce qui suscitera plusieurs révoltes et déterminera à l'émigration d’un grand nombre de protestants. Sous Louis XVI, en 1787, ils obtinrent un nouvel édit de tolérance. La Révolution de 1789 leur assura une liberté complète.

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Date de dernière mise à jour : 26/01/2013

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