Sens, la cité médiévale du IVe au Xe siècle, Métropole renommée

Qu’en était-il de Sens au Moyen-âge ?

Sens fut autrefois un lieu d’échange et de production qui jouissait d’une réelle renommée. La diversité de ses activités industrielles et commerciales dépassait largement les limites de son territoire.

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Plan de la ville au moyen âge, par Denis Cailleaux.

La réalité économique de notre région, entre les XII et XIVe  siècles  se concrétise par un certain nombre d’éléments au premier rang desquels figure le travail de la terre. On trouve un peu de tout, céréales, fruits et légumes, mais aussi de la vigne et de nombreux élevages, en particulier de porcs et de brebis. L’exploitation des forêts environnantes étaient également source de richesses, le bois, matériaux indispensable de l’époque, servant autant à la construction ou à l’artisanat qu’à l’industrie sous forme de charbon de bois. Le sous-sol, riche en minerai de fer, fut à l’origine d’une sidérurgie locale qui alimentait en métal les marchés urbains. En revanche, point de carrières de pierre, ce qui obligera nos bâtisseurs de cathédrales à se fournir loin d’ici, dans l’Oise. Un autre atout économique, et pas des moindres, est la situation géographique. On le sait, la ville se situe au carrefour des voies de communications allant d’Est en Ouest et du Nord au Sud : carrefour routier d’une part, mais aussi cité étape pour les voyageurs.  Enfin, sa position privilégiée près d’une voie navigable, l’Yonne, lui donne un avantage considérable pour exporter les produits régionaux vers la capitale.

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Bas relief du mariage de St Louis, anciennement dans le jubé de la cathédrale. (Photo JP Elie, Musées de Sens)

Au Moyen-âge, la cité sénonaise était une importante métropole religieuse. Outre la cathédrale et son Chapitre, la ville comptait en son sein cinq abbayes (Saint-Pierre le Vif, Saint-Jean, Saint-Rémy, Sainte-Colombes et Sainte-Marie-de-la-Porte), plusieurs monastères (les Dominicains, les Franciscains, les Célestins et le prieuré du Charnier), trois Hôtel-Dieu (Le Grand et le Petit Hôtel Dieu, et l’Hôtel-Dieu Saint-Antoine), tous noyés dans treize paroisses. La ville était également un centre judiciaire qui abritait la justice d’Eglise, l’Officialité, la justice séculière, le Bailliage, ainsi que le bailliage du chapitre de la cathédrale et la prévôté royale. Une importante légion de juristes qui drainait vers la cité une population nombreuse venue aux assises, aux événements religieux ou aux foires, population qu’il fallait bien nourrir et loger. Outre ces âmes rurales qui «venaient à la ville» pour ces grandes occasions, la cité hébergeait en ses murs une dizaine de millier d’habitants. Mais la Sens médiévale jouissait d’un large rayonnement économique déterminé par le conduit qui était une protection ou sauvegarde accordée par le Seigneur aux marchands traversant son domaine. On peut s’en douter, les routes étaient peu sûres : en 1074, le pape Grégoire VII avait demandé par courrier à l’archevêque de Sens de condamner la conduite du roi Philippe I er qui avait donné l’ordre de détrousser des marchands italiens. En 1148, le fils du vicomte de Sens, avait interdit le passage à des changeurs venus de Vézelay et l’année suivante, des négociants furent pillés par le sire de Courtenay. En 1268, Louis IX étendit cette sauvegarde royale à un territoire situé à l’intérieur d’une région bornée par Les sept châteaux : Montereau, Marolles, Bray, Traigniau (Trainel), Villemor, Joigny et Courtenay, villes qui formaient la frontière de l’ancien comté de Sens.

