Victor Guichard, maire, député mais avant tout paysan

De Victor Guichard il reste le souvenir d’un homme dont on peut regretter qu’il ne fût pas plus écouté à Paris qu’à Jouancy malgré un bon sens paysan.

Si les femmes de la famille ont eu des choix déterminants dans le destin de la famille Guichard, les hommes ont, de leur côté, bien marqué leurs époques : l’un fut chanoine, l’autre révolutionnaire, un autre encore corsaire qui devint député, un quatrième, homme politique et agronome et un dernier qui participa à la construction du canal de Suez. L’histoire Sénonaise en a retenu un, celui qui marquera notre région, le politicien-agriculteur-agronome, Victor.

Son père, Guillaume, meurt à Auxerre en 1810, où il dirigeait la recette générale de l’Yonne. Il laisse une veuve, Henriette et un autre fils, Ulysse. Victor, n’a que 7 ans. Il fait de sages études dans l’Yonne puis « monte à Paris » où il entreprend des études de droit tout en s’engageant dans le combat politique, luttant «contre ce gouvernement de restauration imposé par l’étranger.»(1) Sa licence en poche, il devient avocat stagiaire en 1823 et achète un domaine à Soucy se rapprochant ainsi de sa mère venue s’installer à Jouancy en 1818. Sa semi retraite campagnarde ne va pas l’empêcher de publier Consultation, ni jésuitique, ni féodale, ni gallicane en 1826 et l’année suivante le Manuel du juré avant d’épouser à Paris Julie Dubochet qui lui donnera un fils, Jules, qui verra le jour à Jouancy. En 1830, Paris s’échauffe et d’après un de ses amis, Félix Guérin, « Victor est l’un des premiers qui protestent contre la loi des ordonnances, puis défend le fusil à la main les conquêtes des droits de l’homme et de la liberté ». (1) Mais Victor acceptera de devenir le maire désigné de Soucy sous Louis Philippe ! Là, naitra sa fille Suzanne en 1831.

Buste de Victor Guichard, plâtre Musées de Sens

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Ami de la famille, Bartholdi a réalisé un buste de Victor Guichard. Ce plâtre (ci-dessus) a servi à réaliser le buste en bronze,

veillant sur la salle du conseil municipal de Soucy depuis plus d’un siècle et demi,

le bronze de l’ancien maire peut se vanter d’avoir offert à la petite commune sénonaise la signature d’un artiste de renom.

http://www.yonnemag.com/pagespeciale/bartholdi/index2.htm

Candidat de l’opposition à la Chambre des députés, il échoue en juin 1834, en juillet 1842 et en août 1846, battu chaque fois par Julien Marin Vuitry, maire de Sens. Enfin, en 1839 il est élu conseiller de l’arrondissement de Sens et assure le secrétariat de la commission de Sens du Comice agricole et est membre du conseil d’arrondissement du conseil supérieur d’instruction primaire. L’année suivante, il est admis à la loge maçonnique  de Sens "la Concorde". Battu une fois de plus en 1842, il continue à défendre avec ardeur la commune de Soucy et son hameau de Jouancy ce qui lui permettra d’être réélu l’année suivante. Pendant l’hiver de 1846, il lutte avec ses moyens contre la disette qui sévit en opposant aux spéculateurs l’exemple du plus grand désintéressement : «Il vendait son grain non seulement en dessous des cours établis mais à des prix mêmes qui ne lui laisse comme bénéfice que la satisfaction d’avoir accompli un acte d’humanité envers des malheureux en proie à la plus affreuse des souffrances, la faim… ». (1)

Si la révolution de 1848 voit la chute du roi Louis-Philippe, elle porte au pinacle Victor Guichard ; le cultivateur empreint de politique et de techniques nouvelles est  à la tête de la Mairie de Sens en février et en avril à l’Assemblée constituante. Les élections présidentielles se profilent et Louis-Napoléon Bonaparte s’y présente. «L’étrange Monsieur Victor» va prendre fait et cause pour l’opposition en la personne de Louis Eugène Cavaignac qui sera battu. A  son tour, l’année suivante, Guichard ne sera pas réélu à l’Assemblée, mais deviendra vice-président du Conseil général de l’Yonne où il fera voter en 1850 la création d’un bureau d’admission des enfants trouvés, obtiendra des crédits pour les bibliothèques communales et pour passer de 2 à 4 le nombre d’élèves sages femmes… Cette année là, Suzanne épousera Frédéric Arnaud de l’Ariège. En 1851 à Soucy, il créera l’Assurance mutuelle des vaches… Prémonitoire du coup d’état du 2 décembre 1851 ? En tout cas, lui, sa fille et son gendre seront pour quelques mois «exilés» avant qu’il puisse reprendre en mai ses chers travaux agricoles, de démissionner du Conseil général de l’Yonne et de  juger inutile de se présenter aux législatives.

