Dans les prisons de Sens, des Chevaliers du Temple (1)

 Après la perte définitive de la Terre sainte en 1291,

l'ordre du Temple fut victime de la lutte

entre la papauté et le roi de France, Philippe IV le Bel.

Il fut dissout par le pape Clément V en 1312

à la suite d'un procès en hérésie.

C'est le 23 janvier 1120 que naquit, sous l'impulsion d'Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon qui avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d'Occident vers Jérusalem et de défendre les Etats Latins d’Orient. Peu après le Concile de Troyes de 1128, Bernard de Clairvaux  rédige une «règle» propre à l'ordre du Temple. Désormais organisé, l’ordre va voir affluer les dons : héritages, revenus, places fortes, terres, forêts, vignes et bénéfices divers.

À plusieurs reprises dans l'histoire des croisades, les Templiers vont renflouer les caisses royales ou payer les rançons de rois faits prisonniers. En 1291, Saint-Jean d’Acre tombe aux mains du Sultan Al-Ashraf et de ses mamelouks. Le temps des croisades est bel et bien terminé. C’est le retour de l’Ordre en France où les Templiers, alliés au Pape, échappent totalement à la juridiction royale. Considérés comme une menace par Philippe IV Le Bel, le Roi va leur intenter un procès inique dans le but de les soumettre à son autorité et de s'approprier leurs richesses. Trahis par certains des leurs, ils termineront, pour la plus part, dans les flammes.

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Le sceau des templiers :

Ils sont représentés à deux sur le même cheval en signe de pauvreté.

 

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Les chevaliers du Temple, reconnaissables à leurs manteaux blancs ornés de la croix.

Ayant perdu la Terre Sainte et donc la raison même de leur existence, les chevaliers du Temple sont bientôt soupçonnés de perversions les plus diverses. Au fil des ans, ils sont perçus comme des seigneurs orgueilleux et cupides menant une vie désordonnée. Dans le même temps, une querelle oppose le roi de France Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII qui affirmait la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois. Mis devant ce fait, Philippe le Bel exigea un concile aux fins de destituer le pape.

La réponse ne se fit pas attendre : le Pape excommunia Philippe le Bel et toute sa famille. Boniface VIII mourut dans d’obscures circonstances le 11 octobre 1303, après avoir été arrêté par les sbires de Guillaume de Nogaret, conseiller et âme grise du Roi de France. Son successeur, Benoît XI, mourut à son tour le 7 juillet 1304. Clément V fut élu pour lui succéder le 5 juin 1305. Les Templiers, qui  possédaient d'immenses richesses,  jouissaient également d’une forte puissance militaire entièrement dévouée au pape. Une telle force ne pouvait que se révéler gênante pour le Roi de France dans ce contexte politico-religieux. Le pape désirait également une fusion des deux ordres militaires les plus puissants de Terre Sainte (Templiers et Hospitaliers) et le fit savoir dans une lettre qu'il envoya à Jacques de Molay, grand Maître du Temple, en 1306. De Molay  répondit qu’il s'opposait à cette idée. Enfin, il manqua de diplomatie en refusant au roi de faire suite à sa demande à être reçu chevalier du Temple à titre honorifique.

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 Les geôles du Palais Synodal où des graffitis attribués aux  templiers ornent les murs.

Fallait-il encore obtenir quelques aveux pour entamer une procédure. Guillaume de Nogaret se chargea de l’affaire en trouvant un Templier renégat de sa seigneurerie en la personne  d’Esquieu de Floyran, emprisonné pour meurtre. Il avoua, surement pour échapper au pire, avoir, pour son initiation, renier le Christ, pratiquer des rites obscènes et la sodomie. Guillaume de Nogaret, fort de ces aveux, fit diffuser au sein de la population les idées de «reniement du Christ et crachat sur la croix, de relations charnelles entre frères et de baisers obscènes exercés par les chevaliers du Temples». Philippe le Bel, profitant de l’occasion, écrivit au Pape pour dénoncer le comportement sans nom de ces soi-disant Chevalier du Christ.

