Brasillach, fusillé pour intelligence avec l’ennemi

Ecrivain, journaliste, critique de cinéma, Robert Brasillach n’obtint pas la grâce de de Gaule.

Il fut fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge.

Pourtant, à Sens, rien ne lui laissait présager ce tragique destin. 

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A gauche, Robert Brasillach au cantonement de la LVF avec Doriot en uniforme allemand. (Coll. Bardèche).

«Robert Brasillach est lié à son poteau, très droit, la tête levée et fière. Au-dessus du cache col rouge, elle apparait toute  pâle. Le greffier lit l’arrêt par lequel le pourvoi est rejeté. Puis d’une voix forte, Robert Brasillach crie au peloton : «Courage !...» Et les yeux levés : «Vive la France !» Le feu de salve retentit. Le haut du corps se sépare du poteau, semble se dresser vers le ciel. La bouche se crispe. Le maréchal des logis se précipite et donne le coup de grâce. Le corps glisse doucement jusqu’à terre. Il est 9h38». (1).

Dans nos villes de France, on glorifie les héros. Et on couvre d’un voile honteux ceux sur qui on a jeté l’opprobre. Pourtant, ils sont, contre vents et marées, l’Histoire : Alcibiade qui lâche Athènes, Judas qui trahi Jésus, Brutus qui assassine César, Néron qui met le feu à Rome, Ganelon qui abandonne  Rolland, le connétable de Bourbon qui passe au service de Charles Quint, Isabeau de Bavière qui brade la France aux Anglais, Landru qui met la femme au foyer, Adolf qui met le feu au monde… 

Doit-on pour autant les passer sous silence et ne pas évoquer le Dr Destouches, le Dr Petiot ou Robert Brasillach ? N’est-ce pas là aussi une forme de devoir de mémoire, pour ceux qui ont subit leurs tourments, que de tenter d’éclairer le côté sombre de Céline, que d’oser vouloir comprendre la folie meurtrière du Dr Petiot, que d’essayer de saisir le raisonnement collaborationniste de Brasillach ? Quoi qu’on en pense, c’est notre Histoire, et nous en sommes les héritiers.

Les crises que traversent le début du XXème siècle vont relancer des débats de vielle garde : l’anticléricalisme aboutira à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le capitaine Dreyfus sera réhabilité, les idées de Karl Marx commenceront à poindre et dans les Balkans, la révolte gronde.  A Paris, la vie artistique éveille les esprits : Rodin et Maillol exposent, Ravel et Stravinski sont au programme des concerts, Gide et Maurras publient, pour l’un, Les nourritures célestes et pour l’autre, Enquête sur la Monarchie.  

Dans le sud de la France, à Perpignan, le calme règne. A peine si on parle du mariage de Marguerite Reno et d’Arthémile Brasillach, un officier de la Coloniale qui aura lieu  le 26 février 1908. De cette union vont naître un garçon, Robert, le 31 mars 1909 et une fille, Suzanne, le 29 avril 1910. Mariage, naissances, le tout entrecoupé pour le lieutenant Brasillach de séjour en Afrique Equatoriale et bientôt au Maroc où il sert sous les ordres de Lyautey. Lasse d’être sans cesse éloignée de son mari, c’est à Rabat qu’elle ira le rejoindre emportant avec elle, dans ses bagages, le jeune Robert. Quelques années heureuses, pendant lesquelles Suzanne était venue les rejoindre.

Le 3 août 1914, l’Europe s’embrase. Un été pendant lequel Marguerite et ses enfants étaient revenus à Perpignan pour revoir les leurs. Mais nul ne sait comment les événements vont tourner au Maroc, ni même en Europe. Et Marguerite doit rester à Perpignan. C’est là qu’elle apprendra le décès d’Arthémile, tué dans une embuscade, le jour anniversaire de sa femme, le 13 novembre 1914. (2). Marguerite, un peu perdue, se réfugie au domicile de ses parents. Désormais, l’appartement de la famille Brasillach est libre et elle se décide à le louer. Le hasard va alors se mêler des jeux de l’amour. Il va placer sur la route de Marguerite, un jeune médecin militaire, Paul Maugis venu de Sens à Perpignan pour soigner, loin du front, les blessés de  guerre. Il doit se loger. Leurs chemins se croisent. Est-ce le coup de foudre ? Toujours est-il que Paul épouse Marguerite le 11 février 1918. (3).