Le choc provoqué par le décès de sa mère en janvier 1856, le détourne momentanément de la politique. A part une légère incartade (il se présentera aux législatives de 1857 mais sera une fois encore battu), il travaille et innove dans le monde agricole se contentant, pour le public,  de présider quelques distributions de prix. Néanmoins, il continue d’écrire et publie quelques ouvrages pendant que Julie s’adonne à la peinture. En 1858, c’est l’attentat de Felice Orsini contre Napoléon III. Victor est menacé de la «transportation». Pendant les années suivantes, il va uniquement se consacrer à l’exploitation de ses propriétés agricoles. Il ne délaisse pas pour autant l’écriture et publie, en 1859, Ce qu’on laisse perdre en agriculture. Deux années plus tard, c’est son fils Jules qui est à l’honneur : Ferdinand de Lesseps, occupé aux travaux du canal de Suez, le charge de mettre en valeur le domaine de l’Ouaddy situé le long du canal. Ce fut le point de départ de la fertilisation de l’isthme. Puis il le chargea d’organiser le service du transit et de la navigation de la Compagnie de Suez. (2) L’année 68 (déjà) verra se développer dans l’Yonne un mouvement d’opinion en faveur de l’instruction des masses. On s’en doute, l’ami Victor ne peut résister à l’appel et préside, à Auxerre, une réunion publique en ce but. (3) Il va publier l’année suivante La liberté de penser, fin du pouvoir spirituel, dans lequel il écrit : «Aux yeux de la raison il n’y a jamais eu de pouvoir spirituel ; aux yeux de la loi, il n’y en a plus depuis le 14 juillet 1789». Vient la guerre de 1870. Victor Guichard quitte sa province et rejoint son fils Jules et son gendre Frédéric à Paris. En 1871, il redevient député et assiste à la révolte de la Commune de Paris à propos de laquelle il écrit : «La Commune de Paris ? 40 à 50 000 socialistes, aventuriers, éventreurs, fanatiques… ».

Julie quitte ce monde en 1872 à Paris, mais sera inhumée au cimetière de Soucy. L’avocat qu’il est toujours publie l’année suivante Conférences démocratiques sur le code civil, préconise à la Chambre l’impôt sur le revenu, vote pour la Paix et l’amendement qui  assoira véritablement la III ème République. 1874 le verra revenir aux affaires à Soucy où sa générosité deviendra légendaire. Il  sera réélu député en 1876, année où pour la première fois les conseillers municipaux élisent leur maire. L’assemblée sera dissoute mais il sera brillamment réélu en octobre 1877. Cette même année, l’oncle de Julie décède laissant une colossale fortune aux enfants de sa nièce, Suzanne Arnaud et Jules Guichard. La vie de la famille va se trouver heureusement bouleversée ce qui va permettre aux Guichard de multiplier les bonnes œuvres.

En ce 11 novembre 1884, Victor Guichard est toujours député. Député et désormais doyen de la Chambre. Il se lève de bonne heure, comme à l’ordinaire, travaille jusqu’à 10 heures et déjeune avec sa fille. Puis il prend sa grosse canne et se rend à pied à la Chambre.Vers 11 heures, il s’installe à son bureau et se met à feuilleter sa correspondance. Tout à coup, il a un brusque mouvement, se renverse sur le dossier de son fauteuil et  pousse un petit hoquet. Il est mort. On le porte immédiatement au bureau des médecins qui ne font que constater son décès. (1). A 14 heures, Mr Bisson, Président, ouvre la séance et annonce sa disparition : «La Chambre comprendra sous le coup de quelle émotion profonde son Bureau lui propose de ne pas tenir séance aujourd’hui… La Chambre entière pleurera Victor Guichard… Notre Doyen était encore hier assis à son banc… ». (3) Décidément, Mr de La Palisse ne mourra jamais…. Après un dernier voyage en train et une longue marche, Victor Guichard sera inhumé au cimetière de Soucy. Bien qu’il ait vécu en homme de bien, que sa générosité et que son sens civique ait été largement offert à tous, qu’il ait tant donné de sa personne pour secourir les plus humbles et pour développer le monde agricole, La Semaine Rligieuse écrira dans ses colonnes : «Le député de l’Yonne était connu comme un franc ennemi de la religion catholique… Plaignons le pauvre M. Guichard : il a paru devant la justice de Dieu… »

On ne voit pas ce qu’Il a pu lui reprocher….

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens.1, Georges Maire, Voyage parmi six générations de Guichard dans le Sénonais. 2, Jacques Gyssels, Une sépulture égyptienne au cimetière de Sens. 3, M.C. Moiset, M. Victor Guichard.

Sépulture Egyptienne du fils: Jules Guichard, cimetière de Sens

GUICHARD (JULES), né le 10 décembre 1827 à Jouancy, commune de Soucy (Yonne), décédé le 17 juillet 1896 à Forges. 

Sénateur de l'Yonne de 1885 à 1896

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Date de dernière mise à jour : 08/07/2012

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