En même temps, Jacques de Molay, au courant de ces rumeurs, demanda une enquête pontificale au pape qui lui accorda le 24 août 1307. Mais Philippe le Bel était pressé. Il n'attendit pas les résultats de l'enquête et dépêcha des messagers le 14 septembre 1307 à tous ses sénéchaux et baillis, leur donnant des directives afin de procéder à la saisie de tous les biens mobiliers et immobiliers des Templiers ainsi qu'à leur arrestation massive en France. Au matin du vendredi 13 octobre 1307, les Templiers, surpris, naïfs et de bonne foi, se laissèrent emmener en se demandant ce qui leur arrivait dans les prisons de Sens ou d’ailleurs. Depuis cette date, le vendredi 13 est un jour maudit. Ou sacré.

Dans un premier temps, le Pape s’offusqua de cette intrusion royale dans le domaine ecclésiastique. Le Roi, en fin stratège politique, donna en pâture aux inquisiteurs quelques «Frères» de province (comme on peut le supposer ceux de Coulours ou de Joigny) qui, désorientés et sous la torture, avouèrent le reniement du Christ et de la Sainte Croix, la sodomie et l’idolâtrie. Haro sur le Templier ! Dés lors, tout le monde y alla de sa plume d’oie, dénonçant, alléguant et prouvant, comme le précise l’abbé de Sainte Colombes de Sens dans une lettre adressée au Roi. (1). Une démarche logique pour l’époque, car si Sens appartient au domaine Royal, les commanderies de Coulours, de Joigny, de Fontenay près Chablis et celle du Saulce sur Yonne dépendent des Comtes de Champagne ou des Comtes d’Auxerre.  (A suivre).

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens. Les Templiers dans l’Yonne, Association des guides de pays de la vallée de l’Yonne. 1. Archives Départementales de l’Yonne.

 

Guillaume de Nogaret

Né vers 1260, il meurt à Paris en 1313 avant de voir l’aboutissement de son œuvre, la destruction de l’Ordre du Temple. En mars1303, il fait connaître par un célèbre discours, l’hérésie supposée de Boniface VIII. En cette même année Guillaume de Nogaret parvint à persuader Philippe IV de consentir à mettre en œuvre un plan consistant à s'emparer du pape pour le ramener de force en France, où un concile réuni pour l'occasion l'aurait déposé.

Le 7 septembre, avec sa petite armée de quelques 1 600 aventuriers, Nogaret prit par surprise la petite ville d’Anagni où le pape, âgé et malade fut frappé et fait prisonnier[]. Mais le 9 septembre un soulèvement de la population en faveur du pape obligea Nogaret et ses alliés à prendre la fuite. 

La mort du pape à Rome un mois plus tard, sauva la mission de Nogaret. L'élection du timide Benoît XI marque le début du triomphe de la France sur la papauté, qui trouvera son aboutissement avec l'élection de Clément V qui installera la Papauté  en Avignon. Philippe IV le Bel l'envoya en ambassade auprès de Benoît XI afin de demander l'absolution pour tous les participants à la querelle avec Boniface VIII ce que pape refusa.

Le 21 juillet 1306, une ordonnance royale, préparée par ses soins, tenue secrète jusqu'au bout, déclenche la spoliation totale et l'expulsion des Juifs de France. Il prépare en secret l'arrestation des Templiers, la destruction du Temple et la confiscation de leurs biens. En septembre1307, quelques jours après l'émission par la chancellerie royale de l'ordre d'arrestation des Templiers (qu'il a probablement rédigé en personne), Nogaret obtient le poste de Garde du Sceau. Il meurt avant l’exécution de Jacques de Molay.

 

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Guillaume de Nogaret ne verra pas l’aboutissement de ses projets.

Il meurt en mars 1313, un an avant l’exécution de Jacques de Molay.

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Date de dernière mise à jour : 12/09/2012

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