La Communauté Juive de Sens, histoire

L’école sénonaise des Tossafistes

Les Juifs ashkénazes seraient originaires de Judée, dont ils auraient été exilés vers l'Europe à partir du Ier siècle. Ils tirent leurs coutumes du Talmud de Jérusalem et leur liturgie des sages de Tibériade, contrairement aux Juifs Séfarades descendants des exilés de Babylone, qui eux, resteront dans les pays méditerranéens en suivant la liturgie et le Talmud de Babylone.

Au moyen-âge, les pôles d’habitat sont disséminés à l’intérieur des remparts avec un centre religieux, le quartier cathédral. Dans l’un de ceux-ci, se regroupent les juifs de la cité, blottis entre les rues de la Grande Juiverie, (la Judearia, le vicus Judeorum, la rue aux Juifs qui se serait également appelée rue Blanchard le Teigneux), la rue de la Petite Juiverie, et le long de la rue de la Synagogue (la rue Nonat Fillemin). Un quartier communautaire qui peut vivre en pleine harmonie, avec sa boucherie, son moulin, son four, son école et son centre de soins. Seuls, et à des époques différentes, ses deux cimetières sont éloignés : l’un à l’emplacement de la place du Tau, l’autre sur le site du collège Mallarmé, rue Thénard.

A la tête de la communauté est nommé un chef spirituel, le plus souvent un rabbin qui occupe également la fonction  de juge en matière religieuse, mais aussi dans le droit matrimonial et dans le droit des personnes. Si jusqu’au XIII ème  siècle, les juifs ne sont pas consignés dans un ghetto, l’Eglise, par décisions de conciles successifs, leur interdit toutefois l’accès aux fonctions publiques, de se marier ou prendre des repas en commun avec des chrétiens, d’avoir des domestiques, de circuler librement à Pâques et les oblige au paiement de la dîme ecclésiastique. Enfin, la constitution des corps de métiers en confrérie religieuse leur ferme la porte de l’artisanat et du commerce hors de la communauté.  Ces restrictions les poussent peu à peu à se tourner vers un domaine où aucun concile ne peut intervenir, celui de la culture et de l’étude des textes fondamentaux du judaïsme, la Torah et le Talmud. Ce sera le cas à Sens où se développera une école talmudique, celle des Tossafistes, au 20 rue de l’Epée.

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Rabbi Shlomo ben Itzhak HaTzarfati (hébreu : רבי שלמה בן יצחק הצרפתי Rabbi Salomon fils d’Isaac le Français) plus connu sous les noms de Rachi, Rabbi Salomo et Salomon de Troyes, est un rabbin, exégète, légiste, décisionnaire, poète et vigneron champenois du xie siècle (Troyes, c. 1040 - 13 juillet 1105).

La Torah désigne les cinq livres de la Bible Hébraïque ou Pentateuque. Elle comprend les Livres des Prophètes et d’autres écrits dont les Psaumes soit vingt-quatre Livres qui constituent le canon juif. C’est la loi écrite, complétée par la Loi orale qui la commente. Le Talmud est l’ensemble des Lois et des Traditions juives accumulées pendant sept siècles. L’éclairage apporté par Rachi, le savant troyen,  à ces textes va rejaillir sur toute la France et en particulier à Sens. A la mort de celui-ci, nombre de ses disciples vont s’employer à reprendre ses commentaires et y apporter des additions, des «Tossafots» en hébreu.

Simon Ben Abraham nait vers le milieu du XIIèmè siècle et prend la direction de l’école de Sens vers 1190. Il est surnommé « le Prince de Sens » en vertu de la haute considération dont il jouissait. Avec Isaac Ben Samuel et Yehuda Sirléon de Paris, il était un des principaux représentants de l’école française du Nord et avait reçu un enseignement oral du petit-fils de Rachi, l’éminent Troyen. Au début du XIIIème siècle, la situation des Juifs se dégrade une fois encore.

L’intolérance du Pape Innocent III, son hostilité envers le judaïsme obligent nombre de savants, de rabbins, de docteurs de la Loi et de disciples à fuir la France pour rejoindre la Terre Sainte. C’est le chemin que va suivre Simon. Vers 1211, il arrive à Saint Jean d’Acre où il fonde l’Ecole talmudique. Depuis 1199, le Pape Innocent III avait instauré de nouvelles mesures, prônant que le peuple ne peut se baser que sur le clergé pour interpréter la Bible. A l’évidence, Juifs et Sarrasins devaient être exclus de la société chrétienne. Outre les diverses restrictions et l'apparition de la formule assimilant les Juifs à des biens meubles du roi, Louis IX encourage les conversions au christianisme, versant notamment une pension aux convertis et à leur famille afin de compenser la confiscation de leurs biens.

