Le général Duchesne, 1895 un sénonais à Madagascar

Le général Duchesne, un sénonais à Madagascar

Pour amener la souveraine Ranavalo III à respecter un protectorat qui ne dit pas son nom, un corps expéditionnaire français, sous le commandement du général Duchesne, débarque sur l’île de Madagascar en 1895.     

duchesnesaa-bis-1.jpgLe Général Duchesne, Grand croix de la Légion d’Honneur.

«Je n’ai pas qualité pour retracer devant vous les étapes glorieuse d’une vie mouvementée, à travers les champs de bataille d’Italie, d’Alsace et lorraine, du Tonkin, du sud-Oranais, de Madagascar, enfin où s’épanouissent, dans tout l’éclat d’une vie féconde et décisive, les rares qualités d’énergie, de prévoyance et courage de notre éminent compatriote, le Général Duchesne. (1). Qui était donc ce Général Duchesne qui ne nous a laissé qu’un nom de rue et un chapeau ? Pas le sien, mais celui de l’Empereur ! Jacques Charles René Achille Duchesne est né le 3 mars 1837 à Sens, à midi, selon le registre de la mairie, au 8 rue Royale, aujourd’hui le 89 de la rue de la République. C’est là que demeuraient les grands-parents maternels du futur Général, les Sergent. Ses parents, eux, habitaient Egriselles-le-Boccage où son père, Achille Duchesne exerçait en tant que notaire. C’est en ce village qu’il fut porté sur les fonds baptismaux par l’abbé Croquet, desservant d’Egriselles et de Cornant et qu’il passa sa prime jeunesse jusqu’au moment où son père vint s’établir à Sens. (Voir encadré).  En ville, son premier maître de pension fut, en 1842, le professeur Trichet : «J’ai toujours gardé le meilleur souvenir de cet excellent homme», écrira t-il en septembre 1902. Il entra au collège de Sens en 1846, en classe de 8ème pour en ressortir en 1854 avec, en poche, un diplôme de bachelier es sciences. Bon élève et bon camarade, il gardera toujours de bonnes relations avec son ancien collège, assistant très souvent aux banquets de l’Association des Anciens Elèves, taquinant parfois la muse lors de ces réunions : «Désaltéré huit ans d’abondance classique, /Je connais peu le vin, excepté le massique, /Délicieux nectar, par Horace vanté, /Dont j’eusse aimé vider un verre à sa santé». Militaire, mais néanmoins poète….

La carrière des armes lui tendant les bras, il intègre St Cyr en 1855 et en sort deux ans plus tard comme sous lieutenant. Il est affecté à Lyon sous les ordres du Général Gémeau avant de prendre part, en 1859, à la guerre d’Italie. Engagé à la bataille de Solférino, il en reviendra blessé. Il sera fait chevalier de la Légion d’Honneur à 22 ans. Nommé capitaine en 1864, il connaitra la capitulation de 1870 et sera fait prisonnier. A son retour de captivité, il sera envoyé en Algérie. Chef de bataillon au 2ème Zouaves, il sera lieutenant-colonel de la Légion étrangère, participera aux combats du sud-oranais avant de commander les troupes de débarquement à Formose. Rentré en France, il commande le 110ème régiment d’Infanterie, sera élevé au grade de général de brigade, puis général de division à Bourges et à Belfort. En 1895, le Journal Officiel publie la nomination du général Duchesne comme commandant en chef du corps expéditionnaire à Madagascar. A la tête de ses troupes, il vaincra une rébellion naissante, obtenant même la soumission de la reine Ranavalo (Voir encadré). A son retour, en 1896, il est nommé à Orléans où il prend le commandement du 5ème Corps d’armée. Pour sa visite à Sens, le 7 mars de cette même année, l’Avenir de l’Yonne écrit : C’est qu’aujourd’hui, les Sénonais s’apprêtaient à recevoir un ami, un des plus glorieux enfants du pays, le vainqueur de Formose et de Tananarive, le Général Duchesne. A deux heures précises, heure militaire, la voiture dans laquelle se trouvait le Général, avec Mr Cornet, maire de Sens, Mr Buisson, sous préfet et Mr Perrot, son parent, pénétrait dans la cour de l’Hôtel de Ville. Les clairons sonnent aux champs et la musique exécute la Marseillaise. Le Général prend place au fauteuil qui lui est réservé entre le Maire de Sens et Mr Guichard, Sénateur. Dans la salle, décorée avec un goût exquis, sont réunis les corps constitués, les membres du tribunal civil et du tribunal de commerce, le Conseil Municipal, les membres de l’Université et de l’enseignement primaire, les fonctionnaires d’Etat et de la ville, les Dames de France, les dames de Charité, les officiers de la garnison etc… ». Le 14 mars, la Semaine Religieuse n’est pas en reste : La ville de Sens était samedi dernier toute à l’allégresse. Il lui était donné de saluer l’heureux retour du vaillant soldat, du fils triomphant dont elle est justement fière. Nous ne saurions parler de la cérémonie qui eut lieu, paraît-il dans les salons de la Mairie, à l’occasion de la remise de la plaque de Grand Officier de la Légion d’Honneur, enrichie de diamants, offerte au Général par ses amis… ».

