De la ville gallo-romaine au moyen-age

 Depuis la défaite de Vercingétorix à Alésia en  52 av. J.-C. , les armées de César ont envahitla Gaule. Lui, bravant les ordres du sénat romain, va franchir le Rubicond avec son armée en  49 av. J.-C, s’écriant pour la postérité «Alea jacta est», Le sort en est jeté, et devenir le maître de Rome. On ne choisit pas sa famille et en  44 av. J.-C, Brutus, accompagné de quelques conjurés, le perceront de vingt-trois coups de poignard. «Toi aussi mon fils !», dira César  dans un dernier souffle. Désormais, la Gaule est sous domination romaine.

Finies les images traditionnelles et parfois imaginaires, mais sympathiques, de la hutte au toit de chaume, du feu ardent, du gaulois à casque ailé et aux moustaches vaillantes, aux guerriers à la chevelure blonde et abondante, aux accortes gauloises penchées sur une marmite où mijotent quelques mets délicats , aux druides à la serpe d’or, aux potions magiques… Passée à l’Histoire la victoire des Sénons en 390 avant J-C et de son chef  Brennus face aux Romains et le sac de la ville qui va devenir éternelle ! «Malheur aux vaincus», avait-il dit… Mais la victoire a ses revers et trois siècles plus tard, César est maître en Gaule.

Dorénavant, Rome va imposer son style, son architecture, sa manière de vivre en un mot, sa modernité. C’est ainsi que la ville neuve, la ville romaine, va s’établir à partir des années 40-50 sur le site aménagé d’un ancien delta de la Vanne, sur la rive droite de l’Yonne, remplaçant la vieille cité gauloise. Une ville neuve qui ne va cesser de s’agrandir vers le nord et l’est. (1)Un point de vue qui ne semblait pas être celui d’Augusta Hure qui, défendant l’idée que Sens avait prit naissance dans l’Ile d’Yonne,  écrivait dans son ouvrage Le Sénonais gallo-romain : «Plaquée à la rive gauche de l’Yonne, (Agendicum, Sens) contre la rivière, celle-ci la protégeait à l’Est et elle trouvait, à l’Ouest, une autre sauvegarde avec la Grande noue. (…) Ce fut la vieille ville, par opposition à la nouvelle ville, qui s’éleva vis-à-vis, sur l’autre rive. (…) Une théorie aujourd’hui dépassée.

Carte de la Sénonie

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Grace aux découvertes archéologiques, on a pu retracer les voies urbaines de l’époque qui formaient  un quadrillage orthogonal de rues et de ruelles, organisé autour de deux voies principales, le cardo, orienté Nord-Sud, notre rue Beaurepaire prolongée et le decumanus, de la rue Thénard à la rue Charles Leclerc.  Une ville qui va se doter, comme beaucoup d’autres, d’arènes, d’un forum et de thermes. D’après les restes de nécropoles qui délimitaient la ville, on a pu calculer que celle-ci avait une superficie d’environ 200 hectares et que l’habitat du 1er siècle était composé de constructions en bois, souvent détruites par des incendies. Il faudra attendre le milieu du IIème siècle pour que l’habitat évolue et que se généralisent  dans des constructions publiques ou privées, la pierre et la brique. A la romaine, bien sûr, tel l’amphithéâtre, érigé au Nord-est de la ville, où, peu avant 250, Caius Amatus Paterninus, offrait des jeux et des combats de gladiateurs à une foule en liesse. (2)

 Sens ville gallo-romaine, 

plan de monsieur Didier Perrugot (Société archéologique de Sens)

 

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La cité, alors appelée Agendicum, Agedicum ou Agetincum, selon les sources, prospéra jusqu’au milieu du IIIème siècle avant d’être marquée par des crises et des destructions qui se soldèrent par une forte dépopulation. C’est l’époque des invasions barbares où les Alamans et les Francs envahirent la Gaule. Repoussés outre-Rhin par l’empereur Gallien, les Francs reviendront en Gaule en 275 et les Alamans feront de même à partir de Rhétie. D’autres groupes vont les rejoindre et ils vont s’installer dans le Sud-est de la Gaule et pousser leur avantage jusque dans le centre du pays. Deux années plus tard, Probus, (Marcus Aurelius Probus, v. 232 – 282 empereur romain de juillet 276 à octobre 282) mit fin à leur invasion en Gaule et les repoussa de l’autre côté du Rhin. Désignée sous le nom de Senones ou civitas Senonum, la ville va alors se doter de murailles pour se protéger, oblitérant l’ancien système de voirie tout en conservant les axes de circulation principaux. Pour élever ces remparts, les quartiers périphériques furent arasés, les monuments publics détruits et leurs matériaux utilisés pour l’édification de la forteresse. (1) Mais là encore, l’avis des spécialiste diverge : certains tiennent pour qu’une catastrophe ait détruit la ville vers la fin du IVème siècle et que les ruines servirent de base pour élever les remparts, tandis que d’autres défendent la thèse d’une construction de la muraille à une époque antérieure, à l’aide de vestiges romains.

