Notre Dame de La Providence, "une véritable église aux belles et grandes proportions"

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Gisants à l'intérieur de la chapelle funéraire. (Coll. M. Soubirous)

  • Tout commence comme dans un conte de fée : il était une fois, une princesse, Mathilde de Carinthie, fille d’Engilbert III de Carinthie, qui brodait et filait dans sa province d’Autriche méridionale. Par d’heureuses circonstances, elle rencontre Thibaud IV de Blois, comte de Champagne, de Troyes et de Meaux et l’épouse en 1123. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants dont l’archevêque de Sens, Guillaume aux blanches mains et Adèle de Champagne qui épousera en 1160 Louis VII, roi de France. Elle avait 20 ans, il en avait 40 et il se mariait pour la troisième fois. Si elle met au monde celui qui allait devenir Philippe Auguste, de son côté louis VII ne perd pas son temps : il offre, en 1163, une somme de deux cents livres pour la construction de Notre-Dame de Paris dont la première pierre est posée par le pape Alexandre III, soutient ardemment Thomas Becket, l’archevêque de Canterbury,  lors de son affrontement avec Henri II Plantagenêt et fait bâtir les fortifications de Villa franca devenue Villa nova régis (Villeneuve-sur-Yonne) qui devait servir de bastion avancé à plusieurs provinces, une des huit résidences royales. 
  • En 1151, Mathilde, devenue veuve, fonde l’abbaye bénédictine de la Pommeraie, dans la vallée de l’Oreuse, avec l’accord de la célèbre Héloïse (Voir encadré). L’ordre de Saint-Benoît, plus connu sous le nom d’ordre des Bénédictins, est une fédération de monastères ayant adopté la règle de Saint-Benoît, considéré comme le fondateur en 529. Les religieuses bénédictines auraient été instituées au VIe siècle par sainte Scolastique, sœur de saint Benoît. 
  • Une autre de leur fondation sera à la fin du XIIème siècle, celle d’un prieuré «au faubourg Saint Antoine de Sens». Des documents attestent son existence dès 1209 : «Donation est faite par Milon Chair-Salée à la Maison-Dieu de St Antoine de Sens d’une maison sise en la paroisse de St-Hilaire » (1) ou bien encore «St Antoine, prieuré de femmes, ordre de St Benoît, déjà fondé en 1209 ». (2) En 1473, pour trouver quelques ressources pécuniaires, les religieuses de St Antoine obtiennent la permission de parcourir le diocèse afin de recueillir des aumônes et promener quelques reliques de saints. On peut supposer que le couvent n’obtint pas le résultat escompté et même pire, car dix ans plus tard, une bulle d’Innocent VIII sécularise le monastère en le changeant en un prieuré d’hommes «attendu les désordres qui s’y étaient produits et qu’il n’y avait plus de religieuse que la prieure». (2) Un état masculin qui va durer jusqu’en 1544, date à laquelle il va être supprimé par le cardinal de Bourbon et rattaché à l’Hôtel-Dieu de Sens. 
  • L’année 1622 verra, à la suite des guerres, les religieuses de la Pommeraie quitter leur couvent «situé à quatre lieues de Sens», pour habiter une maison Grande-Rue, puis rue dela Tuile, une autre rue de l’Ecrivain et enfin encore une autre dans la Grande Rue. Quelques années plus tard, en 1629, elles s’installent dans l’ancien prieuré de St Antoine en agrandissant les bâtiments existants : «Enfin, en 1629, les gouverneurs de l’Hôtel-Dieu cédèrent cette maison et ses dépendances aux religieuses de la Pommeraie qui virent s’y établirent ». (3) Ce n’est qu’en 1659 que leur nouvelle habitation fut entièrement terminée. 
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La Pommeraie à La Chapelle sur Oreuse, ce Manoir est de nos jours, une résidence pour personnes agées
  • Vint la Révolution avec son cortège de chasse aux sorcières et autres religieux de tous bords. Bien entendu, le monastère est saisi et entre dans la vente des biens nationaux. En 1792, la vente sera suspendue, le conseil général de la commune ayant demandé à être autorisé à acquérir les bâtiments. Refus. Nouvelle offre l’année suivante pour y créer un jardin botanique. Refus. Finalement, en 1796, sera vendu tout le mobilier de l’église, stalles, parquet, carreau, autel et en 99, les bâtiments et les dépendances de l’abbaye seront cédés à un particulier. Il faudra attendre 1844 pour que les sœurs de la Providence deviennent propriétaires des lieux. Cette communauté, fondée en mars 1819 à Ligny le Châtel, viendra s’y installer en 1851 après de lourds travaux.La Révolution n’avait rien épargné et tout avait été détruit.