Nicolas Donin est l'un d’eux. Renvoyé de l'Ecole talmudique par Yehiel de Paris et excommunié, il a vécu reclus plusieurs années avant de se convertir au christianisme et d'entrer dans les ordres franciscains. Il rédige en 1236 une lettre au pape Grégoire IX condamnant le Talmud. Une bulle papale est émise trois ans plus tard. Sa Sainteté ordonne, au terme de la tenue d'une enquête, que soient saisis et brûlés «les livres dans lesquels on trouverait des erreurs de la sorte».


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Caricature du XIIIème siècle montrant les Juifs portant la rouelle, souvenir des trente deniers de Juda.

Louis IX accède à cette requête. Le 3 mars 1240, le pouvoir royal fait saisir tous les exemplaires de l'ouvrage pendant que les Juifs sont à la synagogue. Une controverse est organisée à Paris le 12 juin 1240, en présence de Blanche de Castille. Y participent, du côté chrétien, l'évêque de Paris Guillaume d’Auvergne, l'inquisiteur Henri de Cologne, Eudes de Châteauroux, Chancelier de l'Université de Paris et Nicolas Donin ; du côté juif, les rabbins Yehiel de Paris, Moïse de Coucy, Juda ben David de Melun et Samuel ben Salomon. Le tribunal rend sa sentence deux ans plus tard : il estime que le Talmud est un livre infâme et qu'il doit être brûlé selon les recommandations de Grégoire IX. En 1242, vingt-quatre charretées du Talmud sont solennellement brûlées en place de Grève. Dès lors, nombre de savants vont émigrer vers la Palestine dont Yehiel de Paris qui va poursuivre l’œuvre de Simon de Sens à Saint Jean d’Acre.

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens. Recherches historiques: Bernard Blumenkranz, Histoire des Juifs en France, Paul Charbit, Histoire des Juifs en France et à Sens au Moyen-âge. 


De la Révolution à nos jours

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Gravure célébrant l'action de Napoléon.

Quand éclate la Révolution française, il y a 40 000 Juifs dans le royaume victimes de nombreuses discriminations fiscales. Ils sont aussi en butte à l'hostilité des populations car une de leurs principales activités est le prêt sur gages. Le 13 novembre 1789, Louis XVI ratifie la loi déclarant les Juifs citoyens français[. ]Pendant la Terreur, le judaïsme comme les autres religions subit l'hostilité du pouvoir en place.

L'organisation du culte catholique est fixée en 1801 grâce au Concordat et celle du culte protestant par les Articles Organiques du 18 germinal an X. Cependant, rien n'est établi pour le culte israélite. Le 17 mars 1808, l'empereur promulgue trois décrets. Les deux premiers concernent l'organisation des cultes. Le troisième, connu sous le nom de «décret infâme», rétablit pour les Juifs des discriminations similaires à celles de l'Ancien Régime. Le 20 juillet 1808, Napoléon promulgue le décret de Bayonne qui oblige les Juifs à porter un nom de famille. Le 1er février 1831, un projet de loi stipule «que les ministres du culte israélite recevront des traitements du Trésor public». Pourtant, alors que le siècle n'avait pas été défavorable aux Juifs Français, ceux-ci doivent faire face à une nouvelle vague d'antisémitisme.

Le krach de l'Union Générale en 1882, banque catholique fondée par un ancien employé des Rothschild, semble être un des facteurs déclenchant de la vague d'antisémitisme quand éclate, en 1894 l'affaire Dreyfus.

Après la Première Guerre mondiale, les Juifs Français pensent enfin avoir atteint le but qu'ils se sont donné : ils se sont complètement fondus à la nation dont ils sont une composante comme les catholiques ou les protestants. La révolution russe, la recrudescence de l'antisémitisme en Europe, et la montée du  nazisme en Allemagne vont faire resurgir de vieux démons.

L'antisémitisme se durcit avec l'affaire Stavisky, la crise du 6 février 1934 menée par l’extrême droite, la traduction intégrale de Mein Kampf et la victoire du Front Populaire avec à sa tête, Léon Blum. À la déclaration de guerre, les Juifs français sont mobilisés comme tous leurs compatriotes et, comme en 1914, ils s'engagent dans les régiments de volontaires. Ils perdront le droit d’être Français sous le régime de Vichy et subiront le triste sort que l’on sait. Après la seconde guerre mondiale, se créera l’Etat d’Israël. En France, ils seront rétablis dans leur nationalité et l’Etat accueillera une nouvelle vague de migrants venus de toute l’Afrique du Nord quand ces pays retrouveront leur indépendance.

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Date de dernière mise à jour : 25/10/2013

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