paquebot-gal-duchesne.jpgLe Général Duchesne : Il fut lancé le 19 mai 1902 par les chantiers Vulcan en Allemagne. Il sera attribué à la France à titre de réparations le 20 juillet 1922 et sera vendu pour démolition en 1932.


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 Ah, mais ! (l’Union de l’Yonne, 11mai 1918)

Il va s’éteindre le 2 avril 1918 au château de Pennery, près de Courtenay. Son corps a reposé longtemps sous une simple croix de bois avant d’être exhumé et transporté au cimetière de Versailles. Avant de quitter ce bas monde, il aura offert aux Musées de Sens le chapeau que l’Empereur portait à Waterloo. Il lui avait été remis par Madame Dupuis, née Putois, dont la tante, Clémentine avait épousé Roger Duchesne, oncle du Général. Madame Dupuis était la petite fille de Delaunay, chapelier de Napoléon. Au retour de la défaite, l’Empereur avait laissé son illustre couvre chef  au commerçant afin qu’il puisse le nettoyer. Mais… Un dernier hommage : la ville donnera son nom à la rue de la Charronnerie en octobre 1918.

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens. 1, Eloge funèbre du Gal Duchesne par Joseph Perrin le 6 mai 1918.

La marche sur Tananarive

Le général Duchesne, commandant en chef du corps expéditionnaire, débarque le 6 mai 1895 à Mojanga où il établit son quartier général. Il en repart le 29 se dirigeant vers Suberbieville où il établi son camp. La première brigade occupe Mevatanane et Suberbieville le 9 juin. Le général Duchesne réunit à Suberbieville des troupes, des vivres et du matériel en nombre et quantité suffisants pour s’assurer qu’il ne manquera de rien lorsqu'il reprendra sa marche sur Tananarive. Le 29 juin, le poste avancé  français de Tsarasaotra est attaqué par plusieurs milliers de Merina. Après avoir solidement organisé sa base de ravitaillement à Marololo-Suberbieville, le corps expéditionnaire reprend sa marche le 14 juillet. Pendant que le génie militaire confectionne une route entre Tsarasaotra et Ampasiry, le général Metzinger a envoyé une forte avant-garde à Anjiajia pour protéger les travailleurs. La nécessité de faire une route à travers un pays accidenté a retardé l’avance des troupes. Le général Duchesne décide d'arrêter là le travail de construction de la route carrossable et de poursuivre les opérations contre Tananarive avec une colonne légère dotée d'effectifs et de moyens de transports réduits. Le 19 le passage des monts Ambohimena est libéré. Le 30 septembre, après une action brillante, le général Duchesne entre à la tête d’une colonne volante dans Tananarive que les Merina ont vainement tenté de défendre. Le lendemain, la reine Ranavalo signera avec lui un traité mettant fin à la guerre, établissant ainsi un protectorat français sur toute l'île.

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Date de dernière mise à jour : 07/10/2012

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