A cette époque, on comptait deux marchés situés à la périphérie de la cité, à l’abbaye de Sainte Colombes et à la maladrerie du Popelin, tandis que hors des murailles, le bourg Saint-Pierre (près de l’abbaye de Saint-Pierre-le-Vif) et le faubourg d’Yonne résonnaient d’une grande activité commerciale. Le cinquième centre économique était la cité intra-muros elle-même. Trois fois l’an, la proche banlieue connaissait un regain d’activité avec les foires : la foire de St Loup, en octobre, qui se déroulait dans la cour du monastère de Ste Colombe, celle près de la chapelle de St Thibaut, en janvier, et à la maladrerie du Popelin, en mai. Une autre, dont le lieu de réunion n’est pas situé était celle des Cendres, le mercredi des cendres, et enfin la Foire des Pardons, en mars, dans la cour de l’abbaye de St Pierre-le-vif.

Au Moyen-âge, le voyageur qui arrive par l’est de la ville traverse tout d’abord le bourg St Pierre, un ilot de peuplement né à proximité d’un centre religieux, l’abbaye de St pierre-le-Vif. Son développement fut certainement favorisé par les abbés en réaction contre la Commune. Ils furent les premiers opposants à la chartre communale et en 1147, les moines en obtinrent la suppression. Rétablie en 1189, elle provoqua de nouveaux heurts, les abbés allant même jusqu’à excommunier le maire et les jurés. Un statut juridique particulier s’appliquait à ces Bourgeois de Saint-Pierre qui formaient une communauté indépendante de la cité, jouissant d’un quartier commercial autonome : pâtissiers, tisserands, cordonniers, boulangers, tailleurs, tonneliers relevaient de maîtrises différentes de celles de la ville. Les bouchers disposaient même de leur propre halle attenante à la place du monastère. Ces commerces étaient en lieu de franchise. Une croix, dite La croix des bouchers marquait la séparation entre la ville et le bourg. Elle est toujours visible au  89 de la rue d’Alsace-Lorraine.

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Monastère de Ste Colombe, gravure du Monasticon gallicanum.

Incontinent, après avoir franchi la porte Notre Dame, emprunté la rue de la Parcheminerie (le haut de la rue Thénard), et contourné l’enclos de la cathédrale, (peut-être par l’actuelle rue des Trois Croissants) notre voyageur se dirige vers le centre de la cité où est concentrée l’activité économique. Comme toutes les villes médiévales, Sens est divisée en différents quartiers spécialisés, réservés soit aux marchés, soit aux artisans de mêmes métiers, soit à des industries. Le commerce se déroule sous des halles, sur des places réservées aux marchés, ou encore au domicile de l’artisan, obligé de travailler à la vue du public afin de permettre le contrôle de la qualité des produits et de la législation en vigueur à l’époque.

Il y a encore deux places de foires : celle du Vieux-marché, en dehors des murailles nord et le Marcheau, à l’extérieur des murailles sud. Le jour du marché est fixé au samedi de chaque semaine (d’où le nom de la Place du samedi, désormais Victor Hugo). Il existe deux places de marchés dans la ville : la place de l’Hôtel-Dieu (la place St-Etienne) face à la cathédrale et la place du marché au blé, partie sud de la place du Samedi, la partie nord étant réservée à la boucherie. Coup de chance pour notre curieux, nous sommes samedi, jour de marchés. Une animation particulière règne en ces lieux qui ne sont pas pour autant désertés les autres jours : des commerces permanents s’y tiennent sous des halles ou des échoppes. Sur la place St-Etienne, bordée par la cathédrale et l’Hôtel-Dieu (où s’élève l’actuel marché couvert), se trouve une halle aux pains dont on connait l’existence dès 1228. Au début du XIVè siècle, il y a, à Sens, deux halles aux pains, l’ancienne et la nouvelle peut-être située rue de la République autrefois appelée La Gatellerie. Non loin de la place de la cathédrale, se trouve  un marché aux viandes, dit la Vieille boucherie que Tarbé situe derrière l’Hôtel-Dieu, du côté de l’actuelle rue du Plat d’étain alors Rue de la Vieille boucherie. Un quartier commercial que confirme une rue disparue, entre la rue des Bourses et la rue du Plat d’étain, La rue du Marché-Dieu et l’espace situé devant le Palais Synodal, dit de la Rôtisserie.  (A suivre).

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens. Source : Denis Cailleaux, Notes sur le commerce et l’industrie à Sens au Moyen-âge.

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Date de dernière mise à jour : 07/10/2012

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