En novembre, la guerre s’achève enfin et le Dr Maugis regagne Sens, non pas en célibataire mais avec femme et enfants. Dans un premier temps, la petite famille s’installe au 13 de la rue Abélard où le docteur reprend, bon an mal an, ses consultations. Robert va au lycée tandis que Suzanne va encore à l’école primaire. Le déménagement pour le 33 boulevard du Mail apporte un véritable changement : de locataire, ils deviennent propriétaires d’une maison bourgeoise avec jardin. Avec un grenier qui va devenir pour les enfants un refuge, un royaume, un lieu secret où ils s’inventent une vie hors du temps. C’est dans ce monde bien à eux que Robert va fréquenter Colette, Giraudoux, Anatole France. C’est là aussi qu’il va écrire ses premières pièces de théâtre, ses premiers vers, ses premiers articles qui paraîtront dans La Tribune de l’Yonne et dans Le Coq Catalan, journal de Perpignan à qui il a envoyé ses premiers pastiches. (2).

Au lycée, il est très bon élève. Les lettres l’attirent, le grec, le latin, bien plus que les mathématiques, la physique ou la chimie. A 16 ans, fier de ses deux bacs, il intègre le Lycée Louis-le-Grand. A Paris. Là, il va rencontrer Maurice Bardéche qui deviendra son beau-frère, Thierry Maulnier, Paul Gardenne, José Lupin…  Il sera admis à l'Ecole Normale Supérieure en 1928, période qu'il décrira longuement dans les premiers chapitres de Notre avant-guerre livre de mémoires écrit en 1939-1940. (3)

Sa rencontre avec Charles Maurras va être décisive et il va assurer une chronique littéraire dans le quotidien L’Action Française jusqu'en 1939. En accord avec la germanophobie répandue au sein de l'Action française, il est à cette époque extrêmement sceptique vis-à-vis de l'hitlérisme. Après avoir lu Mein Kampf, il écrit en 1935 « C'est très réellement le chef-d'œuvre du crétinisme excité... Cette lecture m'a affligé »[. En juin 40, un déluge de fer et de feu s’abat sur la France. Mobilisé, puis fait prisonnier, il est envoyé en Allemagne avant d’être «échangé » en 1941. 

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De gauche à droite : le lieutenant Gerhard Heller, Pierre Drieu La Rochelle, et Robert Brasillach de retour du congrès des Ecrivains Européens qui s’est tenu en Allemagne en octobre 1941. (Photo D.R.)

Dès son retour, il devient rédacteur en chef de l’hebdomadaire Je suis partout, ]. dans lequel il laissa transparaître sa haine des [Juifs], du Front Populaire, de la [République] et, sous l'Occupation, son admiration du IIIème Reich.  Persuadé de la justesse de ses idées Brasillach est paradoxalement évincé à cause de sa constance : fasciste convaincu, il réclame un fascisme à la française, qui soit allié au nazisme. En septembre 1944, sa mère et Maurice Bardèche, sont arrêtés. Finesse des épurateurs ? Pour leur éviter un procès qu’il juge inutile, il se constitue prisonnier auprès de la Préfecture de Police de Paris. Il est emprisonné à Fresnes et poursuivi pour intelligence avec l’ennemi. Son procès s’ouvre le 19 janvier. Il ne durera que six heures. Il est condamné à être fusillé.  Dans les jours qui suivirent, une pétition d'artistes et intellectuels renommés, parmi lesquels Paul Valéry, Claudel, Mauriac, Camus, Marcel Aymé, Roland Dorgelès, Cocteau, Colette, Arthur Honegger, Anouilh, Barrault, Thierry Maulnier,[] demanda au général de Gaulle la grâce du condamné. Le général choisit de ne pas commuer la peine prononcée, ce qui entraîna l'exécution de la sentence, le 6 février suivant.

Bien des biographes s'interrogent sur les raisons ayant poussé le général de Gaulle à laisser exécuter Robert Brasillach. Selon les témoignages successifs de Louis Vallon et de Louis Jouvet, de Gaulle aurait vu, dans le dossier de Brasillach, la couverture d'un magazine le montrant sous l'uniforme allemand. Il y aurait eu une confusion avec Jacques Doriot[]. Jean Lacouture ne croit pas à cette interprétation : « [...] Le général de Gaulle a écouté Mauriac, et a refusé la grâce. Quoi qu’il en pensât, de Gaulle ne pouvait s’opposer à toutes les exigences des communistes qui constituaient un tiers du pouvoir, sinon davantage. Ils exigeaient la tête de Brasillach, qui avait conduit bien des leurs au poteau. Je pense que de Gaulle a fait la part du feu. [...][]»

«Le docteur Paul s’avance pour constater le décès. L’aumônier et moi-même le suivons et nous inclinons. Le corps est apparemment intact. Je recueille, pour ceux qui l’aiment, la grosse goutte de sang qui roule sur son front». (1).

Il n’avait pas trente-six ans.

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens.1, Maître Jacques Isorni, Le procès de Robert Brasillach. 2, Pierre Pellissier, Brasillach… Le Maudit. 3, Pascal Louvrier, Brasillach, L’illusion fasciste.

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Date de dernière mise à jour : 25/07/2012

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