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L'église de la Providence en construction. (Coll. SAS)

  •  En 1857, la ville accepta qu’un cimetière privé fût construit dans la propriété et l’architecte diocésain, Louis Lefort dessina les plans d’une chapelle mortuaire destinée à recevoir les restes des supérieurs de l’Institut. (4) Il faudra encore édifier la chapelle de la Communauté. Ce travail ambitieux sera entreprit en 1867. Comme le décrit à l’époque l’aumônier de St Antoine, le père Cornat : « Ce n’est pas une chapelle, c’est une véritable église aux belles et grandes proportions qu’il faut édifier dans une maison-mère dont le personnel est amené à grandir tous les jours ». Une fois de plus, la guerre de 1870 va bloquer les travaux et la consécration de l’église n’eut lieu que le 31 août 1873.
  • 1959 verra la fusion des sœurs de la Providence de Sens avec les religieuses de la Congrégation des Sœurs de la Charité de l’Instruction Chrétienne de Nevers. Elles vont, quelques années encore, y exercer leur engagement avant que le monastère ne devienne, aujourd’hui, une maison de retraite ouverte à tous.

                                                                                                                                                              Gérard DAGUIN 

Documentation : Bernard Brousse SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens.1, Max Quentin, Recueil de pièces pour faire suite au Cartulaire général de l’Yonne.2, P. Quesvers et H.Stein, Inscriptions de l’Ancien Diocèse de Sens. 3, Tarbé, Recherches sur la ville de Sens.4, Etienne Dodet, Sens au XIX è, Le pouvoir ecclésiastique.

Des amours contrariés

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Abélard et Héloïse

L’amour n’a jamais été chose de facile ; dans le cas d’Abélard et Héloïse ce fut extrêmement pénible. Surtout pour lui. Abélard (de son nom Pierre Bérenger), est un intellectuel, un maître admiré de ses élèves. Théologien et croyant, il enseigne à Paris après avoir été moine à l’abbaye royale de Saint-Denis. Abélard prend pension chez le chanoine Fulbert, oncle d’Héloïse qui va en tomber éperdument amoureuse. Bientôt, leur relation n’est plus un mystère. Héloïse, éloignée en Bretagne, met au monde un fils, Astrolabe (Tombé du ciel). Bien qu’elle y soit opposée, Fulbert oblige Héloïse et Abélard au mariage. Ce dernier, craignant que la divulgation de cet événement nuise à sa carrière universitaire, tient à conserver le secret. Mais le chanoine Fulbert révèle le mariage au grand jour. Abélard place alors Héloïse au couvent d’Argenteuil. Le chanoine crie à la répudiation et hors de lui, ordonne à des hommes de main d’aller couper, en représailles, les choses de la vie au malheureux Abélard. Les sbires seront châtiés, subiront la loi du Talion, auront en prime les yeux crevés et Fulbert sera suspendu. Héloïse prendra définitivement le voile, deviendra supérieure du couvent tandis qu’Abélard, émasculé, se réfugiera au monastère de St Marcel près de Chalon sur Saône. Ils continueront à correspondre le restant de leur vie. Seule la mort les séparera, Abélard en 1142, Héloïse en 1164. En 1817, ils reposeront côtes à côtes ( !), pour l’éternité, au cimetière du Père Lachaise à Paris. 

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Le Tombeau d'Héloïse et Pierre Abélard 

 au cimetière du Père-Lachaise

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Date de dernière mise à jour : 16/12/2012

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