Première Guerre judéo-romaine, la Diaspora Juive

L’incessant aller retour des Juifs Sénonais

La Première Guerre judéo-romaine qui s'est déroulée entre 66 et 73, parfois appelée la Grande Révolte fut la première des révoltes des Juifs de la province de Judée contre l'Empire romain. Elle va en engendrer d’autres qui vont mener à la Diaspora.

Cette première guerre, la Guerre des Juifs, a été relatée Flavius Josèphe, commandant militaire de Galilée qui se placera au service de l’Empereur Vespasien. Cette campagne  s’achèvera en 70 lorsque les légions romaines de Titus assiégèrent, pillèrent et détruisirent Jérusalem ainsi que le Temple d'Hérode. En 132, outré par la décision de l'empereur Hadrien de faire construire un temple dédié à Jupiter sur l'emplacement du Temple de Jérusalem, Bar Kokhba, un patriote juif, mène un ultime soulèvement contre les Romains et parvient à rétablir l'indépendance de la province de Judée. Sa révolte va marquer la seconde insurrection des juifs contre l'Empire romain. L'expulsion des Juifs et les dures conditions qui leur furent imposées à la suite de la révolte marquèrent la fin de la relation qu’ils entretenaient avec les autochtones depuis plus d'un millénaire et avec la terre de leurs ancêtres. Les combats et surtout la victoire romaine entraînèrent des déplacements de populations. De nombreux juifs furent faits prisonniers et réduits en esclavage. D’autres rejoignirent Rome où César leur avait octroyé une charte de liberté, confirmée par Auguste, tandis que d’autres encore, s’installèrent dans tous les pays bordant la Méditerranée.  En France on les rencontre dans les vallées du Rhône, de la Garonne, de la Saône, le long des voies commerciales et des routes menant vers le Nord.

siege6.jpg Flavius Josèphe Guerre des Juifs - livre VI

Siège de Jérusalem par  Titus Incendie du temple

Source http://remacle.org/bloodwolf/textes/siege6.htm

Clovis va être baptisé à Reims par l’évêque Rémi en 496. C’est du moins la date arrêtée. Roi des Francs, il est désormais protecteur de l’Eglise et veut unifier à ce titre, les chrétiens de toutes origines. Mais les Juifs ? Si ils partagent le même Dieu, ils restent fidèles et proches du texte de la Torah, perçoivent en Jésus un homme comme les autres, un penseur et un croyant, mais sans plus. «Ecce homo !». Entre autre, ils gardent leurs ancestrales pratiques religieuses et, à l’époque, un statut et des privilèges hérités du droit romain. Après tout, depuis 212, ils ont la citoyenneté romaine… Ce que, bien évidemment, l’Eglise ne peut accepter… Et de les rendre responsables d’une certaine perméabilité aux hérésies !

462px-antonello-da-messina-004.jpg

Ecce Homo d'Antonello da Messina,(1430-1479 ) peintre italien de la Renaissance

Ecce Homo est une expression latine signifiant « Voici l'homme ». C'est l'expression utilisée par Ponce Pilate dans la traduction de la Vulgate de l'évangile de Jean (19:5) lorsqu'il présente Jésus à la foule, battu et couronné d'épines, avant la Crucifixion


En 506, au concile d’Agde, il sera fait aux chrétiens « interdiction de partager le repas avec des Juifs». Les tentatives de conversions forcées à partir des années 560 vont forcer ceux du Nord à redescendre vers le Sud. Le Pape Grégoire le Grand condamnera ces conversions mais encouragera celles obtenues par l’offre d’avantages matériels.

En 629, Dagobert Ier les expulsa. Au IXème siècle, Charlemagne leur redonna les droits dont ils jouissaient sous l’empire romain et de nouvelles communautés, venant d’Espagne, vont s’établir dans la vallée du Rhône et remonter peu à peu vers le Nord et  l’Est. C’est au cours de ce siècle que certains, installés d’abord à Chalons, arrivent à Sens. Commencèrent alors pour eux des activités de prêts d’argent, l’Eglise interdisant ce «sale métier» à ses ouailles. Cette décision va leur valoir, au fils des temps, une réputation d’usuriers responsables de toute la misère du monde…  Des temps où, l’Eglise bornée dans ses Ecritures, massacrera les Cathares et les protestants, organisera l’Inquisition, se taira sur les scandales de la famille Borgia, reniera les théories de Galilée et s’enrichira de forêts, de bâtis et de terres. Mais pour les Juifs, la possession de terres restera interdite.  Pourtant, dans certaines provinces, ils pourront être vignerons, tel, Rabbi Shlomo ben Itzhak HaTzarfati  en Champagne, plus connu sous les noms de Rachi, Rabbi Salomo ou Salomon de Troyes qui fut l’une des principales autorités rabbiniques du Moyen Âge.