Ce bouleversement physique de la ville, en utilisant les stèles funéraires des nécropoles, les pierres des temples païens, les pierres sculptées à la gloire des Dieux ou celles des stèles funéraires représentant des scènes de la vie quotidienne, intervient dans un moment de profond changement culturel quand les Sénonais se convertirent  au Christianisme. Un évêque de Sens, Severinus, est mentionné sur la liste des signataires de l’assemblée dite «Concile de Cologne» en 346, qui atteste de la diffusion de la religion nouvelle dans la ville. Vers 385, la cité fut choisie comme chef-lieu d’une nouvelle province administrative, la IVèmelyonnaise, ou Grande Sénonie dont l’un des premiers gouverneurs, Claudius Lupicinus, était chrétien comme le prouve le chrisme gravé sur l’une des plaques de bronze dédiée à sa mémoire. 

Entre le Vème et le VIIIème siècle, la ville ne semble être constituée que de quelques îlots d’habitat dispersés à l’intérieur des murailles, avec une certaine concentration le long d’un nouvel axe central d’Est en Ouest qui deviendra la Grande rue. Au cœur de la ville, les évêques, métropolitains d’une vaste province, possédaient un patrimoine monumental qui, selon les sources historiques, se composait d’un ensemble d’édifices formé  d’une basilique principale (St-Etienne), d’une basilique secondaire (Notre-Dame) et d’un baptistère (St-Jean) qui devaient se trouver, selon toutes vraisemblances, dans le proche voisinage de la cathédrale actuelle, si ce n’est à sa place.  Dans la Vie de Saint Loup, il est attesté que la résidence de l’évêque s’élevait à proximité de l’église St-Etienne, au Sud, où il a été découvert un bâtiment gallo-romain. Des fouilles ont permis de mettre au jour une bague ornée d’un chrisme gravé sur le chaton et une épingle de pallium, qui semble rendre cette hypothèse crédible. (1) Cette maison romaine de la cour de l’Archevêché fut détruite au début du Vème siècle et un artisan tabletier y installa son atelier  comme le prouve la découverte de nombreux peignes en os d’époque mérovingienne. Mais qui croire quand, d’autres lectures (Tarbé), proposent de rechercher ailleurs la résidence de l’évêque : plus au nord, puis déplacée au sud, emplacement qu’elle occupera jusqu’en 1905, ou  encore, entre la place Drapès et les remparts ? (P.Parruzot). Le secteur Sud-ouest semble lui aussi avoir conservé une activité au haut Moyen Age comme celui de la partie haute de la rue de la Résistance, à l’approche de la future porte Formau. Là, à la fin du XIXème siècle, on a trouvé dans le terrain de l’école Thénard (l’école St-Etienne), une mosaïque ( Les cerfs) que les experts ont datée de la fin du Vème ou du début  du VIème siècle ainsi qu’une petite piscine en béton de tuileau rose, revêtue de plaques de calcaire blanc, poli et très dur.

la mosaïque des cerfs, retrouvée à l'emplacement de l'école Thénard (St Etienne) (JP Elie)

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A quelque distance, les restes de l’aqueduc qui alimentait la piscine. (3) De l’époque mérovingienne dateraient également la fondation des sanctuaires religieux, accompagnés de secteurs habités. Ce serait le cas, au sud de la muraille d’un monastère dédié à St Rémy, disparu depuis, et à l’ouest, dans l’Ile d’Yonne, d’une basilique, érigée depuis en église paroissiale, devenue St Maurice. A l’est, trois sanctuaires avaient été fondés avant le IXème siècle : l’église St Gervais, le monastère St Jean et la basilique Sainte-Marie-de-la-Porte, incendiée par les Normands en 872. Plus loin, se trouvait l’abbaye de St Pierre-le-Vif, les basiliques de St Sérotin et de St Savinien, entourées d’une vaste nécropole. Au nord enfin, se dressait l’abbaye de Ste Colombe. (A suivre)

  Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse, SAS, Virginie Garret, Cerep 5, rue Rigault Sens. 1, Denis Cailleaux, Artisanats, Société et Civilisations, Revue archéologique de l’Est. 2, Juillot, 1898. 3, Parruzot, Coudray, Louis. 

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Date de dernière mise à jour : 31/07/2013

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