Ainsi, les Juifs contribueront, avec  les moines, à l'extension du vignoble français pour obtenir le vin nécessaire aux cultes. Avant la fin du IX èmè siècle, l’Eglise va devenir de plus en plus hostile à l’endroit des Juifs. Ayant développé nombre de commerces avec l’étranger, ils obtiennent de nouveaux privilèges, entre autres, celui d’être exonérés de toutes redevances, en opposition aux fiefs et censives dues à l’Eglise. En 876, Anségise, archevêque de Sens, les expulse de la ville pour faire suite à une décision prise au Concile de Pontyon (Châlons-sur-Marne) les accusant d’être d’intelligence avec l’envahisseur Normand. Dans tout le domaine Royal ils seront mis à l’index, traités d’ennemis du genre humain, soupçonnés par l’entremise du médecin juif Sédécias, d’avoir empoisonné le roi Charles le Chauve et d’être, avec les Sarrasins d’Espagne, responsables de la destruction du Saint-Sépulcre.

Ainsi, pendant quelques siècles, Sens ne comptera plus de Juifs parmi ses habitants. Vint l’ère des croisades. La première, sous l’égide du pape Urbain II est prêchée en France par Pierre Lermite. Mais pourquoi aller chercher si loin ce que l’on a à portée d’épée ? Ces juifs installés sur le sol du Roi ne sont-ils pas avant tout les assassins du Christ, des ennemis de Dieu ? En vérité, ils sont aussi ceux qui ont prêté de l’argent aux «preux chevaliers» pour aller délivrer la Terre Sainte. Et sans créanciers, plus de dettes… De nombreuses communautés vont alors disparaitre. Sous le fil du glaive. Lors de la deuxième, la persécution prendra une autre forme : ils devront participer financièrement à l’expédition guerrière des Chrétiens ce qu’écrira Pierre de Cluny à louis VII : «Il faut les laisser en vie, mais les humilier, les avilir, leur ôter tous les biens qu’ils n’ont pu acquérir que par le vol et la fraude». Vers le milieu du XIIème siècle, Sens va pourtant, avec l’autorisation du Roi, retrouver sa communauté. Elle va s’établir au cœur de la cité dans un quartier délimité par une partie de la Grande rue, des rues de la Grande et de la Petite Juiverie et de la rue de la Synagogue (ex rue Brulée, ex rue du Grenier à sel, devenue la rue Nonat Fillemin). Au milieu de cette rue, s’élevait une tour que beaucoup nommaient «La Tour de la Synagogue» qui n’était en fait que la tour d’une ancienne maison fortifiée.   (1)

En 1180, Philippe Auguste devient roi de France. Il n’a que quinze ans et reste imprégné de l’héritage moral qui bruissait du temps de son père sur les pratiques des juifs: tortures, crimes rituels, profanations d’hosties… Convaincu de la véracité de ces dires, il fit, une fois encore en 1181, jeter les Juifs hors de France. Enfin de «sa» France car à l’époque, l’Alsace, la Champagne, la Bourgogne, la Provence, la Normandie et le Languedoc ne sont pas directement sous son autorité. En 1198, motivé par des soucis économiques, il va les faire revenir. Mais dans une lettre du 15 juillet 1205, adressée par le pape Innocent III à l’archevêque de Sens, Sa Sainteté fait état d’actes abominables commis par des juifs avec les nourrices chrétiennes qu’ils emploient pour leurs enfants : «Quand celles-ci ont pris le «corps du Christ» et ont donc consommé la sainte hostie, les Juifs font rejeter, par leurs enfants, leur lait (des nourrices) pendant trois jours». Cette même année, il va encore écrire au Roi pour se plaindre que «les Juifs de Sens avaient bâti une synagogue neuve, plus haute que l’église voisine (Ste Colombe-du-Carrouge) et qu’ils y priaient à si haute voix que le service de l’église en était troublé…». C’est donc dans un climat d’anti-judaïsme que Louis IX accède au trône. Une fois de plus, «le Juif» va être mis à l’index : port d’un vêtement distinctif, de la rouelle (morceau d’étoffe portant une roue, symbole des 30 deniers de Juda), disputation du Talmud, autodafé des livres hébraïques, interdiction de propager la culture juive, création des ghettos. Enfin, en 1306, Philippe le Bel les chasse du domaine royal. Les juifs de Sens, qui est à l’époque la ville la plus méridionale du royaume,  n’échappent pas à l’exil forcé. Pour autant, saint Louis n’oublie pas de confisquer leurs biens…

Louis X le Hutin leur offrira, en 1315, une possibilité de retour provisoire valable pour 12 ans. Leurs cimetières et synagogues leurs seront rendus contre monnaies sonnantes et trébuchantes. Huit ans plus tard, ils seront de nouveau chassés. Lors de la grande peste noire, en 1347, ils seront accusés d’avoir empoisonné les points d’eau pour propager le fléau. Cette fois, beaucoup seront mis à mort. Autorisés à revenir par Charles V en 1374, ils seront définitivement expulsés en 1395 par Charles VI le Fol.

charles-vi-le-fol.png

Charles VI le Fou (1380-1422)

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens. Recherches historiques: Paul Charbit, Histoire des Juifs en France et à Sens au Moyen-âge. 1, Histoire des rues et des maisons de Sens, Charles Porée.


Suite, de l'histoire de la Communauté Juive de Sens,

cliquez sur:

 http://www.histoire-sens-senonais-yonne.com/pages/gerard-daguin-chroniques-historiques/des-lieux-et-des-hommes-la-communaute-juive-de-sens/


Retour Haut de Page

 

Date de dernière mise à jour : 26/10/2013

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×